Vu ou lu


Un petit Woody

Hélas mille fois hélas! Que font les critiques ? Je suis un fan absolu de Woody Allen, je connais tous ses films, je les ai toujours aimé même les moins bons. Je suis un fan de Scarlett Johanson, un fan de pénélope Cruz et je trouve que Javier Bardem est un excellent acteur... quand il joue pour les frères Coen!! Tous les ingrédients étaient réunis pour que je prenne un grand plaisir à voir Vicky Cristina Barcelona. Et les critiques unanimes placent le film parmi les grands de Woody Allen. J'y suis donc allé les yeux fermés. Tous les ans, un film de Woody. Avec lui, on n'attend pas. pas comme avec Kubrick naguère ou Malick de nos jours. Et puis, pendant une heure, rien. Je me suis ennuyé dans toutes les largeurs. Bien filmé, bien interprété, ce film se veut comique (il est présenté comme ça par les critiques) mails il ne m'a tiré que quelques grognements convenus d'habitué allénien. Je n'ai pas intégré le film. Aucun intérêt. Puis arriva Pénélope et là, enfin, la pellicule a pris feu. Moi aussi. C'est une actrice d'enfer qui dévore littéralement ses partenaires. Ah la séquence où elle marche avec Scarlett, la brune et la blonde. Le rêve du cinéphile. Mais la pauvre Scarlett s'est fait incendié par Pénélope. Pas étonnant que Tom (l'autre Cruise -Cruz) l'ait quitté, on ne peut pas tenir face à elle. Elle est incandescente. Elle n'apparaît que dans la dernière partie du film et c'est elle dont on se souvient. Tant pis Scarlett, tu as fais ce que tu as pu, c'était injouable. Pénélope Cruz est hallucinante. ne serait-ce que pour elle, le film peut être vu. Sinon, c'est un triste Woody, je ne comprends pas les critiques unanimes. Peut-être une explication : le film a été vendu comme une comédie. Je suis allé le voir en espérant, en attendant une comédie de Woody Allen, comme dans les grandes périodes. or, ce n'est pas une comédie. C'est un film grave qui est mené par sa légèreté mais ce n'est pas une comédie comme les autres Woody Allen. Le Nouvel Obs cette semaine parle du film comme un "conte cruel" et une "expérience scientifique" de dissection des sentiments humains. C'est mieux. Vu comme cela, le film semble plus intéressant. Mais, finalement, Barcelone n'est peut être pas un lieu où les propos alléniens sont à l'aise. La même histoire à New York aurait eu une autre gueule. Bref, un coup pour rien. Ne croyez pas les critiques. Autant retourner voir Mamma Mia, là au moins on sait ce qu'on va voir!



Appaloosa dans la lignée de Hawks

 


Ed Harris est un excellent acteur et confirme, après son prodigieux Pollock, qu'il est un grand metteur en scène. Son western est d'un absolu classicisme mais il appartient aux grands westerns taiseux et d'amitié virile des derniers John Ford ou de Howard Hawks (on pense à Rio Bravo ou Liberty Valance, aussi aux 7 mercenaires). Ed Harris s'amuse à déjouer toutes les conventions après les avoir utilisées. Chaque séquence est agrémentée de clins d'oeil, d'humour au second degré et les personnages sont très humains derrière leurs façades austères. Le film est dépouillé, va à l'essentiel quant à l'action pure et se permet de longues digressions littéraires ou émotionnelles (la relation Ed Harris-Renée Zellwegger est assez jouissive). Bref, ce film prend les codes et les distord aussitôt. Admirablement filmé et interprété, n'y oublions pas un Jeremy Irons qui semble franchement prendre son pied, Appaloosa s'inscrit dans les westerns qui font date. La nouveauté ici est que ce western n'est pas crépusculaire, c'est un western en pleine forme, de personnages rugueux et humains dont la fin reprend encore un thème éculé en le distordant, celui du poor lonesome cow boy qui taille la route... quoique.. un film à voir, les paysages y sont également sublimes.
Un film hallucinatoire aux références multiples

Vinyan, l'âme des défunts, si j'ai bien suivi. L'histoire d'un couple qui a perdu leur fils unique dans le tsunami en Thaïlande et que la mère, jouée par Emmanuelle Béart pense avoir reconnu dans une vidéo réalisée par une ONG locale. Ils se mettent en quête de ce fils perdu à travers la jungle birmane. Sujet fort intéressant qui m'a attiré dans la salle. Et je ne sais trop quoi penser du film, parfois expérimental comme le long générique du début, dont le son transperse les images supposées d'eau ou de gouttes d'eau multicolores sur l'écran (figurant le tsunami??) A bien des égards, on peut penser que le film est vraiment très mauvais. L'histoire tient à peine debout, les plans sont souvent à la limite du vraisemblable et tournent parfois au ridicule, l'interprétation d'Emmanuelle Béart frise aussi l'overdose de l'hallucinée (elle devient peu à peu folle, victime de ses fantômes et de la jungle). Esthétiquement pourtant, le film tient la route et on peut tout aussi bien y trouver son compte. Alors bien sûr, les références abondent, de nombreux plans ont déjà été vus ailleurs, mais on ne peut reprocher au réalisateur de n'être pas le premier à filmer la jungle et l'hallucination des âmes perdues. Ainsi, d'Apocalypse now (Béart en colonel Kurz entourée de son armée d'enfants assassins... limite mais bon...) à Voyage au bout de l'enfer, de Joseph Conrad à la série des Rambo (surtout le dernier), de Sa majesté des mouches à Cannibal holocaust, le territoire est balisé. De l'aventure au mélo malade jusqu'au gore, toute la folie dégrade le film et en ce sens, c'est une forme de réussite. Film curieux, instable, vénéneux, il est, malgré ses nombreuses imperfections et les très mauvaises critiques lues ici et là, un voyage initiatique au milieu des fantômes des enfants disparus, un film qui met mal à l'aise et dont la fin, qui frise le ridicule, fout carrément les jetons. C'est le traitement que le metteur en scène fait des enfants assassins qui attisait ma curiosité. Certes, on est loin de Golding ou de Peter Brook mais on ne peut demeurer indifférent aux images du meurtre du père par tous ces enfants qui protègent la mère matricielle qu'est devenue la mère charnelle du garçon pris par le tsunami. A vous de voir...










Jaoui ou Leigh ??

