Cinéma cinéma
Le bal des actrices
bravo Maïwen pour ce beau film, drôle et touchant, presqu'une comédie musicale. Une approche très véridique du métier d'actrice mi documentaire mi fiction, chaque actrice jouant son rôle et
laissant éclater sa vérité. Karin Viard est étonnante quand elle s'imagine sérieusement que la France est trop étroite pour elle! Muriel Robin est très émouvante confrontée à son image de
comique (la scène avec Weber est effrayante), Mélanie Doutey est à la limite du ridicule dans son voyage très 70's vers les Indes où elle adopte, pour se détacher d'une gloire si prenante,
Charlotte Rampling se laisse aller, et toutes les autres... Julie Depardieu, géniale comme toujours, un pur régal. Ce film est un pur régal, un enchantement avec une découverte, le grand rôle
masculin perdu au milieu de ces dames, Joey Starr! Eh oui, le frappeur d'hôtesse de l'air est un acteur né, d'un naturel remarquable et d'une grande force comique! Que dire de plus ? Allez-y,
c'est rien que du plaisir et de la bonne vérité sur le milieu du cinéma!
Espions
Bon film d'espionnage, bien filmé et bien interprété. Un point : le film est presqu'entièrement en anglais (il est indiqué en VF partout) car il se déroule en
grande partie à Londres. Guillaume Canet est très bien comme toujours et l'on salue le retour de Géraldine Peilhas, les deux experts dans la langue de Shakespeare. Bon film mais de là à crier à
l'encensement général de la critique sous prétexte que le metteur en scène est un ancien des Cahiers, il y a un pas que je franchirai pas.
Plus tard tu comprendras
Au risque d'être en désaccord avec mon amie Danièle (zermo's blog), voilà un film qui, bien que vu à la télévision, est remarquable. Justement, vu à la télévision
car au départ c'est un téléfilm. Hors Amos Gitaï n'a cédé sur rien de son style et il a d'abord fait un film de lui même, ce qui explique sans doute sa sortir simultanée au cinéma. Sans
doute en salle la vision sur grand écran de l'esthétisme difficile de ce film passe autrement que sur le petit écran. Danièle se plaint par exemple des longs travellings sur les murs qui
semblent enfermer les personnages dans leur histoire, certes mais faut-il lui rappeler gentiment que c'est là la marque d'Amos Gitaï ? Qu'il est toujours très difficile d'entrer dans ces films,
que les longueurs ou les langueurs s'y sont pas forcément monotones ? On peut ne pas aimer, on peut décrocher et le risque à la télévision de zapper est alors très fort. Une fois passé le début
du film, si on fait l'effort de continuer (le spectateur moyen n'a pas l'habitude, il se laisse emmener par le confort et le conformisme), le film peu à peu s'installe et l'émotion gagne. Plus
tard est construit par de grandes séquences dont on sait qu'elles ont taillader dans le livre de Jérôme Clément, à la surprise puis avec la bénédiction de ce dernier. C'est un film sur la quête
intime de l'identité, sur la découverte du judaïsme et de l'histoire dramatique des rafles et des camps. Au milieu, les acteurs, sublimes. Hippolyte Girardot d'une maturité incroyable, dans le
non-dit, magnifique de ténacité et écrasé, Emmanuelle Devos et Dominique Blanc, toutes deux magnifiques, touchantes et chuchotements et l'impériale Jeanne Moreau dont les sourires sont
désarmants et qui obtient un des rôles majeurs de sa carrière. Et la scène du film. La transmission du passé aux petits-enfants, dans la synagogue, à travers l'étoile jaune. Tout le drame de la
Shoah et de sa mémoire est dans cette scène, une des plus belles que j'ai vue au cinéma (au cinéma!), d'une émotion absolue. Plein de questions autour de ce film. On peut avoir eu du mal,
trouver que c'est parfois un peu trop signifiant (c'est vrai que la scène des cailloux et des bottes allemandes me semble un peu lourde) mais l'ensemble est magnifique. Un grand film d'Amos
Gitaï. Un grand moment de télévision, un grand merci au service public. Si je paye la redevance pour ça, je veux bien payer. Je ne sais pas l'audience mais j'espère que le service public va
continuer dans cette voie (il y avait eu l'assassinat d'Henry IV la semaine précédente, bonne démarche, très pédagogique mais trop théâtral, il faudra corriger pour la suite).
Largo Winch
J'avais bien aimé Anthony Zimmer, le précédent film de Jérôme salle. Il confirme tout son talent avec ce Largo Winch très tonique qui n'est pas loin des
productions jamesbondiennes du genre. On se perd hélas un peu dans l'intrigue dont le fond est simple mais qui est décliné par une forme qui part dans tous les sens si bien qu'à un moment, il
vaut mieux cesser de comprendre et se laisser porter par l'action, il y en a beaucoup, par la qualité de l'image, superbe, par l'interprétation en particulier celle de Tomer Sisley, la
révélation de ce film. Il brûle la pellicule et a vraiment une gueule d'enfer. Je crois que nous tenons l'un de nos grands acteurs d'aventures de demain. Mélanie Thierry est charmante mais son
rôle est un peu sacrifié. la grande Kristin Scott-Thomas est toujours formidable. Largo Winch est un bon divertissement, bien mené qui mérite d'être vu mais qui reste un peu de deçà des
promesse qu'il laissait entrevoir.
