Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 16:18

Souvenir d'une conférence faite à Pau en 2006 et où figurait mon ami Moussa Ag Assarid; Une question toujours actuelle.

L’intitulé de cette table ronde permet d’envisager l’historique et l’analyse du nomadisme. Répondre à la question posée ici, c’est définir le fondement même de l’Homme. L’homme est-il fondamentalement nomade ? Le nomadisme est-il ontologique ? Est-il une particularité spécifique de l’Homme ?

Le nomadisme connaît actuellement son « ultime résistance » après des millénaires de lutte contre la sédentarisation, pendant lesquels il a cédé peu à peu du terrain malgré quelques soubresauts ponctuels dus aux grandes civilisations nomades comme les Mongols par exemple. L’homme s’est donc peu à peu sédentarisé depuis le Néolithique en fonction de la fertilité de la terre et d’un climat favorable ou non. L’ultime résistance du nomadisme est le fait des derniers groupes nomades de la planète, qui appartiennent à ce peuples que l’on nomme, faut de mieux, premiers. Ces peuples qui sont les derniers feux de la première humanité, dépositaires des traditions ancestrales, lien privilégié avec notre passé. Ces peuples fascinent de même que le nomadisme fascine.

Il fascine l’homme occidental en quête de racines. Nous sommes tous enfants du nomadisme. Le nomadisme semble être le propre de l’homme. La sédentarisation est la conséquence d’un lent processus d’adaptation spécifique à l’environnement, au climat. Dans son livre, « L’homme nomade », Jacques Attali indique que « L’homme a été façonné par le nomadisme et il est en train de redevenir voyageur ». Car si le nomadisme a disparu effectivement de nos civilisations, il et revit sous d’autres formes. L’une des ces formes est le voyage, produit par la sédentarisation et le fantasme qui pousse l’homme occidental a se confronter au mythe. Il voyage et devient un nomade en pointillé, il voyage et peut aller à la rencontre des derniers nomades de la planète (comme les Touaregs) qui perpétuent justement le mythe de la liberté, de la vie sans contrainte (même si ce n’est pas forcément vrai, c’est justement ça le mythe). Il vit alors par procuration, c’est un nomadisme sédentaire. Le voyage, l’appel du large, oui, mais on revient vers le sol, le fixe. Il y a une attache.

A) D’où vient le nomadisme ?

Depuis que l’homme a quitté le Rift, il marche, se déplace. L’itinérance est l’état naturel de l’homme préhistorique vivant de prédation. Il se déplace au rythme du gibier et des ressources nouvelles. Ce n’est pas à proprement parler du nomadisme, l’itinérance est structurelle, on ne peut l’éviter. L’homme subit l’environnement et tente de s’adapter. Au sens strict, le nomade est celui qui « habite sous la tente et se déplace avec son troupeau ». Il est celui qui n’a pas d’habitat fixe. Faisons un peu d’étymologie en suivant le Robert historique de la langue française.

Nomade dérive (au sens strict du terme, par itinérance…) du terme polysémique grec Nemein. Polysémique, plusieurs significations : « attribuer, répartir selon l’usage ou la convenance » mais aussi « croire, reconnaître conforme à la vérité reconnue de tous » et enfin « Faire paître ». C’est cette dernière signification qui a ancré le terme à travers le grec nomas « qui change de pâturages, qui erre à la façon des troupeaux d’un pâturage à l’autre », utilisé comme nom propre dans l’Antiquité pour désigner les Numides. Le latin impérial nomas précise « membre d’une tribu de pasteurs itinérants ». En Français, nomades au pluriel apparaît, selon Le Robert, en 1540 pour désigner les tribus errantes d’Afrique du nord. Au singulier, nomade désigne d’abord un peuple qui n’a pas d’habitat fixe puis à la fin du XVIIIè, toute personne sans habitat fixe. Nomadisme apparaît en 1845 « mode de vie des nomades » et nomadisation « vie des nomades » en 1925. Malgré les sinuosités de l’évolution sémiologique du terme, il en ressort toutefois que le nomadisme est pastoral dans son origine. On comprend ainsi pourquoi les grandes sociétés pastorales que sont encore les Peuls ou les Touaregs par exemple revendiquent d’être les derniers vrais nomades de la planète. Que dire alors du nomadisme de prédation comme celui des Bochimans ? Il s’inscrit dans l’autre acception du terme, « sans habitat fixe ». Le nomadisme s’entend aussi par un déplacement régulier et permanent dans un territoire délimité par la tradition saisonnière par exemple. Le nomade sait où il va, l’itinérant marche. L’homme préhistorique était d’abord itinérant, tant qu’il avançait, qu’il peuplait le monde. Puis avec la conscience spatiale de son appartenance à un territoire, il est devenu nomade : chasseur-cueilleur, collecteur. Etre nomade, c’est avoir conscience de son territoire, pouvoir l’appréhender mentalement, spirituellement. C’est avoir la notion du temps, la notion de l’appartenance au grand tout qu’est la nature. Le nomadisme pastoral, celui des origines si on veut, qui s’est coupé de l’itinérance, est né avec la sédentarisation. Cela paraît paradoxal mais le nomadisme pastoral est fils de la sédentarisation. Il a fallu apprivoiser des animaux, apprendre à les contrôler, apprendre l’élevage. Emmener les bêtes sur les pâturages saisonniers, donc apprendre le temps qui passe et le renouvellement de la nature. L’agriculture, symbole de la sédentarisation, apparaît dans le croissant fertile il y a moins de dix-mille ans. Le pastoralisme est son contemporain. Avant, il me semble que l’on ne peut parler que d’itinérance même si l’on peut se rapprocher du nomadisme de prédation. L’itinérance s’arrête quand on sait où on va donc quand l’homme prend vraiment possession de la Terre. La scission immédiate des groupes humains entre nomades et sédentaires provoque tout de suite des tensions et une opposition entre agriculteurs et non-agriculteurs. Une opposition dont l’Afrique subsaharienne souffre toujours, on le verra, à l’avantage de l’agriculteur.

