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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 16:35

LE PETIT CHAPERON ROUGE

Il était une fois. Tous les contes commencent par Il était une fois. Et ils se terminent tous par Ils se marièrent et ils eurent beaucoup d’enfants.

Il était une fois donc. Une charmante petite jeune fille toute mimi qui avait une grand-mère qui vivait dans la forêt, toute seule dans une grande maison au bord de la clairière au milieu de la forêt. Quelle idée pour une grand-mère de vivre toute seule au milieu de la forêt, c’est pas raisonnable avec tous les loups qui courent, qui rodent, c’est vrai quoi, depuis qu’on les a réintroduits (les loups, pas la grand-mère) pour faire plaisir aux écologistes, la forêt est devenue un vrai danger pour tout le monde. Le moindre petit vermisseau ne peut plus aller crier famine chez la fourmi sa voisine sans se faire bouffer ! Et quand on sait que les loups n’aiment pas les vermisseaux, ils sont théoriquement carnivores, on voit combien la situation est délicate, ils sont trop nombreux et n’ont plus rien à manger. Se jeter sur le premier vermisseau qui passe, franchement, vous avouerez… Enfin bon.

Toujours est-il que notre grand-mère s’entête à vivre seule au milieu de la forêt. C’est la maison de mes ancêtres, je ne la quitterai jamais ! Rien n’y a fait, mémé fait de la résistance depuis l’Occupation, c’est vous dire que ça fait longtemps que ça dure, cette histoire. Mais comme elle est toute seule au milieu de la forêt, elle s’ennuie et n’a plus grand-chose à manger, elle non plus. Pas de voiture pour faire ses courses et pas de livraison au milieu de la forêt. Heureusement que la grand-mère peut compter sur sa fille, boulangère au village de l’autre côté de la forêt. Elle brave les dangers pour lui apporter tous les jours sa galette et son petit pot de beurre au volant de son énorme 4 4 vrombissant. Vroum vroum mémé me voilà ! Mais voilà ! Aujourd’hui la boulangère est prise, elle va chez la manucure, les ongles dans la farine et les doigts dans les miches, ça finit par vous les casser, boulangère peut-être mais femme quand même. Tiens chaperon, va donc nourrir mémé. Chaperon c’est le surnom que la boulangère donne à sa charmante petite fille toute mimi parce qu’elle aime porter un manteau rouge avec une capuche rouge et que ça lui rappelle l’autre, celle qui rencontre le loup et qui se fait dévorer. Mais si, celle du conte, le conte de Perrault ? Vous y êtes ? Ah, voyez, en cherchant bien ! Bon alors la charmante petite fille toute mimi est chargée d’amener à sa grand-mère une tarte aux quetsches et un petit pot de beurre. Et de bon matin, elle part en gambadant sur le long chemin qui la mène chez sa grand-mère.

Elle ne part pas à bicyclette de bon matin sur le chemin non, elle pourrait faire tomber la tarte aux quetsches et le petit pot de beurre. Comme s’ils ne pouvaient pas tomber de leur sac en plastique quand elle saute d’un fossé à l’autre, d’une jambe sur l’autre, et que je saute et que je gambade en chantonnant ah ah ah et que je chasse les papillons, même pas capable d’en attraper un !

C’est qu’elle saute en rythme, comme elle a fait du théâtre la petite fille charmante toute mimi … petit pot de beurre quand te dépetitpotdebeurreras-tu ? Tiens plus vite pour voir … petitpotdebeurrequandtedépetitpotdebeurreras-tu ? Encore plus vite petitpotdebeurrequandtedépeit peta petou rira turlu beurras tu pipi tard reras tu ? Ouf ! Le petit de beurre s’est dépetitpotdebeurré, il est tombé ! C’est malin, il doit être tout renversé, la tarte aussi mais maman a la pâte solide, elles tiennent les petites quetsches, toutes façons grand-mère n’y verra que du feu, elle ne voit plus grand-chose, en plus elle est à moitié sourde et elle oublie tout le temps de mettre son sonotone, alors ! Bon, c’est pas tout ça mais faut que je reparte, allez le petit pot de beurre avec la galette et hop que je te saute dans les herbes fraîches et que je te chasse le papillon…