Et après
je ne voulais pas voir ce film, ayant une mauvaise image de Guillaume Musso et de son "style" littéraire, de ses sujets vaguement ésotériques et bien pensants, à
la Marc Lévy, que je n'aime pas du tout (pas le personnage charmant au demeurant mais l'oeuvre). Puis, les conditions horaires ont fait qu'à défaut de ne rien voir, j'y suis allé. Et puis il y
a Romain Duris et John Malkovitch. Résultat ? J'ai somnolé une bonne partie du film, seules les vingt dernières minutes sont un peu intéressantes. Duris surjoue en anglais, l'oeil grave et
noir, Malkovitch donne l'impression de s'endormir à chaque scène, il est venu cachetonner. La jeune actrice, je en sais plus son nom, est en revanche radieuse. Quant à l'histoire ? On est dans
la lignée du Sixième sens sauf que Bourdos n'est pas Shyamalan et Duris est loin de Bruce Willis. Ainsi, une mise en scène plus nerveuse, un meilleur scénario auraient pu faire passer le sujet,
après tout tous les sujets sont acceptables pouvru que ce soit bien fait. Hélas! La morale est sauve toutefois, faîtes le bonheur autour de vous, soyez heureux avant de mourir, aimez vous les
uns les autres. Alleluia! Amélie Poulain fait des émules avec la bonne conscience américaine. Cela m'insupporte. je préfère que ça déglingue à tous les étage comme chez les frères Coen. je ne
viens pas au cinéma pour des leçons de morale mal administrées. Je ne suis pas prêt de lire un roman de Guillaume Musso mais cela ne m'étonne pas que ça marche! Vox populi!
De l'autre côté du lit
Ce qu'il faut pour la rentrée après d'épuisantes vacances festives et familiales. Un film pas compliqué avec un scénario qui ne risque pas de faire mal à le tête. La femme prend la place de chef
d'entreprise du mari qui lui devient femme d'intérieur et occasionnellement vendeuse! de bijoux. Elle trouve sa part de masculinité et lui sa part de féminité. La morale est sauve puisque la
femme revient à la maison et le mari à son bureau. Les enfants étaient traumatisés par l'inversion des rôles mais le couple fut sauvé. En fait, sous des dehors de gentille comédie sans
prétention, le message est là : chacun à sa place. Pas de psychanalyse de bas étage! Les acteurs s'en donnent à coeur joie, l'ensemble est sans prétention, Sophie Marceau est toujours aussi belle
et Dany Boon aussi drôle. Je dois avouer que j'ai beaucoup ri, eh oui! Parfois même à m'en décrocher la machoîre, en particulier lors de la scène où Juliette Arnault (superbe) et Dany Boon vont à
l'hôtel pour ne pas consommer. L'inscription sur le registre est un grand moment comique. Le retour du chti. Bref, aussitôt vu aussitôt oublié mais sur le moment, on s'amuse bien. Au moins une
comédie qui donne ce qu'elle promet.
Madagascar 2
Surtout ne pas voir la version française dont
les seules références sont la banlieue. Les bêtes parlent comme à Clichy sous bois, ce qui est proprement scandaleux car ce n'est pas le cas dans la VO (au moins dans le premier). Quel besoin
a-t-on en France pour attirer la jeunesse de doubler les films en langage banlieue ? J'évoquerai ce problème une autre fois. Le film est drôle certes mais pas de quoi fouetter un canard. Sans
doute la VO...
Burning after reading, des frères Coen
Retour en forme des frères Coen, après le chef d'oeuvre No country for old man, bien violent. Celui-ci suit les traces d'une bande
d'abrutis déjantés (Brad Pitt en con fini est surprenant de vérité, Clooney aussi mais on a plus l'habitude). Un film plaisant qui donne parfois une impression de laisser aller, sans doute les
deux frères se sont-il un peu "reposés" après le grand oeuvre! La mise en scène demeure enjouée et élégante, les acteurs s'en donnent à coeur joie (Malkovitch dans un rôle comique, c'est assez
rare) et l'ensemble se laisse voir. Un bon divertissement.
Secret défense, de Philippe Haïm
Un film vu alors que ce n'était pas prévu, des horaires plus adaptés que d'autres... et une vraie bonne surprise. Enfin un film d'espionnage français digne de ce
nom. Une mise en scène au cordeau, une histoire incroyable mais qui semble proche d'une possible réalité, un ensemble hyper documenté, des acteurs magiques dont un Vahina Giocante sublimissime
qui transperce l'écran et pas seulement, elle est incandescente et troublante et un Gérard Lanvin minimaliste où le moindre clignement de paupière évite des lignes de dialogue. très rythmé,
bien mené, du suspense, un montage virtuose, une musique superbe, les autres acteurs aussi (Simon Abkarian!), bref un excellent film français qui n'est pas loin des films américains (j'ai pensé à
mensonges d'état, sur un sujet proche) malgré il faut le dire une petite baisse de régime en seconde partie. Allez encore un effort, on y est presque...
Mia et le migou, de Jean-Rémy Girerd
Très joli conte écologiste sur la protection de la nature et d'un arbre sacré en particulier, celui des migous, de gros nounours maladroits qui se disputent tout le
temps. On se doutait de la qualité du film, le précédent de Jean-Rémy Girerd était remarquable et constitue un mètre étalon du genre, La prophétie des
grenouilles. Tout est très beau et très finement fait, de la musique (requiem de Fauré au début) au doublage (Dany Boon désopilant dans le rôle des migous), un ton pastel dans
la droite ligne des grenouilles, une morale sur la sauvegarde de la nature pas trop appuyée et une approche intelligente des problèmes (le deuil, la solitude, la séparation des parents,
etc). Un joli film intelligent qui mérite d'être vu en famille, une bonne alternative à Madagascar 2 et il y aura (hélas) moins de monde! Il est clair que la démarche
d'aller voir ce type de films est loin d'être naturelle, on préfère la cavalerie américaine, drôle sans doute mais moins dentelée. Disons que ce film apparaît un peu plus "intello". Mais c'est un
bonheur même s'il n'atteint pas les sommets de La prophétie des grenouilles.