Deux films qui devaient être des événements mais qui n'en sont pas. Agnès Jaoui nous avait régalé du goût des autres, intéressé comme une image mais ne sait pas trop bien nous parler de la pluie. Bien filmé, bien tourné, le film est souvent long et s'use sur les leçons de vie du couple Bacri-Jaoui. Non que le film soit mauvais, il est ennuyeux. Le sujet est intéressant mais on a l'impression que le couple rabâche. Bacri bacrise (après tout on l'aime aussi pour ça), Jaoui se prend la tête, très sérieux malgré de vrais grands moments de comédie. Le clou du film est le tournage raté au milieu des causses avec le troupeau de moutons qui bêle à qui mieux mieux. A hurler de rire, dommage que tout le film ne soit pas de ce niveau de comique. Une fois de plus, je dois l'avouer, c'est Djamel Debouzze qui m'a conquis. Emouvant, drôle, tendre et d'un naturel désarmant, il confirme film après film qu'il est un immense acteur. A mon grand dépit car je ne le supporte pas en tant que personnage public. Déjà dans Amélie poulain, c'est lui qui sauvait le film du désastre absolu, une révélation entrevue dans Le ciel les oiseaux ta mère, pas si mal que ça. Dans Astérix mission Cléopâtre, il s'affirme comme un acteur comique majeur, dans Angel-A, il sauve encore le film par sa composition émouvante et désarmante, dans Indigènes, il s'affirme définitivement comme un des plus grands, aux côtés de Roschdy Zem et Sami Bouajila. Tous issus de l'immigration ? Et alors, ils sont immense, le talent n'a pas de frontières, le talent et le génie ne connaissent pas le racisme. Bravo Djamel, continue au cinéma, seulement au cinéma!
Mike Leigh a réalisé une comédie! Quelle annonce ! Le social triste fait sa comédie. Be happy donc ! Hélas! Certes, le film est bien fichu, avec des scènes d'anthologie (l'auto-école!!) mais pendant une longue demi-heure, on ne sait pas trop où Mike Leigh nous emmène, on s'ennuie un peu si ce n'est l'accent des actrices qui met un peu de sel (à voir en V.O of course). Puis, le film décolle et l'histoire de cette jeune femme de 30 ans qui rigole tout le temps et tente de mettre la pêche partout où elle passe prend le large. Superbe séquence de flamenco! Mais elle rit car elle est triste, le monde est triste, les gens qu'elle rencontre ont des problèmes, non seulement le moniteur du permis de conduire mais aussi cet élève, qui en frappe un autre, violent, qui en une séquence avec un psychologue avoue que son beau-père est violent. On est en plein cliché! Révélation aussi rapide, improbable! Et la victime des coups ? On s'en fout on s'intéresse au coupable, c'est lui qui a des problèmes, c'est à lui que la société va donner des moyens pour tenter de résoudre ses problèmes. L'autre ? La victime ? Tout le monde s'en fout, comme en France. Ceux auxquels la société s'intéresse sont les enfants à problèmes, les violents, les décalés, on tente de les aider. C'est bien mais les autres ? Ceux qui se prennent les coups parce qu'ils travaillent ? Parce qu'ils sont dans la norme ? Parce qu'ils sont "bien élevés" par des parents qui font leur boulot de parents ? Ceux-là, qu'ils se débrouillent, ils peuvent se faire frapper, ils doivent comprendre ces pauvres enfants battus (hélas) ou laissés pour compte. Où est l'égalité ici ? Je méloigne un peu du film mais cette scène m'a soulevé les tripes, je me serais cru dans un film de Bégaudeau !!!! Donc Be happy n'est pas une comédie. C'est un film plus léger pour Leigh que les autres mais c'est un film triste. Bien fait mais triste. Quant à Bégaudeau, je ne suis pas allé voir Entre les murs. Irais-je ? Palme d'or, il va bien falloir que je m'y risque. Mais l'hunanimité des critiques fait froid dans le dos. Je sais ce que je vais trouver dans le film. Tout ce que je viens de quitter. Tout ce que contre quoi je me bats, le prof copain à l'écoute des élèves, des élèves avec qui on passe son temps à discuter, à négocier. Même si cela entre bien dans le cadre de l'enseignement au collège, je pense que la discipline reste le principal fondement de l'apprentissage et de la vie en communauté. Je m'étais déjà opoosé à Bégaudeau dans un article avant les vacances, je ne change pas d'avis. J'irais le voir ce film qui "rend hommage aux professeurs" disait l'ex-professeur Darcos qui n'a plus mis les pieds en classe depuis 15 ans et sans doute pas dans les classes sensibles! C'est un sujet de bourgeois gauchiste ce film, sans doute est-il très bien fait, Cantet est un grand metteur en scène. Mais tant de démagogie (rien que la bande annonce) me dégoûte. Moi, j'y ai passé douze ans de ma vie avec ces élèves là. J'ai des bons souvenirs, c'est vrai et nombreux. Mais ce qui manque le plus dans ce genre d'établissements, c'est un minimum de discipline. Alors, réactionnaire ? Oui, mais pas autant que la majorité des profs qui veulent surtout que rien ne change, ni en bien ni en mal. La paix sociale coûte cher. Elle a failli me coûter la santé. Je me préfère à eux, désolé, je suis un égo-réactionnaire!




Films de rentrée bons ou moins bons

Gomorra tout d'abord. Un film choc sur la camorra napolitaine et campanienne. Une camorra qui tient tous les réseaux, qui paye le peuple et taxe les riches, se constituant ainsi une clientèle fidèle. Le film est tourné comme un documentaire, caméra épaule, si proche de la réalité que l'on se noie et que l'on ne sait plus ce qui est fiction et ce qui documentaire. Le livre de Roberto Saviano, dont est tiré le film,  est aussi hallucinant que les images. C'est un récit, une enquête, pas un roman. Tout ce qui est écrit a été entendu, vu ou vécu par le journaliste qui s'est mêlé à la camorra. Le port de Naples apparaît soudain comme le levier principal du trafic et du commerce parallèle entre l'Asie et l'Europe. Une partie des marchandises disparaît, n'existe plus, effacée. Et pourtant on la retrouve en vente plus loin, en Allemagne, en France... De très beaux moments sur la confection de la haute couture. La robe portée par Angelina Jolie aux oscars (dans le film c'est Scarlett Johanson) a été fabriquée dans les ateliers clandestins de la camorra et son maître d'oeuvre, aussi doué que Dior sans doute, restera inconnu et finira sa vie au volant d'un camion. Puni car il a appris aux chinois (autre mafia présente) à coudre les vêtements de stars. Superbes scènes dans le films, émouvants dans le film et le livre. Et puis, la violence. On tue, on tire mais ce n'est pas Scorcese. Pas de mythification de la violence, pas de lyrisme. On tue c'est tout et souvent on ne voit pas l'impact. On voit les corps, on voit les visages des survivants. Sobre et fort. Deux ados vont s'y perdre, en voulant s'abstenir de toute filiation envers un des groupes de la camorra, ils vont déstabiliser l'ensemble et finir comme des canards, au viseur. Ce film est un film édifiant, on se demande après l'avoir vu si l'Italie n'est pas gouverné par la mafia (économiquement du moins), quelle est son influence ? C'est un film militant, qui dénonce le rôle de la mafia mais aussi la passivité de la population et des gouvernants. Un réquisitoire brûlant à voir toutes séances tenantes. D'ailleurs, le livre est en tête de vente des essais.

La fille de Monaco m'a un peu déçu. Bien filmé, de la belle ouvrage mais Lucchini fait du Lucchini et Louise Bourgois n'est qu'une midinette bardot de plus. Elle est très belle et elle crève l'écran c'est vrai mais l'ensemble est finalement assez léger. Il y a de bons moments mais la fin est assez prévisible. Roschdy Zem sauve les meubles. Quel talent de ne rien faire pour tout dire!! Un immense acteur, mais ça, on le savait déjà. 

Mirrors est à conseiller pour les amateurs du genre. Bien ficelé, bien mené par Alexandre Aja (un français) dont j'avais apprécié la relecture de La colline à des yeux. Le film respecte les codes, une dose de gore (assez hard d'ailleurs), un peu d'humour, pas trop, du suspense avec famille et enfants. La fin est imprévue et rappelle Sixième sens. Plutôt original dans l'ensemble malgré des naïvetés ici et là, le film se laisse voir mais il est pour les amateurs d'horreur. Et puis c'est bien de retrouver Kiefer Sutherland au cinéma, il a pris de la patine.
 

Films d'été bons ou moins bons


Un dessin animé d'abord, Kung Fu Panda. Rien à voir avec le chef d'oeuvre essentiel de l'histoire du cinéma qu'est Wall.e, Kung fu panda est sympathique, très bien fait, mais l'histoire est banale, toujours pareil, un maître qui transforme une grenouille en carosse. Du Star wars en miniature. Yoga et Panda. Mignon, parois assez sombre; les scènes du méchant tigre rappellent Forteresse ou Le seigneur des anneaux. Assez féministe, c'est tendance, très politiquement correct, le film est agréable mais ne retient guère l'attention. La version française est mauvaise, surtout le doublage du panda. Pourquoi vouloir faire du 9.3 alors qu'il est évident que la VO américaine demeure compréhensible ? Ce Manu Payet qui double (que je ne connais pas) est régressif et infantile. C'est l'autre face de l'animation, celle-ci est accessible aux enfants mais pas trop jeunes.
Un mot sur la Momie 3. Bonne idée que d'aller l'empereur et son armée mais le film est rempli d'esbrouffe et guère intéressant. Plein d'effets spéciaux (c'est le moins) souvent remarquables, le film sent le ressassé, on est à la 3è phase de sa momification. Le premier était un bon divertissement, le second pas trop mal, celui-ci réchauffe un peu. Moins drôle que les précédents, compensé par les effets spéciaux et l'exotisme chinois (tiens donc, quel hasard). Jet Li a vraiment l'air d'une momie, Michelle Yeoh fait ce qu'elle peut mais il y a une petite actrice à tomber, son nom m'échappe mais rien que pour elle, on peut faire le détour. Contrat rempli, le film fit ce qu'il à a faire, il distrait, sans plus. Amusant en tout cas de voir l'héroïne écrire des livres sur la momie à une époque (années 30 et 40) où celle-ci fait les beaux soirs du cinéma d'horreur...
Hulk est un film agréable, plutôt intello pour ce genre, avec Edward Norton, la bonne idée pour humaniser le monstre. On réfléchit pas mal, ce qui explique ces piètres résultats mais les effets spéciaux sont réussis. On revient aux fondamentaux de Marvel et le super héro n'en est pas un, il est victime. Il fallait oser la course poursuite dans la favela, un film assez réussi.
 