Elle s’enfonce alors dans la grande forêt, sans peur, toute guillerette avec cette belle journée. C’est pas tous les jours qu’on a la chance de quitter maman pour aller à l’aventure youpi doo ! Mais, que vois-je là qui s’avance en levant la patte avec un hou tristounet, le loup ? Celui dont on m’a tant parlé ? Qui est censé me faire peur ? ça un loup ? Eh, je t’ai reconnu Jocaste sous ta moustache noire et ta grosse queue touffue que même j’ai la même achetée l’autre jour à la foire ! Jocaste elle est moche et elle est bête, c’est même pas ma copine, on est juste dans la même classe et dans la même école, elle essaye toujours de m’embêter mais elle est tellement moche et bête qu’elle réussit jamais, elle se ridiculise toujours comme là, si elle a cru qu’elle pouvait me faire peur déguisée en loup ! Quel loup miteux ma pauvre Jocaste ! Fais plutôt attention au vrai loup il pourrait bien te bouffer lui, à défaut de belle il se fera une moche, quand on a rien d’autre à se mettre sous la dent on fait pas le difficile. Salut Jocaste, te perds pas et embrasse le loup pour moi.

La la lala lala… Le petit chaperon rouge chante un vieil air qui lui revient de l’histoire de petit Pierre, d’un chat et de son grand-père, il y avait un loup aussi dans cette histoire… la la lala lala… A force d’être secoué comme ça le petit pot de beurre arrivera petit pot de crème !

Tiens, encore un loup, on croise des loups derrière tous les arbres dans cette forêt. Celui-là, il a l’air aussi mal habillé que l’autre, eh on t’a reconnu Joba avec ta moustache noire et ta grosse queue touffue que même j’ai la même achetée l’autre jour à la foire ! Joba elle est moche et elle est bête, c’est la sœur de Jocaste, bonjour la famille ! Si ça se trouve c’est elle qui va faire peur au loup mais à défaut de belle il pourrait bien la bouffer tout cru, quand on a rien à se mettre sous la dent… Ma pauvre Joba, tu peux enlever ta moustache noire et ta grosse queue touffue, si t’en veux une de grosse queue touffue, t’auras bientôt celle du loup, slurp !

Derrière le gros chêne le loup observait la scène et se délectait à l’avance. Il venait juste de se farcir Jocaste, il allait sauter sur Joba dès que le petit chaperon rouge serait parti. Deux moches, c’est quand même mieux que le moindre petit vermisseau. Et après ce sera le tour de la belle petite fille charmante toute mimi. A cette idée, le loup se lécha les babines.

Le petit chaperon rouge tressaillit un peu quand elle vit la bête toute poilue s’avancer vers elle. Elle su tout de suite que ce n’était là ni Jocaste ni Joba qui lui jouaient un vilain tour (elles ne pouvaient pas puisqu’elles étaient dans l’estomac du loup qui d’ailleurs avait grossi un peu mais le petit chaperon rouge ne pouvait pas le savoir.)

Le loup prit la parole :

« Eh bien le bonjour mademoiselle, que me vaut l’honneur de vous croiser ainsi au fond de la grande forêt toute sombre, trop sombre pour une si jolie petite fille toute mimi comme vous ? »

Le loup parle. Manquait plus que ça, le petit chaperon rouge n’en croyait pas ses oreilles, c’est comme dans les contes de fée dis donc, quand maman va savoir ça ! Et mémé ! Toutes façons elle s’en fiche elle n’entend rien, elle est sourde comme un pot surtout quand elle oublie de mettre son sonotone. Sans se départir de son sourire, la petite répondit :

« Loup y es-tu ? Entends-tu ? » juste pour voir si le loup allait parler encore, comme ça elle serait sûre de ne pas avoir rêver. Et ce qui devait arriver arriva, le loup encore parla…

« Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas, si le loup y était, il te mangerait ! Tu crois que je la connais pas celle-là ? Je ne suis pas loup de la dernière pluie, je les connais vos histoires et vos contes où le loup finit toujours par être découpé par les chasseurs ou cuisiné aux petits oignons par les trois petits cochons. Tu vas pas me la faire à moi, petite, j’y crois pas à vos salades (d’ailleurs une salade pour accompagner le loup c’est bon m’a-t-on dit mais revenons à nos agneaux, tiens à ce propos j’en ai croisé un l’autre jour qui se désaltérait à l’onde d’une eau claire, il était fort délicieux, dommage que depuis je meurs de faim…) désolé je m’égare.

[en plus c’est un loup bavard, c’est bien ma chance, il en reste un et il arrête pas de causer, je vais être en retard chez mémé moi]

Tu sais que tu me plaît toi, reprit le loup, je te verrais bien en dessert !