Cinéma cinéma : Quantum of solace
Quelques films... James Bond, toujours remarquable et tellement crédible. Daniel Craig revisite le mythe depuis
Casino royale. Quantum of
solace en est l'immédiate suite, le film démarre 20 minutes après la fin du précédent. En trombe. De l'action, de l'action, encore de l'action,
ça n'arrête pas, et le film est court, 1h45, presque un court métrage pour une série qui généralement déborde les 2h30! Très efficace. Les critiques ont fait la fine bouche, on ne voit pas
pourquoi, pas assez intello ? Pas assez fouillé ? Mais si le héros a des soucis, il réfléchit, il vibre, il s'humanise. Non, laissez tomber les critiques, ce film est un pied total pour ceux qui
aiment (les autres, tant pis). Amalric roule des yeux de méchants et fait ce qu'il peut, c'est bien pour sa carrière mais Daniel Craig perce l'écran et il est le meilleur James Bond de
l'histoire. Salut Sean...
Two lovers
James Gray est la plus belle découverte du cinéma américain depuis Spielberg. Tous ses films sont des chefs d'oeuvres. Celui là l'est presque. J'ai du mel à
supporter Guyneth Paltrow, elle n'est jamais crédible, dans aucun de ses films (j'ai détesté Shakespeare in love). Mais heureusement, la réalisation est sublime, certaines scènes entrent dans l'histoire du cinéma (le suicide du début, la déclaration d'amour de Joaquin Phénix sur le
toit, de dos, émouvant à pleurer). Une grande et belle histoire d'amour entre un jeune homme inadapté dans la vie et deux femmes, le fantasme inaccessible et la réalité stable. Choix cornélien,
sujet rebattu mais mise en scène remarquable et acteurs formidables, surtout Joaquin Phénix, le plus grand de sa génération. Une découverte permanente. Il dit vouloir arrêter le cinéma.
Pétitionnez vite, que sera le cinéma sans lui ? Il est génial, on l'a déjà écrit partout. Depuis Gladiator où il volait la vedette à Russel Crowe jusqu'à Two lovers. Peut-être son
meilleur film reste-t-il The Yards, du même James Gray où il atteint au sublime. Ne fais pas
de bêtises Joaquin, le monde du cinéma a déjà perdu le grand frère (River, mort en 1993, acteur incandescent et grandiose), reste encore un peu, please!
L'échange
Quel âge déjà Clint Eastwood ?? Fichtre, pas si vieux quand même ! Et deux films en cours... Celui-ci a déjà été critiqué partout, parfois en bien, comme étant
classique et sans fioritures. Certes, c'est un très long fleuve pas tranquille qui s'étale sur l'écran. Un film très classique dans sa forme, juste un montage alterné par deux fois, en
particulier la scène du tribunal. Mais quel film! On en ressort accroché aux murs, détruit, en larmes, bouleversé. Exceptionnel! Un très grand film, très touchant sur une histoire vraie
incroyable. Un film qui mêle plusieurs entrées sur la même histoire, la disparition d'un enfant, la corruption de la police, un abominable serial killer à côté duquel celui de Seven n'est
qu'un enfant de choeur, un procès, une mise à mort, un portait de femme, un portrait de Los Angeles au tournant du cinéma parlant, remarquable reconstitution. Bref, on ne s'ennuie jamais et on
est chaviré devant toutes les émotions, révolté de l'attitude de la police de Los Angeles (tiens, drôle de croisement avec l'actu et l'affaire de Filippis...), horrifié devant les meurtres
d'enfants et la pendaison hyper réaliste (Eastwood a toujours opposé à la peine de mort), le film dérange souvent mais emporte tout sur son passage. Hyper classique, certes mais Autant en emporte
le vent l'était aussi. Superbe interprétation (Malkovitch et les enfants, Angelina Jolie un peu en dessous de ce qu'elle faisait dans la rôle de la femme de Daniel Pearl, trop kitsch ici à mon
goût), photo magnifique, scénario magnifique et clair. Bref, un très grand film, un de plus pour ce très jeune réalisateur plein d'avenir qu'est Clint Eatswood. Vivement le prochain, en plus il
joue dedans... trop classe, Clint!
L'ennemi public numéro 1
Je n'ajouterais rien à ma critique de la première partie du Mesrine. La suite est magnifique, c'est du très grand cinéma et tant pis si le héros est Mesrine. La
dernière image (celle de l'affiche) rappelle La passion du Christ et cristallise tout le
film. Image sublime du martyr. Mesrine, martyr ? Le film pose la question d'ailleurs, d'où sa rivalité avec François Besse, plus terre à terre. A vous de voir mais le cinéma vient en tout cas de
le transcender, il entre dans l'histoire, comme Scarface ou Al Capone, canonisés par le cinéma. Quant à Vincent Cassel, il vient d'accomplir les deux films de sa vie.
Le crime est notre affaire
Des personnages sympathiques et excentriques nous entraînent dans une enquête curieuse et excentrique. Agatha Christie adaptée par Pascal Thomas, en fait les héros
sont les mêmes que Mon petit doigt m'a dit : Catherine Frot et André Dussolier. On rit, on sourit beaucoup, c'est bien mené, agréable, du pur divertissement. Hélas, malgré le casting remarquable,
il manque au film un brin de folie qui l'aurait emmené vers les grandes comédies. Il reste un film agréable pour le dimanche soir, sans plus. Dommage.