Une opposition que reflète les Ecritures, mais cette fois à l’avantage du nomadisme. Dès la Genèse, il est dit dans la Bible :

« Abel faisait paître les moutons, Caïn cultivait le sol. A la fin de la saison, Caïn apporta au Seigneur une offrande de fruits de la Terre, Abel apporta lui aussi des prémices de ses bêtes et leur graisse. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande ». Hérodote faisait lui aussi la distinction.

Dans l’Ancien Testament, Caïn tue Abel (L’agriculteur tue le nomade, le symbole est lourd, victoire de la sédentarisation) et pour le punir Dieu lui dit : « Tu seras errant et vagabond sur la Terre », sanction ultime puisque l’agriculteur devient itinérant. Sanction insupportable qui le pousse à construire une ville Henok. La sédentarisation conséquence de l’errance, en opposition directe avec le nomadisme. Le développement « technologique et scientifique » de l’homme sera dès lors le fait des civilisations sédentaires malgré l’intervention ponctuelle de grandes civilisations nomades comme les Mongols, qui sont venus buter aux portes de l’Europe sédentaire. Le nomadisme précède la sédentarisation dans l’histoire. Rappelons ainsi que l’Europe fut colonisée par des peuples, que ce soit les Celtes, les Francs et d’autres et qu’une fois sédentarisés, ces peuples ont construit l’Europe, ils en ont été pour certains d’entre eux la pierre angulaire. Rappelons que la France doit son nom, son orientation dynastique et une partie de ses institutions à une bande de nomades… Rappelons aussi que ce que nous appelons maintenant « grandes invasions » étaient nommées en Europe (l’est parfois encore) par les contemporains « migrations » !

En France, le nomade fut perçu comme « envahisseur » et non comme « migrant », une perception qui persiste encore de nos jours avec des peuples comme les Tsiganes. Une perception dont l’analyse pourrait être utile pour comprendre l’attitude ambiguë des Français avec leurs propres immigrés (en particulier africains).

B) L’homme n’est plus nomade

Ainsi, la sédentarisation suit le cours de l’histoire, on pourrait même dire que l’Histoire du monde est celle de la sédentarisation du monde. La disparition totale du nomadisme semble programmée à terme malgré les conditions culturelles, naturelles et environnementales favorables à son maintien, en Afrique subsaharienne en particulier (il ne reste comme civilisation nomade que les Mongols, bien que certains sont sédentarisés depuis le Communisme, et une kyrielle de plus en plus réduite d’éleveurs ou de chasseurs-cueilleurs comme les Bochimans du Kalahari donc la situation est des plus catastrophiques). Le nomadisme subsaharien est confronté à l’histoire car sa disparition progressive est due à l’histoire, à l’homme. La colonisation et la décolonisation de l’Afrique ont traumatisé le nomadisme. Les nomades subissent des frontières et se voient octroyer des nationalités. A-t-on jamais traversé le Sahara avec un passeport ? Certes, on reste de sa tribu touareg, peul ou autre mais on est citoyen malien, nigérien, mauritanien etc. La citoyenneté est liée à la sédentarisation (la cité : la ville est par essence sédentaire). Les nomades dérangent l’ordre établi, celui des états, de la centralisation du pouvoir, de la cité. Ils sont difficilement contrôlables, ils sont rebelles à l’autorité sédentaire, ils font peur. Ils se voient contraint pour survivre de revendiquer un territoire, ce qui est antinomique avec ce qu’ils sont, ils s’opposent aux pouvoirs en place, les Touaregs le savent qui ont subi de longues guerres.

L’homme n’est plus nomade et pourtant de plus en plus de gens se revendiquent nomade. Alors que le nomadisme est en disparition, la recrudescence de la mode et de la revendication est effective.

Pourtant, le nomadisme est d’abord une question de frontières physiques, géographiques : les nomades n’ont pas de frontières. D’où les difficultés de résister à la sédentarisation forcée qu’amène la création des frontières dues à la décolonisation et à la formation des états nations, la formation d’un pouvoir étatique qui souhaite contrôler sa population. La confrontation dure depuis plus de 40 ans et tourne en Afrique subsaharienne à l’avantage des sédentaires, au renforcement des états. La fixation territoriale entraîne la fixation familiale, le foyer. Dès qu’il y a un point d’attache, un domicile fixe, le nomade devient peu à peu sédentaire même si subsiste un semi-nomadisme saisonnier que connaissent d’ailleurs certaines éleveurs de nos pays à travers la transhumance.