La fille de son père. Jennifer Lynch est la fille de son père. Son film est d'une rare violence, pervers à souhait, admirablement interprété et très déstabilisant. Surveillance est à voir pour sa mise en scène au cordeau et sa fin de laquelle la morale est absente. D'ailleur le film n'a aucune morale. Très inspiré des films de papa, Surveillance est un bon thriller, angoisse et horreur sont au rendez-vous et surtout, ce qui m'a vraiment plu, sa totale perversité et son immoralité. Une découverte. Sauvez les enfants!
 
Côté français, Le premier jour du reste de ta vie est chaleureux, drôle, très vrai, tout le monde peut s'y reconnaître et les acteurs sont magnifiques. Une mention à Jacques Gamblin, décidément surprenant et très émouvant en peu de gestes. Un immense acteur méconnu qui confirme qu'il est l'un des meilleurs. Un bon film, l'un des rares bons films français du moment.
 
Hancock, effets spéciaux contre héros sale et images intéressantes mais la sauce prend mal et Will Smith est plus à l'aise en survivant, un coup pour rien. Un divertissement de plus sur une bonne idée un peu gâchée. My name is Hallan Joe est assez bien fait dans le genre très codifié du voyeurisme au cinéma, ici le voyeur entre littéralement chez sa victime et le fantasme s'accorde mal de la réalité. Ensemble sympathique avec de bons acteurs.
Bons baisers de Bruges est le film thriller de l'été. Très drôle, déjanté, deux acteurs exceptionnels dont un Colin Farell que décidément j'aime de plus en plus par sa désinvolture et son sixième degré d'humour. Un excellent film où Bruges est -bien filmée, malgré les pointes british d'humour noir contre la ville.C'est le film à voir pour ceux qui aiment le genre, une belle surprise. Que c'est beau Bruges la nuit.
Le monde de Narnia 2 est moins bien, moins surprenant, moins magique mais il réserve d'excellents moments, la bataille finale, le duel. Le film doit encourager les enfants à lire le livre, nettement meilleur of course. Mais on s'est pris d'affection pour les jeunes héros. 



A swedish love story, film  de Roy Anderson

Titre débile pour un titre original qui est "Une histoire d'amour" comme tant d'autres. Ce film date de 1970 et il sort pour la première fois en France. Parmi tous les films vus ces temps ci (dont un vieil Indy), celui-ci mérite une attention de la part de l'historien. Le film raconte une histoire d'amour pure et belle entre deux beaux ados suédois (surtout la jeune actrice, magnifique et blonde, tout ce que j'aime), un amour pur et absolu, entièrement à l'écart du monde adulte. Le film montre la culbute des deux mondes. Les adultes, engoncés dans leur convention très luthérienne mais dont les excès festifs sont parfois à la limite de l'outrance, engoncés dans leurs conventions, très froids et rigides alors que les deux jeunes sont en dehors du monde et vivent leur passion avec beaucoup de tendresse. Le film est très touchant, surtout très réussi dans l'approche sensible de l'autre. On s'effleure avant de se parler. Pour ma génération, cela rappelle des choses, certes, je suis plus jeune mais cinq ans tout au plus. Les approches amoureuses sont toutes les mêmes et la passion aussi. Ce film, qui a presque 40 ans, est un lumineux témoignage de la société soi disant rigide de la Suède des années 70 et de le jeunesse éternelle. A noter la présence dans un second rôle de Bjorn Andresen, qui illuminera pour l'éternité Mort à Venise l'année suivante, Tadzio c'est lui. Déjà très beau avant que d'être transcendé par Visconti. Un film intéressant sociologiquement qui nous replonge dans les années 70 et qui mérite le détour. Tout en finesse, souvent émouvant et disons le, dont la nostalgie nous prend, moi en particulier. Dieu que cette petite suèdoise est belle et désirable et correspond au stéréotype. 14 ans! Et alors ? L'observateur note que la jeunesse fumait allègrement et buvait déjà. Typique de la Suède du début des années 70 ? Pas la cigarette en tout cas. Pour toutes les qualités citées, il faut voir ce film pré-Abba. 
Autres films ? j'ai déjà écrit que je parlerai pas de tous les films mais il me semble que deux autres films méritent notre attention, je ne les ai pas encore vus. Children, film islandais en noir et blanc sur la maltraitance d'un enfant de 12 ans et Ezra, film nigérian sur les enfants soldats. Un même thème cette semaine en art et essai, la jeunesse. Trois visions différentes. Un conte d'hiver traite de la famille, à l'italienne. Desplechin remplit le contrat, le film est un peu long mais très brillant. Les interprètes somptueux, en particulier Deneuve qui vieillit bien, sa fille Chiara, très touchante et l'immense Amalric qui devrait toutefois éviter de surjouer les mêmes personnages d'un film à l'autre. Il est le méchant du prochain Bond, wait and see.

Désengagement, film d'Amos Gitaï
Voilà un film engagé en faveur de la paix, on connaît les opinions d'Amos Gitaï, grand réalisateur israélien dont j'adore généralement les films. Désengagement raconte le désengagement (justement) des colons juifs de la bande de Gaza par Tsahal. Le film est en deux parties. La première, moins réussie, se situe à Avignon où le patriarche vient de mourir. Se retrouvent ses deux enfants (de deux mariages), retrouvailles ponctuées par l'apparition de Barbara Hendriks, très émouvante dans le chant funèbre. Superbes images, magnifiques dialogues. La première scène dans le train entre le fils (israélien) joué par Liron Levo et une palestinienne en goguette jouée par la sublimissime Hiam Abbass, ne sert à rien si ce n'est qu'elle pose d'emblée le militantisme de Gitaï, réconciliation. Avignon est marqué par le ballet des retrouvailles entre Liron Levo et Juliette Binoche, superbe et enjouée. La scène clé est celle où Jeanne Moreau annonce l'existence d'une fille (celle de Binoche qui l'avait laissé vingt ans avant car trop jeune pour l'élever en kibboutz) et que celle-ci a droit à une partie de l'héritage du grand père. On nous révèle que ce dernier a continué à la voir. Pas la mère. Seconde partie, les retrouvailles de la mère et de la fille alors que Tsahal éjecte violemment les colons de la bande de Gaza (où vit justement la fille de Binoche). Le demi-frère du personnage de Binoche (Liron Levo) est l'un  des chefs de Tsahal et tout le monde se retrouve dans l'effroyable désordre de la situation. La fin est très émouvante et cette deuxième partie est très réussie. On y retrouve le grand Amos Gitaï. L'ensemble est cependant excellent et surtout, le film reste et s'imprègne en vous, il donne à réfléchir. Il faut vite aller le voir avant qu'il ne disparaisse totalement des écrans.




Como et jazz à tous les étages

Je ne suis pas un  fan de jazz, hormis quelques classiques, je n'adhère pas ou peu à cette musique. Pourtant, ce soir, j'ai été transporté, ému jusqu'aux larmes par le concert de Jean-Pierre Como à l'Auditorium St Germain. 14 musiciens. Classique et jazz se répondent en une fusion pathétique et émouvante dans l'âme soeur, écrit pour sa soeur décédée trop tôt. Como, c'est le Ravel d'une pavane pour un infante défunte. Magique et magnifique. Sublime dans le lyrique et le dernier souffle du saxo soprano emporte avec lui l'âme de la soeur aimée vers l'infini musical. Un requiem jazz! Quelle beauté, je me convertis à la musique de Jean-Pierre Como, il est le jazz, il fait pleurer son piano. 
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Bataille à Seattle, un film de Stuart Townsend