Un petit Woody
Hélas mille fois hélas! Que font les critiques ? Je suis un fan absolu de Woody Allen, je connais tous ses films, je les ai toujours aimé même les moins bons. Je
suis un fan de Scarlett Johanson, un fan de pénélope Cruz et je trouve que Javier Bardem est un excellent acteur... quand il joue pour les frères Coen!! Tous les ingrédients étaient réunis pour
que je prenne un grand plaisir à voir Vicky Cristina Barcelona. Et les critiques unanimes placent le film parmi les grands de Woody Allen. J'y suis donc allé les yeux fermés. Tous les ans, un
film de Woody. Avec lui, on n'attend pas. pas comme avec Kubrick naguère ou Malick de nos jours. Et puis, pendant une heure, rien. Je me suis ennuyé dans toutes les largeurs. Bien filmé, bien
interprété, ce film se veut comique (il est présenté comme ça par les critiques) mails il ne m'a tiré que quelques grognements convenus d'habitué allénien. Je n'ai pas intégré le film. Aucun
intérêt. Puis arriva Pénélope et là, enfin, la pellicule a pris feu. Moi aussi. C'est une actrice d'enfer qui dévore littéralement ses partenaires. Ah la séquence où elle marche avec Scarlett, la
brune et la blonde. Le rêve du cinéphile. Mais la pauvre Scarlett s'est fait incendié par Pénélope. Pas étonnant que Tom (l'autre Cruise -Cruz) l'ait quitté, on ne peut pas tenir face à elle.
Elle est incandescente. Elle n'apparaît que dans la dernière partie du film et c'est elle dont on se souvient. Tant pis Scarlett, tu as fais ce que tu as pu, c'était injouable. Pénélope Cruz est
hallucinante. ne serait-ce que pour elle, le film peut être vu. Sinon, c'est un triste Woody, je ne comprends pas les critiques unanimes. Peut-être une explication : le film a été vendu comme une
comédie. Je suis allé le voir en espérant, en attendant une comédie de Woody Allen, comme dans les grandes périodes. or, ce n'est pas une comédie. C'est un film grave qui est mené par sa légèreté
mais ce n'est pas une comédie comme les autres Woody Allen. Le Nouvel Obs cette semaine parle du film comme un "conte cruel" et une "expérience scientifique" de dissection des sentiments humains.
C'est mieux. Vu comme cela, le film semble plus intéressant. Mais, finalement, Barcelone n'est peut être pas un lieu où les propos alléniens sont à l'aise. La même histoire à New York aurait eu
une autre gueule. Bref, un coup pour rien. Ne croyez pas les critiques. Autant retourner voir Mamma Mia, là au moins on sait ce qu'on va voir!
Appaloosa dans la lignée de Hawks
Ed Harris est un excellent acteur et confirme, après son prodigieux Pollock, qu'il est un grand metteur en scène. Son western est d'un absolu
classicisme mais il appartient aux grands westerns taiseux et d'amitié virile des derniers John Ford ou de Howard Hawks (on pense à Rio Bravo ou Liberty Valance,
aussi aux 7 mercenaires). Ed Harris s'amuse à déjouer toutes les conventions après les avoir utilisées. Chaque séquence est agrémentée de clins d'oeil, d'humour au second degré
et les personnages sont très humains derrière leurs façades austères. Le film est dépouillé, va à l'essentiel quant à l'action pure et se permet de longues digressions littéraires ou
émotionnelles (la relation Ed Harris-Renée Zellwegger est assez jouissive). Bref, ce film prend les codes et les distord aussitôt. Admirablement filmé et interprété, n'y oublions pas un Jeremy
Irons qui semble franchement prendre son pied, Appaloosa s'inscrit dans les westerns qui font date. La nouveauté ici est que ce western n'est pas crépusculaire, c'est un western
en pleine forme, de personnages rugueux et humains dont la fin reprend encore un thème éculé en le distordant, celui du poor lonesome cow boy qui taille la route... quoique.. un film à voir, les
paysages y sont également sublimes.
Un film hallucinatoire aux références multiples
Vinyan, l'âme des défunts, si j'ai bien suivi. L'histoire d'un couple qui a perdu leur fils unique dans le tsunami en Thaïlande et que la mère,
jouée par Emmanuelle Béart pense avoir reconnu dans une vidéo réalisée par une ONG locale. Ils se mettent en quête de ce fils perdu à travers la jungle birmane. Sujet fort intéressant qui m'a
attiré dans la salle. Et je ne sais trop quoi penser du film, parfois expérimental comme le long générique du début, dont le son transperse les images supposées d'eau ou de gouttes d'eau
multicolores sur l'écran (figurant le tsunami??) A bien des égards, on peut penser que le film est vraiment très mauvais. L'histoire tient à peine debout, les plans sont souvent à la limite du
vraisemblable et tournent parfois au ridicule, l'interprétation d'Emmanuelle Béart frise aussi l'overdose de l'hallucinée (elle devient peu à peu folle, victime de ses fantômes et de la jungle).
Esthétiquement pourtant, le film tient la route et on peut tout aussi bien y trouver son compte. Alors bien sûr, les références abondent, de nombreux plans ont déjà été vus ailleurs, mais on ne
peut reprocher au réalisateur de n'être pas le premier à filmer la jungle et l'hallucination des âmes perdues. Ainsi, d'Apocalypse now (Béart en colonel Kurz entourée de son armée d'enfants
assassins... limite mais bon...) à Voyage au bout de l'enfer, de Joseph Conrad à la série des Rambo (surtout le dernier), de Sa majesté des mouches à Cannibal holocaust, le territoire est balisé.
De l'aventure au mélo malade jusqu'au gore, toute la folie dégrade le film et en ce sens, c'est une forme de réussite. Film curieux, instable, vénéneux, il est, malgré ses nombreuses
imperfections et les très mauvaises critiques lues ici et là, un voyage initiatique au milieu des fantômes des enfants disparus, un film qui met mal à l'aise et dont la fin, qui frise le
ridicule, fout carrément les jetons. C'est le traitement que le metteur en scène fait des enfants assassins qui attisait ma curiosité. Certes, on est loin de Golding ou de Peter Brook mais on ne
peut demeurer indifférent aux images du meurtre du père par tous ces enfants qui protègent la mère matricielle qu'est devenue la mère charnelle du garçon pris par le tsunami. A vous de
voir...