Il existe encore aujourd’hui environ quelques millions de nomades appartenant à ceux que l’on nomme les peuples premiers. La pauvreté est le lot de la plupart d’entre eux, une paupérisation qui s’aggrave et remet en cause le principe même du nomadisme. La destruction des troupeaux est fondamentale dans cet état de fait, les Touaregs peuvent en parler, les Peuls (Foulbés) aussi.

Le nomadisme se régénère dans nos sociétés on l’a vu par le voyage (en fait, un détournement du nomadisme puisque il y a retour sur un point fixe, le foyer sédentaire. C’est un nomadisme de convenance, confortable, exotique). L’appellation « nomadisme » est devenue mode. Il y a ainsi des vêtements inspirés par le nomadisme, l’exploration, le désert. La dénomination recouvre désormais des nouvelles attitudes, on assiste à une dérive sémantique.

  • travail nomade ou nomadisme au travail, ce qui veut dire changement de travail (mobilité, accepter de changer de lieu de vie pour son travail ou vivre loin de son travail –courant aux Etats-Unis) ou système pendulaire des migrations quotidiennes du travail. En fait nomadisme semble ici se substituer à mobilité.
  • Homme nomade à cause du téléphone portable, on peut être joint à tout moment (ce qui est contradictoire avec le nomadisme) car on se déplace tout le temps. Le téléphone portable est un objet nomade. Mais pour un nomade joignable, sédentaire, moderne. (une marque aussi : Nomade)
  • On parle même du nomadisme sentimental ou sexuel. En fait, la multiplicité des partenaires, le changement fréquent, est-ce une réminiscence de la polygamie en vigueur chez certains nomades ? Le changement fréquent complète le déplacement dans la signification moderne et occidentale.

Bref, changement, mobilité spatiale, voyages, envie d’exotisme, fantasme de liberté, voilà tout ce qu’évoque le nomadisme aujourd’hui. Un intérêt somme toute bien égoïste car on se préoccupe en fait fort peu des vrais nomades. On recrée un monde que l’on a fait disparaître, on le recrée à son image, selon ses vœux et ses contingences, selon son imaginaire. Le nomadisme devient ainsi purement intellectualisé, cérébral, historique, exotique, déculpabilisateur. On y pense donc on oublie pas, la mémoire demeure et le nomadisme survit. Axiome simpliste des sociétés confortables. C’est comme le problème indien aux USA. ON éradique les Indiens et ils n’ont jamais été aussi présents dans l’esprit des Américains qui se réclament de plus en plus de l’héritage Indien ! Pour faire simple, on fait disparaître physiquement les nomades (ou des peuples dits « premiers ») car ils gênent, ils posent problème, ils freinent le développement et ils sont souvent considérés comme inférieurs, ils sont gommés, annihilés. Puis, on se dépêche ensuite de les honorer, de les regretter, de construire des musées, des mausolées à la mémoire disparue, on se revendique de ceux qu’on a fait disparaître. Bref, on casse le miroir pour ne plus se regarder et on reconstitue l’image qui nous plaît. L’image (fantasmée ou non mais en tout cas égoïste) remplace la réalité. Une chance pour les derniers nomades auxquels appartiennent les Touaregs ? Exister comme entité figée et historique ? Comme symbole de la mémoire ? Comme fantasme encore de la liberté et du mystère ?

Car les Touaregs font bel et bien partie de ces peuples mythiques dont le mythe cache des réalités que l’occidental connaît mal et qui souvent ne l’intéresse pas nécessairement. Entre la réalité et le mythe, il vaut mieux parfois raconter le mythe. Place au mythe donc !

« A celui qui veut dialoguer avec la Préhistoire, le temps est désormais parcimonieusement compté », écrivait Michel Anselme à propos des Bochimans du Kalahari. Il n’est pas trop tard pour dialoguer avec ces peuples mais les menaces qui pèsent sur certains d’entre eux laissent malheureusement peu d’espoir à un échange de longue durée. Qui sont ces peuples? Quelles sont les menaces auxquelles ils sont confrontés ? En quoi leurs cultures peuvent-elles compléter les nôtres, voire les combler ? Que reste-t-il de ce patrimoine humain à l’heure actuelle ? Pour approcher ces peuples, le nomadisme sera notre guide. Les peuples premiers furent bien souvent –et demeurent encore pour certains- nomades.

I- QUI SONT LES PEUPLES PREMIERS ?

A) Problème de définition

Peuple ou ethnie ? D’usage didactique, « ethnie » désigne un groupe d’individus liés par des caractères anthropologiques et un territoire communs. De sens plus large, un « peuple » regroupe des individus partageant la même communauté d’origine et des traditions proches. Une « nation » est composée de peuples d’origines diverses ayant en commun un patrimoine territorial, historique et linguistique et partageant les mêmes valeurs. La nation est une construction politique.