Un film choral sans doute avec de nombreux acteurs sont Charlize Theron et Woody Harrleson mais surtout, et cela fait plaisir à voir, un grand film engagé, un vrai film militant. Que l'on partage ou pas les opinions des militants anti-OMC qui ont littéralement saboté la réunion de 1999 à Seattle, on reste stupéfait devant la violence des autorités (malgré le peu d'empressement du maire) face aux manifestants. L'OMC aujourd'hui compte la Chine comme adhérente et à terme va sans doute compter la quasi totalité des pays, y compris en développement. Le film montre de l'intérieur les débats, parfois avortés, qui opposent les tenants d'une économie libérale dominée par les Etats-Unis (l'OMC est une émanation des Etats-Unis qui dirige en fait le commerce mondial) et les tenants d'une économie plus juste où l'homme vaut plus que les profits. L'Afrique souffre, son représentant prend fait et cause pour les manifestants, de même que celui de Médecins sans frontières. La situation n'a guère évolué puisque de grands groupes dominent la planète et l'exemple de la faillite du coton malien ou burkinabé à cause des quotas et des subventions américaines montre que l'OMC ne fonctionne que pour les pays du nord. Le film a des qualités évidentes, mêlant images d'archives et fiction et l'on est secoué par certaines scènes. Des gens applaudissent ou hurlent dans la salle, au-delà de l'oeuvre elle-même, il faut voir ce film militant (sans doute appuie-t-il trop parfois mais c'est la loi du genre) pour se souvenir que nous sommes de sacrés privilégiés mais manipulés par des puissances politico-financières (y compris la Chine en 2008) dont les intérêts ne sont pas les droits de l'homme. Des dizaines de milliers d'enfants meurent chaque jour dans le monde de malnutrition ou de maladies (sida ou même rougeole) mais quel prix face aux milliards des pétroliers ou des industries pharmaceutiques ? Des élèves m'ont demandé un  jour pourquoi ces gens (en Afrique subsaharienne surtout) ne se révoltaient pas ? D'abord parfois ils se révoltent mais sont rapidement maîtrisés par des états qui contrôlent l'alimentation et créent artificiellement des famines pour que la communauté internationale s'émeuve, envoie des aides, aides qui vont dans la poche des gouvernants. Et puis, la révolution ne se fait pas le ventre vide! Rien à craindre pour l'instant.

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Lettres de Paris, de Paul Morand (Arléa)

Paul Morand est un remarquable observateur de la vie artistique du Paris des années 20. Correspondant du journal The Dial de New-York entre 1923 et 1929, il écrit ses lettres directement en anglais et témoigne de la vivacité de paris, déjà investie de touristes (des bus sillonnent les rues, les Champs Elysées et se garent devant les monuments, les guides parlent vite et tout le monde repart après quelques photos. Quelle modernité) Proust y meurt, Aragon ou Giraudoux y naissent, Radiguet passe diaphane entre les bras de Cocteau, Picasso sue le génie, Monet peint des Nymphéas que Morand n'aime pas, Bernanos écrit Sous le soleil de Satan, Colette Chéri, Barrès trépasse et Malraux arrive. Entre deux guerres, entre deux mondes, un temps suspendu à défaut d'être retrouvé, le temps proustien égraine sa nostalgie, Gide fait scandale avec Corydon puis court au Congo, Stravinski et Diaghilev expérimentent de nouvelles formes d'art, les années 30 émergent au bout de ce point de suspension heureux. Tout cela et plus encore dans les Lettres de Paris, rééditées par Bernard Delvaille aux éditions Arléa, pour le plus grand bonheur de tous ceux qui ont été charmé par le journal de Maurice Martin du Gard ou le roman de Dan Franck sur la Bohème. A lire de toute urgence, tant d'esprit, de culture et de création font du bien en cette période sarkozyste du néant intellectuel accompli.

 

 
Samedi 11 octobre 2008
Le Clézio est donc le 14è Prix Nobel de littérature français. Le seul domaine où les tricolores dominent. J'en suis heureux car Le Clézio est un auteur discret, à la tête d'une belle oeuvre bien écrite, qui n'a certes pas révolutionné la littérature (est-ce encore possible ?) mais qui fleure bon l'exotisme et le voyage, une littérature parfois légère et exquise, toujours fascinante. j'ai lu plusieurs ouvrage de Le Clézio, dont Désert, sublime rappel des hommes bleus et du temps qui passe. Bravo et tant pis si les Américains n'apprécient pas. Il n'y a pas que les Etats-Unis dans le monde (surtout en matière de finances...)

Le Nobel est une trace majeure dans le ciel de la littérature mais pourtant il a raté nombre d'écrivains essentiels tels Proust ou Celine. Il a en revanche primé quelques auteurs qui ont marqué le siècle dernier comme Camus, Gide ou Claude Simon. Les autres ? Sartre a refusé le prix, il est sans doute un grand auteur mais je crois que l'existentialisme fut plus une mode qu'une vraie philosophie. Ses oeuvres théâtrales sont plus fortes que le reste de ses écrits. Romain Rolland, Frédéric Mistral ou Roger Martin du Gard sont peu lus de nos jours même s'ils restent connus. Anatole France fut  presqu'aussi célèbre en son temps qu'un Victor Hugo mais que reste-t-il un siècle après sa mort ? Son nom ? St Johen Perse n'est plus guère lu non plus, Bergson reste un philosophe, Gao Xingjian demeure relativement inconnu du grand public, Mauriac est plus lu pour ses chroniques et connu pour son amitié avec le général de Gaulle que pour ses romans. Et le premier en 1901, Sully Prud'homme... qui ? Il a une rue dans le XXè je crois... franchement, quelqu'un a déjà lu ses oeuvres ?

Tout ça pour dire que le Nobel n'est pas un gage absolu de postérité publique ou littéraire. Il est un marqueur temporel d'une oeuvre, il est la référence mondiale en matière littéraire. C'est pour cela qu'il doit couronner un auteur universel dont la littérature (même sans révolutionner le style ou le monde) dépasse les modes et s'inscrit dans l'éternité de l'art et de l'humanité. Est-ce le cas de Le Clézio ? Je ne sais pas, l'avenir nous le dira. 
par Jérôme Bimbenet
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Mercredi 1 octobre 2008
Que faire ? Voir ou ne pas voir le film ? To go or not to go ? Cantet est un grand cinéaste, cela devrait suffire pour aller voir son film. La Palme d'or est généralement gage d'une certaine qualité. Seulement voilà, il y a Bégaudeau, l'infâme auteur du livre et dont la simple apparition médiatique me donne des boutons. Je ne supporte pas son langage, je ne supporte pas ses méthodes d'enseignement, le professeur n'est pas un copain des élèves, il n'a pas à négocier tout le temps, il n'a pas à rentrer dans la vie des élèves, il doit faire de la discipline. Sans discipline pas de discipline, je rappelle le double sens du mot. Une discipline est aussi une matière, l'histoire est une discipline. On n'apprend pas sans discipline. On n'a aucun résultat sportif sans discipline, on ne fait pas de musique ou de peinture sans discipline. Cela n'enlève pas la possibilité de discuter avec les élèves, d'avoir une attitude décontractée, le principal est de se faire respecter. cela ne semble guère le cas dans le film. L'image qui est montrée me paraît catastrophique et convient bien aux pensées politiquement correcte de la gauche bien pensante, celle qui n'a jamais mis les pieds en Zep ou en zone sensible. Que le ministre Darcos, à droite, ai pu apporter son soutien et dire que ce film glorifiait les enseignants est scandaleux. Cela glorifie le laxisme qui règne dans l'éducation nationale depuis les années 70. Même si l'enseignement doit s'adapter aux évolutions de la société, cela ne signifie pas pour autant qu'il faille laisser les élèves des zones sensibles -majoritairement d'origine étrangère- faire ce qu'ils veulent. Marre du complexe de l'ancien pays colonisateur qui ne sait plus comment acheter la paix sociale et qui tremble devant une bande d'élèves incultes. Marre des célébrations où la France bat sa coulpe et regrette tellement son histoire. Une bonne fois pour toutes, que la France assume toute son histoire et arrête d'encenser les communautarismes. La République est Une et indivisible, pour tous. Que ceux qui refusent s'en aillent et éduquent un peu mieux les élites censées relever les anciennes colonies de leur torpeur et de leur dépendance. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai signé il y a deux ans Liberté pour l'histoire. Je suis opposé à toute histoire officielle. L'histoire officielle est l'apanage des totalitarismes. La France est-elle totalitaire ???? Je développerai cet aspect dans un autre article. 