Jaoui ou Leigh ??
Deux films qui devaient être des événements mais qui n'en sont pas. Agnès Jaoui nous avait régalé du goût des autres, intéressé comme
une image mais ne sait pas trop bien nous parler de la pluie. Bien filmé, bien tourné, le film est souvent long et s'use sur les leçons de vie du couple Bacri-Jaoui. Non que le film soit mauvais,
il est ennuyeux. Le sujet est intéressant mais on a l'impression que le couple rabâche. Bacri bacrise (après tout on l'aime aussi pour ça), Jaoui se prend la tête, très sérieux malgré de vrais
grands moments de comédie. Le clou du film est le tournage raté au milieu des causses avec le troupeau de moutons qui bêle à qui mieux mieux. A hurler de rire, dommage que tout le film ne soit
pas de ce niveau de comique. Une fois de plus, je dois l'avouer, c'est Djamel Debouzze qui m'a conquis. Emouvant, drôle, tendre et d'un naturel désarmant, il confirme film après film qu'il est un
immense acteur. A mon grand dépit car je ne le supporte pas en tant que personnage public. Déjà dans Amélie poulain, c'est lui qui sauvait le film du désastre absolu, une révélation entrevue
dans Le ciel les oiseaux ta mère, pas si mal que ça. Dans Astérix mission Cléopâtre, il s'affirme comme un acteur comique majeur, dans Angel-A, il sauve encore le film par sa composition émouvante et désarmante, dans Indigènes, il s'affirme définitivement comme un des plus grands, aux côtés de Roschdy Zem et Sami Bouajila. Tous issus de
l'immigration ? Et alors, ils sont immense, le talent n'a pas de frontières, le talent et le génie ne connaissent pas le racisme. Bravo Djamel, continue au cinéma, seulement au
cinéma!
Mike Leigh a réalisé une comédie! Quelle annonce ! Le social triste fait sa comédie. Be happy
donc ! Hélas! Certes, le film est bien fichu, avec des scènes d'anthologie (l'auto-école!!) mais pendant une longue demi-heure, on ne sait pas trop où Mike Leigh
nous emmène, on s'ennuie un peu si ce n'est l'accent des actrices qui met un peu de sel (à voir en V.O of course). Puis, le film décolle et l'histoire de cette jeune femme de 30 ans qui rigole
tout le temps et tente de mettre la pêche partout où elle passe prend le large. Superbe séquence de flamenco! Mais elle rit car elle est triste, le monde est triste, les gens qu'elle rencontre
ont des problèmes, non seulement le moniteur du permis de conduire mais aussi cet élève, qui en frappe un autre, violent, qui en une séquence avec un psychologue avoue que son beau-père est
violent. On est en plein cliché! Révélation aussi rapide, improbable! Et la victime des coups ? On s'en fout on s'intéresse au coupable, c'est lui qui a des problèmes, c'est à lui que la société
va donner des moyens pour tenter de résoudre ses problèmes. L'autre ? La victime ? Tout le monde s'en fout, comme en France. Ceux auxquels la société s'intéresse sont les enfants à problèmes, les
violents, les décalés, on tente de les aider. C'est bien mais les autres ? Ceux qui se prennent les coups parce qu'ils travaillent ? Parce qu'ils sont dans la norme ? Parce qu'ils sont "bien
élevés" par des parents qui font leur boulot de parents ? Ceux-là, qu'ils se débrouillent, ils peuvent se faire frapper, ils doivent comprendre ces pauvres enfants battus (hélas) ou laissés pour
compte. Où est l'égalité ici ? Je méloigne un peu du film mais cette scène m'a soulevé les tripes, je me serais cru dans un film de Bégaudeau !!!! Donc Be happy n'est pas une comédie. C'est un
film plus léger pour Leigh que les autres mais c'est un film triste. Bien fait mais triste. Quant à Bégaudeau, je ne suis pas allé voir Entre les
murs. Irais-je ? Palme d'or, il va bien falloir que je m'y risque. Mais l'hunanimité des critiques fait froid dans le dos. Je sais ce que je vais
trouver dans le film. Tout ce que je viens de quitter. Tout ce que contre quoi je me bats, le prof copain à l'écoute des élèves, des élèves avec qui on passe son temps à discuter, à négocier.
Même si cela entre bien dans le cadre de l'enseignement au collège, je pense que la discipline reste le principal fondement de l'apprentissage et de la vie en communauté. Je m'étais déjà opoosé à
Bégaudeau dans un article avant les vacances, je ne change pas d'avis. J'irais le voir ce film qui "rend hommage aux professeurs" disait l'ex-professeur Darcos qui n'a plus mis les pieds en
classe depuis 15 ans et sans doute pas dans les classes sensibles! C'est un sujet de bourgeois gauchiste ce film, sans doute est-il très bien fait, Cantet est un grand metteur en scène. Mais tant
de démagogie (rien que la bande annonce) me dégoûte. Moi, j'y ai passé douze ans de ma vie avec ces élèves là. J'ai des bons souvenirs, c'est vrai et nombreux. Mais ce qui manque le plus dans ce
genre d'établissements, c'est un minimum de discipline. Alors, réactionnaire ? Oui, mais pas autant que la majorité des profs qui veulent surtout que rien ne change, ni en bien ni en mal. La paix
sociale coûte cher. Elle a failli me coûter la santé. Je me préfère à eux, désolé, je suis un égo-réactionnaire!