B) Une dénomination récente

La dénomination « peuples premiers » est d’usage récent, elle s’inscrit dans la continuité de l’expression « arts premiers », en vogue depuis quelques années. Elle tend à se substituer de plus en plus à « peuples traditionnels » et semble avoir totalement remplacé « peuples primitifs ». On peut comprendre ce que cette dernière expression a de péjoratif : un primitif n’évolue pas alors que tous les peuples connaissent des degrés d’évolution –différents et inégaux certes- mais il serait faux d’écrire que certains peuples restent à l’état totalement primitif. « peuples premiers » apparaît comme plus « politiquement correct » et implique de fait une présence ancienne et originelle du peuple sur la terre où il vit. Il y a naturellement des exceptions puisque certains de ces peuples ont disparus (comme les Caraïbes, par exemple) et que d’autres peuvent, ensemble, se prévaloir du statut de primo-arrivant toujours en place comme les Xhosas et les Afrikaners en Afrique du Sud…

« Peuples premiers » est aujourd’hui l’expression la plus communément admise même si nous pourrions considérer « traditionnel » ou « authentique » comme plus appropriés. On parle aussi de « sociétés traditionnelles ».

C) Des termes parfois ambigüs

« Indigène » désigne celui qui vit depuis longtemps sur une terre. D’abord employé par Rabelais, il est aujourd’hui discrédité à la suite de son usage aux connotations raciales lors de la colonisation.

« Aborigène » désigne celui qui vit depuis l’origine sur une terre. Il n’est pas péjoratif et, avec une majuscule, désigne les peuples autochtones d’Australie.

« Autochtone » signifie celui qui habite une terre. Par extension, il s’applique à celui qui vit sur cette terre depuis longtemps. Ce terme est communément admis pour évoquer les peuples premiers.

« Sauvage » est tombé en désuétude et c’est heureux. Il signifie à l’origine « celui qui vit dans les bois » et par abus de langage, il a fini par désigner celui qui n’est pas civilisé. « sauvagerie » s’oppose alors à « civilisation » et ce malgré le mythe du « bon sauvage » rousseauiste. Le terme est devenu rapidement péjoratif.

Quant à « barbare », il désignait tout d’abord les non-Grecs, puis les étrangers à la civilisation chrétienne. Il a pris un sens négatif avec les Invasions des IVè-VIè siècles. Ce mot est à proscrire quand on évoque certaines traditions ou certains rites qui paraissent brutaux et incompréhensibles à nos yeux d’occidental.

En revanche, on peut parler de « culture minoritaire », ce qui implique une coexistence (pas toujours pacifique) entre plusieurs peuples à la démographie différente. La plupart des peuples premiers sont des cultures minoritaires. Les Indiens d’Amérique du Nord se désignent désormais sous le terme générique de « natives » (terme administratif officiel) : les natifs du sol originel.

En conclusion, risquons une définition de « peuples premiers » : peuple autochtone dont la culture et l’art de vivre n’ont pas été investi par la civilisation moderne ou qui tente, dans le cas contraire, de retrouver ses racines et ses traditions, sans rejeter forcément les acquis positifs de la civilisation moderne.

Peuple premier est donc la dénomination à la mode, faute de mieux. On pourrait réfléchir à « peuples patrimoines », « peuples anciens » mais peut-être que « premiers peuples » paraît plus fonctionnel et fidèle à la réalité puisqu’il pose la primo-ancienneté sur un territoire. Ces peuples sont notre miroir, notre passé révélé, témoins vivants de ce que nous avons pu être, témoins d’une étape de notre évolution. Ils sont Nous dans l’aspect le plus originel de l’humanité, débarrassés (non encore embarrassés) des scories et du parasitage de la société moderne. C’est sans doute l’explication principale de cette vogue ethnique qui traverse nos sociétés depuis quelques années. Une prise de conscience de la disparition progressive de la mémoire vivante de l’humanité, notre humanité, mêlée sans doute à une curiosité de retour vers les racines, de quête du temps et pour certains peuples (dont les Touaregs), de fantasmes. Qu’en est-il du nomadisme ? Sans doute demeure-t-il encore ancré en chacun de nous puisqu’il participe à cette « fantasmagorie » autour des peuples, il fascine de plus en plus. Peut-être le nomadisme « culturel » (pas l’itinérance, « structurelle ») est-il encore ancré en chacun de nous ?

Les Touaregs sont sans doute pour les Français le peuple le plus mythique, plus que les Massaï ou les Zoulous et sûrement autant que les Indiens d’Amérique du nord. Mythique implique une perception stéréotypée, une représentation fantasmée.

A) Comment sont perçus les Touaregs ?

Le Touareg (Targui, mais ce terme est réservé aux ethnologues, touareg est entré dans la langue française) symbolise à lui tout seul tous les nomades du Sahara. L’équation est simple voire simpliste : Désert = Sahara = Nomade = Touareg, donc Désert = Touareg. L’imaginaire est limité à cette équation. Qu’est-ce qu’un touareg pour la plupart des gens : un homme enturbanné de bleu, de blanc ou de noir, dont seuls les yeux apparaissent, juché sur un dromadaire. Voilà pour l’image. Le symbole ? Liberté, noblesse, mystère. L’histoire ? La guerre, ce sont les Seigneurs de la guerre, les seigneurs du désert. Voilà le stéréotype. Curieusement, les Touaregs sont d’abord perçus comme des guerriers et non comme des pasteurs. La faute à l’histoire, à la transmission médiatique de la résistance touarègue contre les Français, à leur rôle de seigneurs du désert contrôlant les caravanes.