Voici à lire un billet d'humeur d'une collègue de français parisienne, parue dans Metro. Très instructif!

 
par Jérôme Bimbenet
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Samedi 27 septembre 2008
Nous avons tous en tête le sublime film de John Wayne sur le siège de la mission El Alamo au Texas, en 1836. Trois stars à la barre, le Duke, Richard Widmark et Laurence Harvey, qui décèdera quelques temps après, comme Travis son personnage. Un immense film, magique, qui m'avait marqué quand j'étais enfant. A tel point que je voulais dans ma folie d'alors en faire une comédie musicale avec Sardou et Hallyday...J'avais même écrit un peu de musique et des textes... "Alama alamo, belle forteresse, Alamo Alamo chante ta victoire pour le monde entier, défaite mais victoire de tous les texans..." Bref, j'étais gravement atteint par ce film. Je l'ai revu en DVD à la rentrée, après avoir lu "La victoire ou la mort" un des titres de la collection dirigée chez Larousse par mon ami Claude Quetel, l'histoire comme un roman. Au-delà de la critique qui doute de la mise en oeuvre fictionnelle en histoire, dans ce cas précis en tout cas, le livre est au plus proche de la réalité et tiré des archives américaines. Farid Ameur est un spécialiste adoubé par André Kaspi, on entre donc confiant. Après la lecture de ce texte, souvent passionnant, qui retrace les derniers jours d'Alamo, j'ai éprouvé le besoin de revoir le film de John Wayne et de confronter la fiction à la réalité. Le film est souvent proche de la réalité mais Wayne glorifie les personnages et l'Amérique, comme à son habitude. Sam Houston est présenté comme un général normal alors qu'il était ivrogne, saoûl du matin au soir. Davy Crockett est présenté comme le héros de l'Amérique qui devient martyr en se faisant exploser avec la dynamite dans la chapelle. Bref, tout cela pour dire qu'il existe un autre film, récent, qui fut un échec absolu aux USA et est sorti directement en DVD en France. Echec car on ne rivalise pas avec un classique absolu du cinéma, on ne casse pas la légende. Wayne est dans le mythe, même si dans les grandes lignes le film flirte avec la vérité et ne s'en détourne que pour être plus glorificateur. L'autre Alamo est la version réalisée en 2004 par John Lee Hancock. Pas de stars (sauf Dennis Quaid dans le rôle enfin "pété du matin au soir" de Houston et Billy Bob Thorton dans le rôle, très proche de la vérité, de Davy Crockett. certes, on est loin de Wayne et des autres. Le film est plus proche de la vérité historique, il n'y a pas de héros, Santa Anna est montré aussi sous son vrai jour, un couard libidineux,les évènements sont plus proches de ce que raconte le livre de Ameur, à quelques incartades près. John Travis meurt comme dans le vrai combat, Jim Bowie passe son temps au lit, malade et se fait massacrer par les baionnettes (certains dirent qu'il fut sous son matelas), Crockett est prisonnier et assassiné sur l'ordre de Santa Anna comme pirate, ce qui est l'une des versions confirmées par des témoins. Pas de mort très héroïque et les atermoiements de Houston, entre deux vins. Bien plus brutal, plus conforme à l'histoire, au delà du mythe et sans stars véritables, ce film fut un échec absolu. Il est temps de lui rendre un peu justice car malgré les quelques digressions purement cinématographiques, le film est plus proche de l'histoire que le grand martyrologue de Wayne. Qui reste, entendons nous bien, l'un des chefs d'oeuvre du cinéma. Mais du cinéma, pas du film historique.

A vous de choisir, en ces temps où l'Amérique va se choisir un nouveau président, il est intéressant de comparer les différentes approches de son histoire. Le Texas sera indépendant car la défaite de Alamo est le chant du cygne du Mexique. Dis ans plus tard, il devient état des Etats-Unis. Lire le livre de Farid Ameur apporte tous les éclaircissements sur le sujet. "Alamo Alamo belle forteresse..." L'enfance continue sous la peau du chercheur. L'histoire est un rêve d'enfant de tous les instants. C'est un art, écrit Paul Veyne. C'est un art et un rêve.
 
par Jérôme Bimbenet
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Samedi 13 septembre 2008
Le cinéma c'est d'abord du plaisir et tant pis si le film qui nous met en joie n'est pas le chef d'oeuvre de l'année. Que les intellectuels rabat-joie et les cinéphiles cahiersducinémanisés fuient cette page. Il n'y trouveront rien d'autre que le retour aux joies simples de l'enfance et de l'adolescence. 

J'ai toujours été un peu circonspect sur l'utilité de faire une comédie musicale sur les chansons d'Abba. Après tout pourquoi pas, il y eut dans le passé des films musicaux sur les Who, les Doors et bien d'autres encore. Mais là, il s'agissait d'une histoire brodée de toutes pièces où s'intègrent quelques uns des refrains éternels du groupe pop des années 70. D'abord sur scène, Mamma mia y fut (y est encore) l'un des plus gros succès de tous les temps de la comédie musicale, plus de 30 millions de spectateurs dans le monde. Cela ne peut laisser indifférent. En France, le spectacle est passé l'année dernière à Paris si j'ai bonne mémoire. En version française puisque les chansons sont chantées dans la langue de chaque pays où se produit le spectacle, avec des acteurs locaux. L'idée d'écouter des chansons de Abba en français m'a définitivement empêché ne serait-ce que de regarder des extraits du spectacle. Abba doit se chanter en anglais. Puis, l'idée que d'autres puissent chanter Abba m'a toujours laissé pantois. Je suis un fan absolu du groupe et j'estime que seul Abba doit chanter Abba mais comme Abba ne chante plus...
 
J'étais assez dubitatif à la sortie du film tiré de cette comédie musicale et n'avais guère envie d'aller le voir en salles. Les critiques sont généralement très mauvaises. Puis j'ai lu la critique du Monde qui avait aimé le film en expliquant qu'après tout, si on était dans l'humeur et si on avait envie de se replonger dans les seventies kitsch, le film était très plaisant et assez réussi. Je suis donc allé le voir. Et là, surprise, dès les premières notes de I have a dream, on est transporté. La musique de Abba n'a jamais été si moderne, les mélodies paraissent encore plus géniales qu'avant, le temps n'a pas eu de prise sur ce style, qui est donc éternel et qui touche directement au coeur. Rappelons que d'un point de vue musical, le groupe a influencé toutes les générations suivantes, en commençant par Madonna (qui leur a rendu hommage). Abba est la quintessence de la musique pop, populaire dans le sens le plus noble et achevé du terme.
Et l'on se laisse entraîner par tous les tubes inoubliables. l'histoire n'a aucun intérêt, elle n'est qu'un prétexte. Souvent les images sont nunuches, naïves, les jeunes actrices assez nulles, les garçons sont meilleurs. La grande idée du film est de faire chanter les chansons d'Abba par les acteurs du film. L'accompagnement musical peut être adapté. Et l'on découvre la sublime voix de Meryl Streep, Dieu qu'elle chante bien. Elle est drôle et très émouvante. La scène où elle chante The winner takes it all à Pierce Brosnan vaut tous les Out of Africa du monde. Elle y est aussi émouvante, en une scène, que dans le film La route de Madison du grand Clint. Les hommes peuvent chanter les chansons réservés aux femmes et inversement, telle la scène superbe de Does your mother know sur la plage, chantée par Julie Walters, magnifique. Et bien d'autres comme ça. Les chorégraphies sont remarquables et on passe le film à vouloir se lever pour danser, les fauteuils bougent. Le film rend heureux. C'est un film kitsch, futile, mal fichu pour les scènes purement cinématographiques, mais ça décolle à chaque chanson. Pierce Brosnon chante très bien et tous les autres aussi. On sort de la salle avec 20 ou 30 ans de moins, le coeur joyeux et la tête pleine de Super trouper ou de Dancing queen. Et c'est un film où les vieux ont la vedette, de Pierce Brosnan à Meryl Streep ou Julie Waters, ce sont eux qui emmènent le film, les jeunes sont fades et plats. Bel hommage!

Alors oui, ce n'est pas un grand film, oui,  c'est kitsch (années 70 oblige) et très chromo, oui c'est souvent nunuche, oui parfois on frise l'absolu ridicule, mais sacré nom d'un chien, quel pied, quel pied. Allez, vite, j'y retourne et merde aux Cahiers du cinéma!
par Jérôme Bimbenet
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Samedi 6 septembre 2008
Ainsi donc la rentrée littéraire se résume aux histoires de fesses de Mesdames Angot et Millet, arbitrées par les histoires de fesses de monsieur Garcia. Quel beau pays où l'on s'étripe autour de la véracité des phrases langoureuses de ces dames et de leurs coups (bon coups ?) Où est la littérature ? N'étant pas critique littéraire et ne commettant aucun article actuellement dans la presse, je ne reçois rien et ne lis rien, pas les nouveautés en tout cas. Donc je ne porterais aucun jugement sur les livres des uns et des autres. Toutefois, j'ai lu naguère les dames suscitées. Madame Angot que l'on devrait appeler madame Ego, est insupportable. Elle pense avoir révolutionné la littérature avec ses autofictions. Elle ne sait pas écrire. N'importe lequel de mes élèves écrit mieux qu'elle. Sa contribution à la littérature se résume à la tirer vers le bas. Aucun talent, une suffisance excécrable, des sujets sans intérêts : franchement qu'est-ce qu'on en a à foutre de son histoire avec Doc  Gynéco ? J'ai lu quelques pages au hasard, j'ai failli tomber devant tant de médiocrité, que ce soit dans l'utilisation de la langue (française, pas celle de madame Ego) ou dans l'originalité des dialogues. Faut dire qu'avec Doc Gynéco, on risque pas de se faire mal à la tête pour comprendre. Hallucinant que la presse, les médias dans leur ensemble puissent donner une telle résonance à cette médiocrité. Certes, les ventes de livres montrent que souvent la médiocrité l'emporte mais heureusement pas toujours. Bref, madame ego est le furoncle de la littérature française.