Films de rentrée bons
ou moins bons
Gomorra tout d'abord. Un film choc sur la camorra napolitaine et campanienne. Une camorra qui tient
tous les réseaux, qui paye le peuple et taxe les riches, se constituant ainsi une clientèle fidèle. Le film est tourné comme un documentaire, caméra épaule, si proche de la réalité que l'on se
noie et que l'on ne sait plus ce qui est fiction et ce qui documentaire. Le livre de Roberto Saviano, dont est tiré le film, est aussi hallucinant que les images. C'est un récit, une
enquête, pas un roman. Tout ce qui est écrit a été entendu, vu ou vécu par le journaliste qui s'est mêlé à la camorra. Le port de Naples apparaît soudain comme le levier principal du trafic et du
commerce parallèle entre l'Asie et l'Europe. Une partie des marchandises disparaît, n'existe plus, effacée. Et pourtant on la retrouve en vente plus loin, en Allemagne, en France... De très beaux
moments sur la confection de la haute couture. La robe portée par Angelina Jolie aux oscars (dans le film c'est Scarlett Johanson) a été fabriquée dans les ateliers clandestins de la camorra et
son maître d'oeuvre, aussi doué que Dior sans doute, restera inconnu et finira sa vie au volant d'un camion. Puni car il a appris aux chinois (autre mafia présente) à coudre les vêtements de
stars. Superbes scènes dans le films, émouvants dans le film et le livre. Et puis, la violence. On tue, on tire mais ce n'est pas Scorcese. Pas de mythification de la violence, pas de lyrisme. On
tue c'est tout et souvent on ne voit pas l'impact. On voit les corps, on voit les visages des survivants. Sobre et fort. Deux ados vont s'y perdre, en voulant s'abstenir de toute filiation envers
un des groupes de la camorra, ils vont déstabiliser l'ensemble et finir comme des canards, au viseur. Ce film est un film édifiant, on se demande après l'avoir vu si l'Italie n'est pas gouverné
par la mafia (économiquement du moins), quelle est son influence ? C'est un film militant, qui dénonce le rôle de la mafia mais aussi la passivité de la population et des gouvernants. Un
réquisitoire brûlant à voir toutes séances tenantes. D'ailleurs, le livre est en tête de vente des essais.
La fille de Monaco m'a un peu déçu. Bien filmé, de la belle ouvrage mais Lucchini fait du Lucchini et
Louise Bourgois n'est qu'une midinette bardot de plus. Elle est très belle et elle crève l'écran c'est vrai mais l'ensemble est finalement assez léger. Il y a de bons moments mais la fin est
assez prévisible. Roschdy Zem sauve les meubles. Quel talent de ne rien faire pour tout dire!! Un immense acteur, mais ça, on le savait déjà.
Mirrors est à conseiller pour les amateurs du genre. Bien ficelé, bien mené par Alexandre Aja (un
français) dont j'avais apprécié la relecture de La colline à des yeux. Le film respecte les codes, une dose de gore (assez hard d'ailleurs), un peu d'humour, pas trop, du suspense avec famille et
enfants. La fin est imprévue et rappelle Sixième sens. Plutôt original dans l'ensemble malgré des naïvetés ici et là, le film se laisse voir mais il est pour les amateurs d'horreur. Et puis c'est
bien de retrouver Kiefer Sutherland au cinéma, il a pris de la patine.
Films d'été bons ou moins
bons
Un dessin animé d'abord,
Kung Fu Panda. Rien à voir avec le chef d'oeuvre essentiel de l'histoire du cinéma qu'est Wall.e, Kung fu panda est sympathique,
très bien fait, mais l'histoire est banale, toujours pareil, un maître qui transforme une grenouille en carosse. Du Star wars en miniature. Yoga et Panda. Mignon, parois assez sombre; les scènes
du méchant tigre rappellent Forteresse ou Le seigneur des anneaux. Assez féministe, c'est tendance, très politiquement correct, le film est agréable mais ne retient guère l'attention. La version
française est mauvaise, surtout le doublage du panda. Pourquoi vouloir faire du 9.3 alors qu'il est évident que la VO américaine demeure compréhensible ? Ce Manu Payet qui double (que je ne
connais pas) est régressif et infantile. C'est l'autre face de l'animation, celle-ci est accessible aux enfants mais pas trop jeunes.
Un mot sur la Momie 3. Bonne idée que d'aller l'empereur et son
armée mais le film est rempli d'esbrouffe et guère intéressant. Plein d'effets spéciaux (c'est le moins) souvent remarquables, le film sent le ressassé, on est à la 3è phase de sa momification.
Le premier était un bon divertissement, le second pas trop mal, celui-ci réchauffe un peu. Moins drôle que les précédents, compensé par les effets spéciaux et l'exotisme chinois (tiens donc, quel
hasard). Jet Li a vraiment l'air d'une momie, Michelle Yeoh fait ce qu'elle peut mais il y a une petite actrice à tomber, son nom m'échappe mais rien que pour elle, on peut faire le détour.
Contrat rempli, le film fit ce qu'il à a faire, il distrait, sans plus. Amusant en tout cas de voir l'héroïne écrire des livres sur la momie à une époque (années 30 et 40) où celle-ci fait les
beaux soirs du cinéma d'horreur...
Hulk est un film agréable, plutôt intello pour ce genre, avec Edward Norton, la bonne idée pour
humaniser le monstre. On réfléchit pas mal, ce qui explique ces piètres résultats mais les effets spéciaux sont réussis. On revient aux fondamentaux de Marvel et le super héro n'en est pas un, il
est victime. Il fallait oser la course poursuite dans la favela, un film assez réussi.