-Non non, je suis pas bonne à manger, j’ai des boutons qui s’attrapent maman m’a dit, quand on met les dents dessus y’a du pus tout jaune qui sort c’est affreux beurk

-N’importe quoi, tu es belle et tendre, ta peau est douce et parfaite, elle sent le sucre, où ils sont tes boutons, je vois pas de boutons

-Dedans, ils sont dedans, c’est des boutons intérieurs, les plus graves, ceux qui se voient pas, juré

-Des boutons intérieurs, j’aurais tout entendu, ma pauvre enfant tu crois que je vais gober ça ? Tu me prends pour un agneau ?

-Mais non j’oserais pas, la honte

-Tu l’as dit, bon je ne finirais pas comme les loups des contes, passons aux choses sérieuses. Comme j’ai déjà mangé hors d’œuvre et plat de résistance, je peux attendre un peu pour le dessert. Dis moi, que fais-tu là toute seule au fond de la grande forêt toute sombre ?

-Je vais chez ma grand-mère lui apporter une galette et un petit pot de beurre que ma maman lui a fait

-Et elle peut pas y aller elle-même ta mère ?

-Non aujourd’hui elle est chez sa manucure

-Chez sa manucure tu parles ! Elle sait que c’est dangereux de laisser sa petite fille traverser la grande forêt toute seule, elle pourrait faire de mauvaises rencontres

-Comme quoi par exemple ?

-Sais pas moi, un renard

-Oh oui, ça me ferait peur

-T’inquiètes je te protégerais moi les renards j’en fais qu’une bouchée, t’as eu de la chance de tomber sur moi

-Tu es une mauvaise rencontre

-Oh l’autre comme elle y va, n’importe quoi, moi le loup une mauvaise rencontre alors que je pourrais te protéger des renards

-Tu pourrais me manger aussi

-Oui sans doute, mais je t’aurais d’abord sauvé du renard, ça vaut bien ça, cette leçon vaut bien un fromage disait justement le renard. Si je te sauve du renard, tu peux bien me donner un bout de toi ou toi toute entière. Non ?

-Non, pas envie, laisse moi je vais arriver en retard chez mémé si tu continues à m’embêter, laisse moi partir sinon j’envoie un SMS à ma mère

-Un SMS ?

-Sauve mes souliers, c’est un code pour dire que je suis en danger

-D’accord tu as gagné, je ne mangerais pas de petite fille toute mimi aujourd’hui (faudra que je me contente des deux moches)

-Laisse moi passer je vais être en retard, dit fermement le petit chaperon rouge

-Bon ça va vas-y vas retrouver ta grand-mère mais tiens le toi pour dit, on se reverra et cette fois tu ne m’échapperas pas

-Oui oui salut grand méchant loup, ah ah

En riant le petit chaperon rouge quitta le loup et continua son chemin. Elle sortit son téléphone portable de sa poche pour prévenir mémé de son retard. Le petit chaperon rouge, les portables ça la connaît, SFR ! Mais là, ça ne passait pas, la forêt empêchait toute communication, bien la peine d’avoir la technologie moderne.

Le loup prit ses pattes à son cou et fonça vers la maison de la grand-mère. Il ne pouvait pas se tromper, il n’y avait que celle-là au milieu de la forêt, au bord de la clairière, la maison de la vieille qui voulait pas partir. Il voulait la petite et il était prêt à tout pour ça, y compris à bouffer la grand-mère. Au point où il en était, il pouvait bien se taper la vieille pour avoir la gamine.

Toc toc toc ! Le loup arriva le premier à la porte de la maison de la grand-mère. Il toqua gentiment et attendit un instant mais de réponse point ne vint. Il toqua de nouveau, plus fort. De réponse point ne vint. Il donna des grands coups de poings dans cette fichue porte qui refusait de s’ouvrir et la vieille qui n’entendait goutte !

« Oui, qui-est ? »

Répondit enfin une petite voix aigüe et freluquette.

« C’est ta petite fille mémé, euh grand-mère, je viens t’apporter une tarte aux quetsches et un petit pot de beurre de la part de maman, est-ce que je peux entrer ? »

Le loup avait si bien imité la petite fille avec sa voix de contre-ut que la grand-mère s’y laissa prendre… la deuxième fois, il a fallu que le loup répète, elle n’avait pas bien entendu, ah la la !

« Tire sur la chevillette et la bobinette cherra »

Le loup ne se fit pas prier, il tira sur la chevillette et la bobinette chut. Il entra.

La bobinette tombera etc.. la maison avec, tu connais la chanson

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Jérôme Bimbenet
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