On utilise le mythe abondamment.

Dans les guides touristiques, les catalogues de voyagistes sur le Sahara. Les photos sont belles car les Touaregs sont beaux, élégants. C’est vendeur, l’esthétisme joue un rôle dans la formation du mythe. Le cinéma, la télévision ont repris cet imaginaire[1]Dès que l’action d’une histoire se déroule au Sahara, on y intègre des Touaregs. C’est le must. On ne peut concevoir Paris sans la Tour Eiffel, on ne peut concevoir le désert sans touareg ! On oublie les autres peuples, la focalisation sur les Touaregs est très forte, historiquement très forte. Si le Touareg est le symbole du nomade, rappelons toutefois qu’il existe des Touaregs sédentaires (pas sédentarisés de force mais traditionnellement). Le stéréotype est tellement puissant qu’on ne peut imaginer un touareg sédentaire.

Récapitulons : Le touareg bénéficie depuis toujours d’une représentation positive, il symbolise le nomadisme, le mystère, la noblesse, la guerre (Seigneur du désert), l’esthétisme, la poésie, la sagesse[2], il est respectueux et proche de la nature, défend son environnement, perpétue un art de vivre ancien, il a une écriture ancienne (rare pour un peuple premier) donc une culture. Il pratique un Islam libre et affranchi des contraintes les plus fortes (donc adapté, preuve d’indépendance), qui convient aux occidentaux, un rôle positif de la femme (homme voilé, matriarcat), des valeurs a priori opposées à ce que les occidentaux savent de l’Islam. Pour finir, le mythe a pu s’installer grâce à la bravoure des guerriers mais aussi car beaucoup de Touaregs sont blancs, ne sont pas arabes, et qu’ils ont parfaitement synthétisés les deux marges de l’Afrique française : arabe au nord (dont l’image est détériorée dans l’imaginaire français, à cause en particulier de la conquête de l’Algérie et d’un Islam plus rigoureux), noire au sud (peuples ayant subi le plus violent racisme car considérés comme inférieurs). Les Touaregs forment donc un substrat élitiste qui n’est pas sans rappeler une construction féodale, comme le dit avec beaucoup de justesse Paul Pandolfi (Université Paul Valéry de Montpellier) dans son livre « La construction du mythe touareg » (Ethnologies comparées, printemps 2004) :

« Les sociétés touarègues, et notamment celle des Touaregs Kel-Ahaggar qui en fut longtemps l’exemple-type, se caractérisaient par une forte hiérarchisation. Sous l’autorité d’un chef unique (amenukal) trois strates sociales étaient réunies : les nobles (ihaggaren), les tributaires (Kel-ulli) et au bas de l’échelle, les esclaves (voir Pandolfi 1998 : chapitre 2). Une lecture rapide et superficielle amena très vite à parler de « féodalisme nomade »[1][8] et à établir un parallèle entre la société des « seigneurs du désert » et celles de l’Europe médiévale. A ce titre, l'hypothèse avancée par quelques auteurs (mais au moins signalée par bien d'autres) qui consiste à voir dans les nobles touaregs les descendants de croisés égarés dans le désert ne fait que pousser à son extrême le présupposé suivant : non seulement les Touaregs appartiennent à la « race blanche », mais de par leur substrat culturel (en l'occurrence ici un christianisme originel censé se manifester encore dans l'usage du motif de la croix) ils partageraient avec nous, par delà un « vernis d'islamisme superficiel et écaillé » (Gautier 1935 : 182), la même culture. Au delà de ce parallélisme fondé sur quelques analogies superficielles, on relèvera que les écrits des premiers Européens qui ont analysé les sociétés touarègues ont particulièrement insisté sur la catégorie des « nobles suzerains », au point que l’image stéréotypée du Touareg s’est construite à partir des traits de cette strate sociale particulière. Cette vision « aristocratique » n’est sans doute pas étrangère au fait que la plupart de ces travaux sont dus à des militaires souvent en communion idéologique (sur le mode de la nostalgie) avec l’aristocratie française[1][10]. D’où ce sentiment de familiarité, d’empathie que, de Duveyrier aux militaires de la première partie du XXème, l’on retrouve dans le discours de la plupart des auteurs « sahariens ».

Et le mythe a survécu malgré quelques entorses comme l’assassinat du père Charles de Foucault, le massacre de la mission Flatters, la résistance opiniatre à la conquête française et le constat, dès le début du XX è siècle que de nombreux touaregs étaient noirs… Le touareg reste l’homme bleu !

Voilà la naissance du mythe. Mais l’histoire des relations entre les Touaregs et les Français nous renseigne aussi. C’est l’histoire de la conquête du sahara.