La fille de son père. Jennifer Lynch est la fille de son père. Son film est d'une rare violence, pervers à souhait, admirablement interprété et très déstabilisant. Surveillance
est à voir pour sa mise en scène au cordeau et sa fin de laquelle la morale est absente. D'ailleur le film n'a aucune morale. Très inspiré des films de papa, Surveillance est un
bon thriller, angoisse et horreur sont au rendez-vous et surtout, ce qui m'a vraiment plu, sa totale perversité et son immoralité. Une découverte. Sauvez les enfants!
Côté français, Le premier jour du reste de ta vie est chaleureux, drôle, très vrai, tout le monde
peut s'y reconnaître et les acteurs sont magnifiques. Une mention à Jacques Gamblin, décidément surprenant et très émouvant en peu de gestes. Un immense acteur méconnu qui confirme qu'il est l'un
des meilleurs. Un bon film, l'un des rares bons films français du moment.
Hancock, effets spéciaux contre héros sale et images intéressantes mais la sauce prend mal et Will
Smith est plus à l'aise en survivant, un coup pour rien. Un divertissement de plus sur une bonne idée un peu gâchée. My name is Hallan Joe est assez bien fait dans le genre très
codifié du voyeurisme au cinéma, ici le voyeur entre littéralement chez sa victime et le fantasme s'accorde mal de la réalité. Ensemble sympathique avec de bons acteurs.
Bons baisers de Bruges est le film thriller de l'été. Très drôle, déjanté, deux acteurs exceptionnels
dont un Colin Farell que décidément j'aime de plus en plus par sa désinvolture et son sixième degré d'humour. Un excellent film où Bruges est -bien filmée, malgré les pointes british d'humour
noir contre la ville.C'est le film à voir pour ceux qui aiment le genre, une belle surprise. Que c'est beau Bruges la nuit.
Le monde de Narnia 2 est moins bien, moins surprenant, moins magique mais il réserve d'excellents
moments, la bataille finale, le duel. Le film doit encourager les enfants à lire le livre, nettement meilleur of course. Mais on s'est pris d'affection pour les jeunes héros.
A swedish love
story, film de
Roy Anderson
Titre débile pour un titre original qui est
"Une histoire d'amour" comme tant d'autres. Ce film date de 1970 et il sort pour la première fois en France. Parmi tous les films vus ces temps ci (dont un vieil Indy), celui-ci mérite une
attention de la part de l'historien. Le film raconte une histoire d'amour pure et belle entre deux beaux ados suédois (surtout la jeune actrice, magnifique et blonde, tout ce que j'aime), un
amour pur et absolu, entièrement à l'écart du monde adulte. Le film montre la culbute des deux mondes. Les adultes, engoncés dans leur convention très luthérienne mais dont les excès festifs sont
parfois à la limite de l'outrance, engoncés dans leurs conventions, très froids et rigides alors que les deux jeunes sont en dehors du monde et vivent leur passion avec beaucoup de tendresse. Le
film est très touchant, surtout très réussi dans l'approche sensible de l'autre. On s'effleure avant de se parler. Pour ma génération, cela rappelle des choses, certes, je suis plus jeune mais
cinq ans tout au plus. Les approches amoureuses sont toutes les mêmes et la passion aussi. Ce film, qui a presque 40 ans, est un lumineux témoignage de la société soi disant rigide de la
Suède des années 70 et de le jeunesse éternelle. A noter la présence dans un second rôle de Bjorn Andresen, qui illuminera pour l'éternité Mort à Venise l'année suivante, Tadzio c'est lui. Déjà très beau avant que d'être transcendé par Visconti. Un film intéressant sociologiquement
qui nous replonge dans les années 70 et qui mérite le détour. Tout en finesse, souvent émouvant et disons le, dont la nostalgie nous prend, moi en particulier. Dieu que cette petite suèdoise est
belle et désirable et correspond au stéréotype. 14 ans! Et alors ? L'observateur note que la jeunesse fumait allègrement et buvait déjà. Typique de la Suède du début des années 70 ? Pas la
cigarette en tout cas. Pour toutes les qualités citées, il faut voir ce film pré-Abba.
Autres films ? j'ai déjà écrit que je parlerai pas de tous les films mais il me semble
que deux autres films méritent notre attention, je ne les ai pas encore vus. Children, film islandais
en noir et blanc sur la maltraitance d'un enfant de 12 ans et Ezra, film nigérian sur
les enfants soldats. Un même thème cette semaine en art et essai, la jeunesse. Trois visions différentes. Un conte d'hiver traite de la famille, à l'italienne. Desplechin remplit le contrat, le film est un peu long mais très brillant. Les interprètes somptueux, en particulier Deneuve
qui vieillit bien, sa fille Chiara, très touchante et l'immense Amalric qui devrait toutefois éviter de surjouer les mêmes personnages d'un film à l'autre. Il est le méchant du prochain Bond,
wait and see.
Désengagement, film d'Amos
Gitaï
Voilà un film engagé en faveur de la paix, on connaît les opinions d'Amos Gitaï, grand réalisateur israélien dont j'adore généralement les films.