Madame Millet en revanche a un certain talent. J'avais lu ses exploits sexuels. Cela n 'a aucun intérêt mais c'était bien écrit. Cela fait déjà une différence avec la voisine. Aucune envie de lire la suite, madame Millet (et madame Ego) ferait mieux de se faire psychanalyser  par un pro et pas par le public. Je reconnais à madame Millet des compétences en matière d'art et je le disais, un talent d'écriture. Mais ce qu'elle raconte est dénué d'intérêt, sauf à flatter le voyeurisme des amateurs.
Je n'ai bien sûr pas lu le livre de Tristan Garcia mais beaucoup entendu parler. Il fait polémique. A cause du sujet et de la manière dont il est traité. Une approche "politiquement et  joyeusement incorrect" écrit cette semaine Dominique Fernandez dans le Nouvel Obs. Les extraits cités sont affligeants de provocation gratuite sans talent et pourtant il paraît que l'ensemble est intéressant. Cependant, la glorification qui semble apparaître du sida et de l'homosexualité me trouble un peu. Glorifier le sida, vingt ans après, alors que l'auteur ne l'a pas connu, n'a pas connu cette période, est tendancieux. J'ai bien connu cette période. Tous mes amis homosexuels sont morts du sida dans les années 80 et 90. J'ai vu la catastrophe s'abattre sur ce milieu, j'ai vu des couples homos brisés, les survivants chassés, démunis de tout, moqués. J'ai vu des types adorables se faire insulter parce que homo et sidéen. A cette époque, j'étais au coeur du monde artistique. Il faut le rappeler, ce monde a été décimé par le sida car le sida a d'abord touché les homos. Je m'en suis toujours voulu de mettre gentiment moqué dès 1984 d'un ami homo en lui disant qu'il aurait le sida... il l'a eu et en est mort en 1987!!!i depuis ce jour, je ne supporte plus que l'on "glorifie" ou que l'on "mythifie" le sida. Fernandez (un grand écrivain lui) estime que Tristan Garcia est un "authentique romancier", faisons donc confiance à Dominique Fernandez dont Le rapt de Ganymède paru il y a plusieurs années, permet de clarifier les choses. Un grand livre.
Sinon, Nothomb ? Et quoi d'autre ?

Pynchon ? L'anti-Mesdames les fesses, lui on ne lui connaît même pas de visage! Mythique dans un monde d'images. Comme quoi, c'est le manque d'images qui attise la curiosité, Littell l'avait bien compris voilà 2 ans. Seule l'oeuvre compte. Mesdames ont des fesses et pas d'oeuvre. Certes, on peut être médiatique et faire une oeuvre, ce n'est heureusement pas incompatible. Que les lecteurs de ce blog aillent voir sur les sites spécialisés et écoutent les conseils des bons critiques et des libraires. Je pense qu'il y a de nombreux bons livres en cette rentrée, n'écoutons pas trop les médias tapageurs et puis il faut se fier à son instinct. On peut aussi découvrir, sur le tard, des auteurs ou des pépites. Ainsi, moi! Je ne suis pas particulièrement amateur de polar, j'ai succombé à Fred Vargas. J'ai lu
Pars vite et reviens tard car le film m'avait donné l'impression d'inachevé et me poussait à découvrir cet auteur (au masculin s'il vous plaît, pas de politiquement correct). Fred Vargas, soeur de Stéphane Audouin-Rouzeau, grand historien qui a renouvellé l'approche sur la Première guerre mondiale et les guerres en général (à la suite d'un Mosse par exemple), scientifique, sait admirablement mener son affaire. Pas étonnant qu'elle soit en tête en vente avec son dernier livre, pas encore lu. Et puis j'ai découvert Romain Sardou. Certes, j'étais en mes jeunes années fan de son papa mais de là à me précipiter dans les écritures du fiston, ce n'était pas acquis. Grâce à ma libraire (il faut écouter les libraires), j'ai lu en poche Pardonnez nos offenses, son premier livre. Un choc. Dans la lignée d'Umberto Eco, en moins philosophique et toutes proportions gardées car la démarche est différente, Sardou n'est pas sémiologue, ce livre est une plongée remarquable au coeur d'un Moyen-âge crasseux et secret, son histoire part de la lecture des minutes d'un procès (références BN au début du livre) mené par l'Inquisition à propos de l'existence supposée d'une paroisse disparue. Quel talent de conteur, beau style, reconstitution admirable de vérité de la période, vaste vocabulaire, une culture phénoménale du Moyen-âge. Lire ce livre et sans doute ceux qui suivent (le nouveau semble mettre en scène les mêmes personnages ou en être la suite je ne sais) permet de connaître intimement les enjeux religieux de la fin du XIIIè siècle, quand les textes d'Aristote sont traduits et qu'ils questionnent la Chrétienté. Une philosophie nouvelle apparaît, le thomisme (St Thomas d'Aquin) qui inclut la pensée antique dans les canons de l'Eglise. Cela ne s'est pas fait sans blessures, ce que Sardou montre dans Pardonnez nos offenses. On en apprend autant sur le Moyen-âge que chez Duby ou Le Goff, ce qui ne dispense en rien la lecture de ces derniers, au contraire. Sardou est d'abord un romancier, à l'évidence spécialiste du Moyen-âge, sa démarche comme celle de ceux qui écrivent des romans historiques est basée sur l'imaginaire. Un imaginaire bien documenté. N'est-ce pas Victor Hugo qui disait qu'on pouvait violer l'Histoire à condition de lui faire de beaux enfants ? Il ne s'en est pas privé, et quels enfants!!! 

Allez, bonne rentrée à tous, sans oublier le cinéma mais c'est une autre histoire, un autre article.

 
 
par Jérôme Bimbenet
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Vendredi 15 août 2008
Mille fois hélas, j'avais écris un long article sur le film, une fausse manipulation a tout effacé. Insupportable pour un non-spécialiste de l'informatique. Je vais donc reprendre les principaux thèmes soulevés par le film sans m'étendre, je conseille vicement pour achever l'ensemble la lecture des oeuvres de Eric J. Hobsbawn, grand historien anglais, ancien marxiste reconverti donc très intelligent, juif, seul à pouvoir se permettre des hypothèses sur Israël, qui pour d'autres seraient condamnation et vindicte de la bonne pensée élitiste juive. 