B) L’histoire de la rencontre Touaregs et Français

Les Touaregs sont une population berbérophone, dont l’origine véritable donne lieu à plusieurs interprétations. Edmond Bernus définissait ainsi le mot « touareg » :

« Le mot touareg vient de Targa, oasis du Fezzan d’où les Touaregs seraient originaires. [« Targa signifie « rigole ou vallée ». Le terme « Aw-targua » fils de targa, est passé à l’arabe en devenant targui, twareg au pluriel ] Les Touaregs se désignent eux-mêmes par les termes de Kel-tamashek (Ceux qui parlent tamashek) ou kel-Taggelmust (ceux du voile). Leur langue, le tamashek (berbère du sud) est pourvue d’une écriture alphabétique : les tifinagh. Elle appartient au groupe hamite ».

Depuis l’Antiquité, les Garamantes, ancêtres supposés des Touaregs, sont connus. Ils sont mentionnés par Hérodote et Claude Ptolémée, lors des explorations qu’il entreprit au IIè siècle en Afrique du nord avait baptisé Garamantes toutes les populations de mœurs et de langues communes. Ceux-ci contrôlaient déjà les routes sahariennes et utilisaient des chars.

Au VII è siècle, les Arabes islamisent toute l’Afrique du nord. Une violente insurrection garamante éclate en 683, rapidement maîtrisée, signe de la fuite vers le sud des premières tribus touareg . Par flux successifs, les Touaregs investissent les massifs de l’Ahaggar et de l’Aïr. Au XIVè siècle, toute la région est sous leur contrôle. Les caravanes traversant le désert sont régulièrement pillées.

Les premiers témoignages parviennent jusqu’en occident : Léon l’Africain, Ibn Khaldoun, Ibn Battûta ou Idrissi font connaître ce peuple de seigneurs qui contrôlent les routes commerciales entre le lointain Soudan (pays des noirs, donc l’Afrique au delà du Sahara, le royaume du Ghana) d’où provenait des richesses colportées par les caravanes jusqu’au Maroc. Le mythe touareg prend forme pour l’occident.

Divisés en confédérations perpétuellement en guerre, les Touaregs nomment un sultan chargé d’arbitrer les conflits., celui-ci, indépendant de tout le groupe (« un chef qui n’est pas soumis à d’autres chefs », disait Charles de Foucault), règne sur le sultanat de l’Aïr, dont la capitale est Agadez. Les Touaregs lui attribuent le titre d’amenokal (titre aussi bien valable pour le sultan que pour les chefs de tribus. L’Amenokal détient le pouvoir politique. Le pouvoir religieux est entre les mains des marabouts : Ineslemen.) A partir de 1405, le sultanat de l’Aïr rayonne dans tout le Sahara.

En 1435, les Touaregs entrent dans Tombouctou et mettent fin au puissant empire du Mali. La ville, simple bourgade, devient alors une importante plaque tournante du commerce, un relais majeur pour les caravanes entre le Soudan (golfe de Guinée à l’époque) et le Maghreb (le Maroc principalement). Le commerce de l’or prit un essor considérable et favorisa en particulier la ville de Djenné mais c’est Tombouctou qui devint la ville mystérieuse couverte d’or qui va dès lors faire fantasmer l’occident. Tombouctou devient un grand centre intellectuel et religieux. Ville interdite aux infidèles (ce qui ajoute au mystère et à l’attrait) comme La Mecque.

Avant le XIX è siècle, si l’on en croit J.M Durou dans « L’exploration du Sahara » (Actes Sud, 1993), un seul Européen a pu connaître la ville interdite, un matelot français du nom de Paul Imbert, vendu comme esclave vers 1630 suite à un naufrage. Il meurt avant d’avoir pu faire un récit de ses aventures. Le premier « infidèle » à pénétrer sciemment dans Tombouctou est un explorateur anglais Gordon Laing, en 1826. Il n’aura pas le temps de faire le récit de son exploit. Celui qui « médiatisera » son entrée à Tombouctou et sera à l’origine de la première de la démystification de la cité est René Caillié, en 1828. Il n’y a pas d’or à Tombouctou, citons Caillié :

« Je trouvai que le spectacle que j’avais sous les yeux ne répondait pas à mon attente ; je m’étais fait de la grandeur et de la richesse de cette ville une toute autre idée : elle n’offre, au premier aspect, qu’un amas de maisons en terre, mal construites ; dans toutes les directions on ne voit que des plaines immenses de sable mouvant, d’un blanc tirant sur le jaune et de la plus grande aridité. Le ciel à l’horizon est d’un rouge pâle, tout est triste dans la nature, le plus grand silence y règne, on n’entend pas le chant d’un seul oiseau. »

Heinrich Barth confirmera en 1853 les propos de René Caillié. Tombouctou n’est pas Byzance et les infidèles peuvent, au prix de mille précautions (car si Caillié était déguisé en Arabe, tel n’était pas le cas de ces successeurs), pénétrer la cité interdite. La conquête française et l’occupation militaire de la ville en 1893 mettra fin définitivement au mythe. Toutefois, aujourd’hui, Tombouctou demeure dans la mémoire collective comme une cité lointaine et mystérieuse… Le bout du désert…

Dès le début, la politique française est ambiguë à l’égard des Touaregs, d’une main on abolit le servage, de l’autre on protège les chefs. On négocie avec les aménokals pour la protection des caravanes et l’aide à l’armée. Il s’agit aussi de lutter contre d’autres peuples jusqu’en Afrique noire. Le désert est la zone touareg, il s’agit donc de les pacifier et de les incorporer au dispositif de mise en place de la puissance française.