Désengagement raconte le désengagement (justement) des colons juifs de la bande de Gaza par Tsahal. Le film
est en deux parties. La première, moins réussie, se situe à Avignon où le patriarche vient de mourir. Se retrouvent ses deux enfants (de deux mariages), retrouvailles ponctuées par l'apparition
de Barbara Hendriks, très émouvante dans le chant funèbre. Superbes images, magnifiques dialogues. La première scène dans le train entre le fils (israélien) joué par Liron Levo et une
palestinienne en goguette jouée par la sublimissime Hiam Abbass, ne sert à rien si ce n'est qu'elle pose d'emblée le militantisme de Gitaï, réconciliation. Avignon est marqué par le ballet des
retrouvailles entre Liron Levo et Juliette Binoche, superbe et enjouée. La scène clé est celle où Jeanne Moreau annonce l'existence d'une fille (celle de Binoche qui l'avait laissé vingt ans
avant car trop jeune pour l'élever en kibboutz) et que celle-ci a droit à une partie de l'héritage du grand père. On nous révèle que ce dernier a continué à la voir. Pas la mère. Seconde partie,
les retrouvailles de la mère et de la fille alors que Tsahal éjecte violemment les colons de la bande de Gaza (où vit justement la fille de Binoche). Le demi-frère du personnage de Binoche (Liron
Levo) est l'un des chefs de Tsahal et tout le monde se retrouve dans l'effroyable désordre de la situation. La fin est très émouvante et cette deuxième partie est très réussie. On y
retrouve le grand Amos Gitaï. L'ensemble est cependant excellent et surtout, le film reste et s'imprègne en vous, il donne à réfléchir. Il faut vite aller le voir avant qu'il ne disparaisse
totalement des écrans.
Como et jazz à tous les étages
Je ne suis pas un fan de jazz, hormis quelques classiques, je n'adhère pas ou peu à cette musique. Pourtant, ce soir, j'ai été
transporté, ému jusqu'aux larmes par le concert de Jean-Pierre Como à l'Auditorium St Germain. 14 musiciens. Classique et jazz se répondent en une fusion pathétique et émouvante dans
l'âme soeur, écrit pour sa soeur décédée trop tôt. Como, c'est le Ravel d'une pavane pour
un infante défunte. Magique et magnifique. Sublime dans le lyrique et le dernier souffle du saxo soprano emporte avec lui l'âme de la soeur aimée vers l'infini musical. Un requiem jazz! Quelle
beauté, je me convertis à la musique de Jean-Pierre Como, il est le jazz, il fait pleurer son piano.
link
Bataille à Seattle, un film de Stuart Townsend
Un film choral sans doute avec de nombreux
acteurs sont Charlize Theron et Woody Harrleson mais surtout, et cela fait plaisir à voir, un grand film engagé, un vrai film militant. Que l'on partage ou pas les opinions des militants anti-OMC
qui ont littéralement saboté la réunion de 1999 à Seattle, on reste stupéfait devant la violence des autorités (malgré le peu d'empressement du maire) face aux manifestants. L'OMC aujourd'hui
compte la Chine comme adhérente et à terme va sans doute compter la quasi totalité des pays, y compris en développement. Le film montre de l'intérieur les débats, parfois avortés, qui opposent
les tenants d'une économie libérale dominée par les Etats-Unis (l'OMC est une émanation des Etats-Unis qui dirige en fait le commerce mondial) et les tenants d'une économie plus juste où l'homme
vaut plus que les profits. L'Afrique souffre, son représentant prend fait et cause pour les manifestants, de même que celui de Médecins sans frontières. La situation n'a guère évolué puisque de
grands groupes dominent la planète et l'exemple de la faillite du coton malien ou burkinabé à cause des quotas et des subventions américaines montre que l'OMC ne fonctionne que pour les pays du
nord. Le film a des qualités évidentes, mêlant images d'archives et fiction et l'on est secoué par certaines scènes. Des gens applaudissent ou hurlent dans la salle, au-delà de l'oeuvre
elle-même, il faut voir ce film militant (sans doute appuie-t-il trop parfois mais c'est la loi du genre) pour se souvenir que nous sommes de sacrés privilégiés mais manipulés par des puissances
politico-financières (y compris la Chine en 2008) dont les intérêts ne sont pas les droits de l'homme. Des dizaines de milliers d'enfants meurent chaque jour dans le monde de malnutrition ou de
maladies (sida ou même rougeole) mais quel prix face aux milliards des pétroliers ou des industries pharmaceutiques ? Des élèves m'ont demandé un jour pourquoi ces gens (en Afrique
subsaharienne surtout) ne se révoltaient pas ? D'abord parfois ils se révoltent mais sont rapidement maîtrisés par des états qui contrôlent l'alimentation et créent artificiellement des famines
pour que la communauté internationale s'émeuve, envoie des aides, aides qui vont dans la poche des gouvernants. Et puis, la révolution ne se fait pas le ventre vide! Rien à craindre pour
l'instant.
link
Lettres de Paris, de Paul Morand
(Arléa)
Paul Morand est un remarquable observateur de la vie artistique du Paris des années 20. Correspondant du journal The Dial de New-York entre 1923 et 1929, il écrit
ses lettres directement en anglais et témoigne de la vivacité de paris, déjà investie de touristes (des bus sillonnent les rues, les Champs Elysées et se garent devant les monuments, les guides
parlent vite et tout le monde repart après quelques photos. Quelle modernité) Proust y meurt, Aragon ou Giraudoux y naissent, Radiguet passe diaphane entre les bras de Cocteau, Picasso sue le
génie, Monet peint des Nymphéas que Morand n'aime pas, Bernanos écrit
Sous le soleil de
Satan,
Colette Chéri, Barrès trépasse et Malraux arrive. Entre deux guerres,
entre deux mondes, un temps suspendu à défaut d'être retrouvé, le temps proustien égraine sa nostalgie, Gide fait scandale avec Corydon puis court au Congo, Stravinski et Diaghilev expérimentent de nouvelles formes d'art, les années 30 émergent au bout de ce point de
suspension heureux. Tout cela et plus encore dans les Lettres de Paris, rééditées par Bernard Delvaille aux éditions Arléa, pour le plus grand bonheur de tous ceux qui ont été charmé par le
journal de Maurice Martin du Gard ou le roman de Dan Franck sur la Bohème. A lire de toute urgence, tant d'esprit, de culture et de création font du bien en cette période sarkozyste du néant
intellectuel accompli.