    Rapidement donc. Ce film est une pure merveille et d'un courage fou. Réalisé par un israélien, il a l'ambition de confronter la mémoire d'un événement dramatique (le massacre de Sabrah et Chatilah) avec le souvenir de quelques soldats ayant participé de près ou de loin à l'évènement. Des années plus tard, l'un d'entre eux se met en quête de la vérité et s'aperçoit que sa mémoire, celle des autres, demeure subjective et connaît des pans d'oubli. Le film met Israël face à la réalité de ce qu'il faut bien appeler un crime contre l'humanité, dirigé alors par Ariel Sharon, futur premier ministre. Que le film soit une oeuvre d'animation (au graphisme d'un esthétisme à la fois dépouillé et puissant, très étonnant) est une véritable gageure. Les critiques ont évoqué les débats soulevés par le film, je n'y reviendrais pas. Disons que le film est très émouvant en particulier lorsque les anciens soldats prennent soudainement conscience de l'horreur subie par la population des camps de réfugiés. Massacrés sur ordre de Sharon, enfants compris. La séquence est insoutenable et les longs défilés des sous-hommes en rappellent d'autres. les parents et les familles des massacreurs de Sabrah et Chatilah furent eux mêmes victimes de la barbarie nazie. Et le film met mal à l'aise, les victimes peuvent-elles devenir des bourreaux, du moins leurs descendants ? Sharon a été poursuivi pour crimes contre l'humanité, qui le dit, qui s'en souvient, quelle immunité a-t-il lui, quand un Milosevic est condamné. Il a l'immunité d'être juif. Et c'est là le problème. L'état d'Israël a été crée à cause de la culpabilité occidentale de n'avoir rien tenté pour sauver les Juifs pendant la guerre. Un état crée de toutes pièces, brutalement, sans concertation, par l'expulsion d'un peuple, au risque d'enflammer tout le périmètre. Ce qui n'a pas tardé d'ailleurs. La revendication d'un état pour les Juifs était une vieille antienne sioniste de Théodore Herzl et de son "foyer légal". Sans doute les Juifs méritent ils comme tout autre peuple un territoire, mais pas au détriment des palestiniens, présents depuis aussi longtemps. En tout cas pas imposé par le monde aux peuples arabes. Israêl s'est donc construite par opposition à ses voisins, en état forcément belliqueux car la protection absolue implique une forme de belliquosité. N'empêche que sous jacent, le racisme est bien présent. Des deux côtés d'ailleurs. Israël est la seule nation au monde à construire un mur là où tous les autres murs tombent. cela sent son apartheid et c'est intolérable. La question du film est là,victime ou bourreau ? Quelle est la différence ? Peut-on être anti-sioniste (contre l'expansion d'Israël par la brutalité, contre l'idée que le peuple juif est supérieur à tout autre) et anti-sémite (racialement contre les Juifs) ? On peut être contre le Sionisme, nationalisme dangereux et considérer que les Juifs sont des êtres humains comme tous les autres qui ont besoin d'une terre, de lois, qui ont souffert dans leur chair (une idée qui continue de m'être intolérable, comment a-t-on pu commettre l'abjection absolue, au nom de quoi, de qui, considérés comme des déicides par l'église chrétienne puis comme des sous hommes par les théories raciales débiles de Gobineau -un français- et de Houston Chamberlain ?) Je rappelle que les Aryens si chers au coeur du Führer étaient en fait un peuple qui a donné naissance aux ... Tsiganes!! Quand on dit que ces théories sont débiles...

Pour toutes ces questions, intrinsèquement dans le film avec le problème de la responsabilité d'une génération à l'autre, de victimes en bourreaux, Valse avec Bachir est un film politique, engagé, remarquable d'autant plus qu'il est réalisé par un israélien. Les artistes avaient déjà commencé le chemin avec Tu marcheras sur l'eau par exemple, sublime film du questionnement de la vengeance après les camps. 

Depuis la création d'Israël, pour de bonnes (besoin d'un territoire) et de mauvaises  (culpabilité occidentale), raisons, les enjeux de la région sont internationaux. La région est explosive. Hobsbawn en personne s'est demandé si c'était finalement une bonne chose que la création de cet état (je me suis longtemps posé la question mais n'étant pas juif, j'ai préféré rester discret sur mes interrogations, Hobsbawn permet de les mettre à jour). Le retour à la terre (l'aliyah) appartient à la littérature et à la pratique religieuse. Devait-on aller plus loin ?

" Pendant des siècles, le retour en Israël n'était pas considéré comme un objectif concret puisque les Juifs ne pensaient pas retourner à Jérusalem avant la venue du Messie qui (...) n'est pas encore arrivé. C'est seulement en 1967 que pour la première fois apparut au sein de la religion juive une tendance à accepter l'Etat d'Israël (à cause de la victoire des Six Jours) vit naître l'idée qu'on était entré dans la période de la venue du Messie (...) Le Sionisme a toujours été farouchement combattu par la religion juive orthodoxe (...) Israël, pas plus que le Sionisme n'a de base historique. Que du contraire! C'est quelque chose qui va à l'encontre de toute l'histoire du peuple juif" (Les enjeux du XXIè siècle, Complexe, pp.36-37, Paris, 2000) Pour Hobsbawn, Israël est une construction légitimé par des événements vieux de 2000 ans. Tout état est construction! Mais Israël est un produit de la guerre et produit la guerre. Valse avec Bachir a un propos plus large que le seul massacre évoqué. Il faut voir ce film, il faut étudier son message, c'est un film fort dans la mouvance de la quête mémorielle et de l'interrogation sur le bien et le mal.
 
par Jérôme Bimbenet
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Jeudi 14 août 2008
Certes, il est scandaleux que le dalaî lama, prix Noble de la paix, ait été reçu en catimini au Sénat et que la seule Carla Bruni le reçoive au nom de la France dans dix jours, entre deux portes. Certes, le président doit le recevoir en décembre avec d'autres prix Nobel et peut ainsi racheter en partie sa lâcheté actuelle. Car il est lâche de ne pas recevoir le Dalaî lama pour le ne pas déplaire à la Chine, merveilleuse démocratie comme nous le savons tous. Je soutiens depuis longtemps le combat du dalaï lama, mes articles dans Historia dès 1992 en attestent. Toutefois, il faut savoir raison garder. Le dalaï lama n'est pas un chef d'état et le président Sarkozy n'a pas obligation de le recevoir, même à titre privé. On l'oublie! Il est chef religieux, chef d'un gouvernement en exil non reconnu par la communauté internationale et prix Nobel de la paix. Tout cela ne suffit pas à le faire recevoir officiellement par la France. En terme purement diplomatique, Sarkozy n'a pas tort. En terme humain et symbolique, il a tort. Il faut choisir mais je tenais juste à rétablir une vérité oubliée, tant que le Tibet n'est pas un état indépendant, le dalaï lama n'a pas à être reçu officiellement par un autre chef d'état. Mais la realpolitik pourrait parfois s'oublier, la Guerre froide est finie, même avec la Chine ??? 
par Jérôme Bimbenet
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Mercredi 13 août 2008
Ayant pris la précaution de revoir la veille au soir le premier épisode de la nouvelle série de l'homme chauve-souris, Batman begins, qui renouvela le genre là où Tim Burton l'avait seulement réveillé, j'étais dans les meilleures dispositions pour voir le suite, Dark knight, qui commence où finit le précédent. On peut toutefois ne pas avoir vu le premier pour goûter au second. Et quel mets de choix! Apocalyptique et sombre, chaotique (le Joker dit qu'il vient dérégler l'ordre et mettre le chaos) et hallucinant, le film est magistral, simplement génial. Rarement film de super héros a atteint un tel niveau de perfection esthétique et de réflexions ontologiques sur le bien et le mal, la condition de l'homme. La question lancinante : le mal n'est-il pas plus drôle que le bien ? Le bien est sérieux, dixit le Joker, le vrai héros du film, incarnation insolente du mal dans l'âme et l'esprit d'un total psychopathe sans aucune valeur et aucune règle, ni même celle de l'argent (belle séquence de la montagne des billets qui brûlent sous les yeux hagards de la pègre pour qui l'argent est tout). Ce que veux le Joker est le chaos, l'anarchie et le nihilisme absolu. Brûler le monde ancien si confortable et le retourner, semer le mal, jusque dans les réactions inconscientes du peuple. C'est d'ailleurs là que le nihilisme trouvera obstacle dans le refus de l'habitant jusqu'alors massifié et anonyme d'aller au bout du raisonnement du Joker. Batman souffre dans sa quête du bien alors que le Joker rit, rien ne semble l'atteindre. Batman est humain, le Joker aussi mais tel Janus, il est l'autre face du justicier noir, le chevalier noir. C'est généralement le Joker qui dit les vérités du monde et de l'homme, hélas, ces réflexions sortent de la bouche ensanglantée du monstre. Après tout, n'est ce pas l'Homme qui créé le monstre ? Et Batman n'est-il pas un monstre aussi ? Sans dévoiler la fin, précisons que la suprême intelligence du film est qu'il n'y a pas de fin, justement. Les rôles s'inversent et le sauveur est pourchassé. Christ aussi fut victime de la vindicte populaire...

Vous pourrez trouver dans ce film toutes les interprétations possibles. Dont la question de la résolution de la violence par la violence. Que faire face à un individu (ou un  groupe) sans foi ni loi, qui se fiche de tout y compris de mourir ? La presse évoque le terrorisme, c'est une bonne piste. Que peut faire une société policé&e, avec foi et loi, avec règles et morale contre des gens qui n 'ont rien de tout ça ? Que peut faire une société dont la peur de la mort est rédhibitoire contre ceux qui n'ont pas peur de la mort ? Le film aborde cela et plus encore. Le Joker n'a peur de rien et se rit de tout, de la mort. Comment lutter ??