Le premier livre sur les Touaregs sort en 1864, il est l’oeuvre de Henri Duveyrier, il s’intitule « Les Touaregs du nord ». Cet ouvrage contribuera comme bien d’autres ensuite à la légende touareg. Ce même Henri Duveyrier qui organise la première visite officielle en France d’un chef touareg, Cheikh Othman en 1861. Dès cette époque, les français ne connaîtront du Sahara que les Touaregs. Ceux-ci sont divisés en confédération, nous l’avons vu, qui n’hésitent pas à se faire la guerre. Tous les Touaregs ne soutiennent pas la présence française, en particulier ceux du Hoggar et du Tibesti. Le massacre de la mission Flatters en 1880 va traumatiser tous ceux qui croient en l’alliance avec les peuples touaregs mais le mythe tient bon. Toutefois, la soumission des derniers touaregs sera longue. La France doit subir en pleine guerre mondiale (1917) un soulèvement généralisé des tribus touaregs, sous l’impulsion de Kaossen, un chef rebelle à l’occupation européenne. Une guerre de mouvement s’engage, la France gagne mais au prix de nombreuses victimes de part et d’autres. La répression est terrible, les chefferies sont démantelées, les tribus divisées, la vigilance accrue. La situation dure jusqu’à la décolonisation., malgré la tentative de créer en 1957 un état touareg, par l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS).

En 1961, le Sahara est divisé arbitrairement en plusieurs états qui héritent de la situation laissée par les français. Leur territoire démantelé, les Touaregs se voient attribuer une nationalité et un passeport. Dans les années 70, ils subissent l’assimilation forcée des états[3], la modernité imposée (les camions remplacent peu à peu les grandes caravanes traditionnelles) et les sécheresses. La majorité des troupeaux ont disparu, obligeant de nombreux touaregs à sédentariser et émigrer en lisière du Sahara, peuplant avec d’autres ethnies des bidonvilles comme celui qui entoure Nouakchott.

Les guérillas des années 90[4], autour des accords de Tamanrasset on cessé mais la situation n’est pas totalement résolue malgré les efforts de certains pays comme le Mali. En 1998, le Niger et le Mali ont réintégré sur le territoire national les Touaregs qui avaient pris les armes, réfugiés en Algérie, au Burkina et en Mauritanie. Au Mali, les Touaregs participent à la vie politique, la paix semble revenue mais la fragile autonomie obtenue résistera-t-elle aux soubresauts permanents de cette région du monde ? L’espoir est réel au Mali, seule vraie démocratie de l’Afrique subsaharienne.

Conclusion de Pandolfi

« De nos jours, le stéréotype touareg est encore largement opérant. Qu'on se souvienne de quelle manière un véritable lobby des « amis de la cause touarègue » (cf. Casajus 1995) a soutenu sans aucune distance critique la rébellion touarègue au Mali et au Niger. En juin 1992, les murs de Paris furent ainsi recouverts d'une affiche où sur un visage d'homme voilé s'inscrivait cette interrogation pour le moins problématique « Touaregs. Un peuple doit-il disparaître pour exister ? » alors que, dans le même temps, sous le patronage de l'association France-Libertés, se déroulait dans le hall du musée de l'Homme une exposition de photographies figeant les Touaregs dans cette représentation stéréotypée qui répond si bien aux désirs et aux intérêts des Occidentaux.

Cette image est également répétée à satiété dans les récits de voyages, livres de photos et autres brochures touristiques. Parfaitement connue par la plupart des individus auxquels elle s'applique, elle est très souvent reprise et réutilisée par ces derniers dans le cadre de stratégies diverses. L'exemple touristique est ici le plus parlant : combien de Sahariens ne doivent-ils pas littéralement se déguiser et jouer au Touareg afin de correspondre au plus près à l'image que veulent retrouver les Occidentaux à la recherche des « hommes bleus ». Dans le contexte fortement inégal du tourisme Nord/Sud s'exprime une violence évidente : pour exister, l'Autre doit encore et toujours se conformer à l'image que nous avons construite de lui. »

Or, d'un point de vue historique, ce qui nous paraît central ici est bien la relation triangulaire précédemment évoquée : en aucun cas il n'y a appréhension de l’Autre touareg sans l’intervention de ce second autre représenté pour l’essentiel par les populations arabes d’Afrique du Nord.

Les français ont ainsi privilégié le Touareg car il servait finalement de tampon entre les Arabes du nord (déconsidérés par les Français et subissant le racisme) et les ethnies noires du sud, considérées comme sous-hommes ou enfants et paternalisés violemment par la France. L’un est mythifié (le Touareg), les autres sont stigmatisés. L’état des choses tend à persister encore aujourd’hui dans les esprits.

Le mythe des Touaregs est toujours vivant. Il y a un double axe de survivance :

-la persistance tant bien que mal d’une vie la plus traditionnelle possible (disons la plus normale, la modernité est entrée dans le monde touareg, ceux-ci l’ont incorporé à leur mode de vie). Cela passe par une résistance culturelle et politique contre les états sahariens, cela passe par une médiatisation des combats auprès de la communauté internationale, en particulier de la France. Rappelons nous du combat de Mano Dayak. La France, ancienne puissance coloniale et principale réceptrice-utilisatrice du mythe étant en situation d’arbitre et de bailleur de fonds dans toute cette zone subsaharienne.

-La résistance culturelle folklorique, le retour aux rites et aux clichés. Les dangers de cette forme de résistance sont clairement identifiés :

  • Etre un conservatoire du temps passé sans âme ni avenir, un objet d’étude pour ethnologues
  • Etre un objet touristique pervertissant les codes et les rites et être par exemple amener à jouer aux indigènes et n’être plus qu’une image lointaine et déformée de la réalité. Correspondre à l’image que l’on a du peuple, dans ses clichés, sa perception la plus kitsch, parfois même dans une perception faussée inventée par les touristes (exemple des crayons…), devenir dépendant de ce que vous croyez que les autres considèrent essentiel pour vous. C’est en fait le danger de la grande entreprise culpabilisatrice menée par l’occident. A trop aidé, à trop compatir… A trop étreindre…

Il semble que les Touaregs, malgré les risques énoncés, font partie des peuples les plus indépendants (ils l’ont encore prouvé récemment par les guerres des années 90) et marchandent guère leur avenir. En revanche, le sort des Touaregs doit être connu raisonnablement, justement pour que la communauté internationale et la France puissent, amicalement et sans aucune forme d’arrière pensée, intervenir. Ainsi, la situation au Niger. Voir l’actualité.

Au delà de la situation des Touaregs et de leur spécificité historique, c’est celle des derniers nomades, celle de tous les peuples dits premiers qui est préoccupante et qui concerne tous les hommes de cette planète.

Retrouver le nomadisme ?

L’homme moderne des sociétés à fort PIB est-il en quête d’un retour au nomadisme ? On l’a vu, par des moyens détournés. Sans compter une vraie prise de conscience du problème des derniers nomades mais peut-être justement parce que ce sont les derniers, une fâcheuse tendance au conservatoire.

Le nomadisme est maintenant un état d’esprit. Pas de frontière mentale. Un homme libre est libre dans sa tête, on peut associer la liberté au nomadisme, il s’agit de faire éclater les cadres et d’être tolérant, ouvert à l’autre.

Historiquement, le nomadisme est le propre de l’homme bien que très vite des groupes se sont sédentarisés. L’errance est peut-être le propre de l’homme, à savoir ici ce qui l’a constitué avant la sédentarisation ou la nomadisation. Ontologiquement, on peut dire que le nomadisme est le propre de l’homme si l’on associe le nomadisme à la liberté. Liberté pas forcément physique, l’homme est contraint depuis qu’il est né, mais une forme de liberté onirique au moins. Cependant, la liberté rend-elle vraiment libre ? Qu’est-ce que la liberté ? Est-elle seulement dans la liberté d’aller et venir ? C’est un autre débat.

[1] Le stéréotype du touareg s’est répandu au cinéma dès les années 20 et fut performant dans les années 30 grâce à toute une série de films « exotiques », pas seulement français. Des films tels que « L’atlantide » de Feyder en 1921 ou de Pabst en 1932 ou les films sur la légion par exemple. Il y eut aussi des sérials américains comme Les périls de Nyoka (1942). Les années 50 et 60 sont peu marquées, en revanche les années plus récentes voient le retour du stéréotype dans des films comme Indiana Jones, Légionnaire (1999) avec J.C Van Damme, Le boulet (2003) ou Sahara (1984 et 2005). Un film comme Un thé au Sahara joue sur la fascination, tiré du roman de Paul Bowles. Dans ce film, on joue sur l’inversion des valeurs, le touareg voilé et la femme libérée. Dans tous les cas il s’agit de perception occidentale. Il y a peu de cinéma fictionnels africains sur le sujet , surtout des documentaires. L’un des derniers Asshak de Ulrike Koch.

[2] Il existe maintenant des ouvrages de poésie et de citations de sagesse touarègue comme il en existe pour les Indiens ou les Bouddhistes.

[3] On peut noter à ce moment que les anciens dominants touaregs se voient à leur tour dominés car le pouvoir des états Mali et Niger est entre les mains d’ethnies noires et sédentaires. La mise à l’écart des Touaregs est une sorte de revanche pour les anciens razziés (esclaves).

[4] A noter la difficulté pour les armées nationales d’intervenir efficacement dans le désert. Les guérillas ont fait de nombreuses victimes, on parle de 5000 morts au Mali en 1994. Dès l’année suivante, les accords de paix ont permis de réintégrer les réfugiés (environ 160.000 personnes ayant fui à l’étranger) avec l’aide du HCR.

Partager cet article

Repost 0
Jérôme Bimbenet
commenter cet article

commentaires