Parlons des acteurs. Tous remarquables dans leur partition, un se dégage pourtant. Heath Ledger dans le rôle du Joker. Son interprétation glace le sang tant elle s'ancre dans un vérité et une crédibilité que n'avaient pas Nicholson en 1989. Il est est effrayant et porte son personnage à un niveau rarement atteint au cinéma. J'en frisonne encore. Hallucinant de folie, Ledger incarne littéralement Le Joker. Cet acteur est génial, le mot est souvent employé mais il mérite tout son sens ici. Il transperce l'écran. Sublime et génial, Ledger est l'antithèse du personnage qu'il jouait dans Brodeback Mountain. Et c'est là que l'on se rend compte de l'immense perte pour le cinéma de cet acteur. Mais fallait-il être solide pour sortir indemne d'un rôle pareil. C'est Dewaere dans
Série noire. La fin de l'acteur se dicte sous nos yeux, incandescent, il brûle avec son rôle. Heath Ledger est devenu immortel, c'est l'interprétation d'une vie, c'est le cas de le dire...

Un très grand film, magistral et somptueux à tous égards. Hollywood à son meilleur. Le succès magistral lui aussi du film aux Etats-Unis n'est pas démérité. Christian Bale de son côté reste magnifique dans son double rôle. Quel parcours pour cet acteur qui a débuté dans Empire du soleil de Spielberg où il portait seul (aidé un peu de Malkovitch) tout le film, un film difficile. 

A voir toutes séances tenantes.

 
par Jérôme Bimbenet
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Mercredi 30 juillet 2008
Il fallait bien que cela arrive, qu'un "simple" dessin animé déborde son cadre pour embrasser l'univers et son avenir. Ce film Pixar et Disney n'est pas un film pour enfants. Les pauvres vont s'ennuyer profondément à un film où il ne se passe quasiment rien (comme à l'époque de Bambi), où l'on a du mal à s'identifier aux héros de ferrailles et où les hommes sont de monstrueux obèses avachis dans le pseudo-confort d'une croisière intersidérale éternelle. La première demi-heure du film ne comporte pas un mot de dialogue. Cette demi- heure conte l'histoire d'un robot à moitié cassé rescapé des premiers nettoyeurs de la planète (un vague clin d'oeil aux survivants Charlton Heston et Will Smith) dont l'activité est de compacter les déchets laissés par les humains en fuite. Les images sont hallucinantes, plus fortes et éprouvantes que tous les films catastrophes post-apocalyptiques, les ruines des gratte-ciels au milieu des montagnes d'ordures baignées de la brume de pollution d'où le soleil a du mal à s'extraire mêlés aux tempêtes dévastatrices des poussières polluées sont des séquences cauchemardesques qui doivent nous alerter sur l'avenir de cette pauvre Terre. Tous les autres robots sont bousillés, mélangés aux ordures dont Wall.e extrait ça et là des souvenirs désopilants (soutiens gorges par exemple). Bref, un travail de chercheur, d'anthropologue de la race humaine. Quand l'histoire met la main sur notre avenir. 

Et puis, arrive un vaisseau somptueux et immense d'où sort Eve, la bien nommée, dont la mission est de chercher toute trace de vie pour faire revenir les Terriens sur la Terre. Et Wall.e tombe amoureux. Et les scènes qui suivent sont à hurler de rire et d'une intelligence rare, l'approche roboïque est la même que celle de l'homme vers la femelle. Sauf qu'ici, la femelle dégaine vite... Et le dialogue se résume à "Wall e... Eve... Mission... Wall e... Eve..." pendant une autre demi-heure. Et c'est toujours aussi génial.  Mais la belle trouve une plante verte qui pousse sur la pourriture, la nature reprend ses droits, même 700 ans après le désastre. Elle repart vers le grand vaisseau où se terrent (!) les Terriens, par delà les galaxies (ici les images sont sublimissimes et touchent au divin, dans tous les sens du terme). Wall.e n'abandonne pas Eve. S'en suivent des péripéties plus conventionnelles et cinématographiques dans le vaisseau où l'on se rend compte de la supercherie. Les hommes après sept siècles d'avachissement et de haute technologie ne se déplacent plus qu'allongés, sur des rails téléguidés par le tout puissant robot dominateur, le guide suprême qui décide quand et quoi manger. La croisière s'amuse, ne se rend compte de rien. Mais l'histoire d'amour des deux robots est le grain de sable qui détraque tout. Le robot central prend le pouvoir mais le commandant humain se révolte pour permettre à la plante verte d'activer le retour sur Terre, puisque preuve de la vie fut découverte. Et les références sont nombreuses, qui échappent à nos chères têtes blondes ou brunes. Où l'on retrouve Al le robot dictateur de "2001 odyssée de l'espace", la musique avec (Zarathrousta ou Le beau Danube bleu), le vaisseau dont le mouvement rappelle celui du film, les réminiscences de Solaris (deux versions, Tarkovski et Sonenberg), des références à Titanic (la chute des corps libérés de leurs liens),  aux Star wars 1 à 3 (plongée sur les humains assemblés autour de la piscine centrale; après tout Lucasfilm a coproduit le film), Soleil vert, Aliens, et surtout E.T dont Wall.e a le physique (proche un peu aussi de R2D2) et le phonème. Sans compter les références à la maison Terre ("home") et j'en passe. Cette dernière partie, bien que plus conventionnelle et bourrée de références, n'en reste pas moins exceptionnelle de beauté et de poésie. la scène de ballet entre Wall.e et Eve avec un extincteur à l'extérieur du vaisseau est une des choses les plus poétiques et magnifiques que le cinéma nous ai offertes depuis longtemps.


Le message du film est clairement pessimiste (même si la fin laisse entrevoir un "revival" qui ressemble beaucoup à l'arrivée de Colomb sur les nouvelles terres) et montre une vision catastrophique de ce que la Terre peut devenir si l'Homme continue à la maltraiter ainsi. C'est aussi une charge cinglante contre la société de consommation et l'image de l'homme futur laisse pantois et appelle la réflexion. Wall.e est un film engagé mais son esthétisme unique, ses références sublimées et son son scénario élégant et intelligent en font un pur chef d'oeuvre du cinéma. Pur aussi dans le trait et l'approche de l'histoire, surtout dans la première heure. presque le degré zéro du cinéma, la pureté absolue au milieu des détritus. Un degré sublime. Un film qui fera date et qui n'est définitivement pas pour les enfants.
 
par Jérôme Bimbenet
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Samedi 19 juillet 2008
A tous mes fans (je plaisante...) je reprends ces jours-ci la rédaction de ce blog. Peu de nouvelles toutefois concernant mes ouvrages, je pense que seuls de rapides critiques de livres et de films feront l'objet de mon passage. 


La Société de Géographie

Je conseille à tous ceux qui sont passionnés de géographie ou dont la géographie est utile dans la profession, y compris chez les historiens -je dirais même surtout chez les historiens- la nouvelle mouture de la revue trimestrielle de la Société de géographie, en vente en kiosque. Le dernier numéro particulièrement qui vient de sortir est remarquable. Intitulé "Planète sports, l'enjeu des jeux", il fait le point sur l'olympisme et le sport dans le monde. Une approche géopolitique essentielle à l'approche des jeux de Pékin. les analyses sont établies par de grands spécialistes (Pierre Gentelle par exemple). On y trouve entre autres des approches convaincantes sur le sport autochtone ou le sport et les communautés. Je vous renvoie aux travaux de mon ami Fabrice Delsahut, spécialiste du sujet chez les Indiens, pour en savoir plus. Je n'entre pas dans les détails, précipitez vous chez votre marchand de journaux et vous aurez entre les mains la plus ancienne revue géographique du monde (la Société de géographie a été crée en 1821!! avant les anglais et les allemands). Son nouveau format est très accessible et facile à lire, des photos (dans le dernier numéro les affiches olympiques depuis 1896, un régal), des textes intelligents, des analyses fines. Le plus du dernier numéro : le tour du monde gastronomico-sportif de J.R Pitte!  Si la géographie et la géopolitique vous intéresse, en tant qu'historien nous sommes très proches de ce monde et du monde des voyageurs géographes (après tout c'est de l'histoire et Hérodote est le père des deux disciplines), abonnez vous et devenez membre de la Société de Géographie, vous recevrez aussi un bulletin de liaison aux approches plus universitaires et techniques mais tout aussi passionnantes. Et puis, être membre d'une société si ancienne qui compta comme membres des personnalités aussi éminentes que Roland-Napoléon Bonaparte, Pierre Messmer, Charles de Foucauld, Alexandre von Humbolt, Napoléon III, Pedro II du Brésil, les princes de Monaco, Paul Vidal de la Blache, Emmanuel de Martonne, le maréchal Lyautey, le maréchal Franchet d'Esperey, le maréchal Galliéni, Ferdinand de Lesseps, la famille Rothschild, Jean-Baptiste Charcot, Paul-Emile Victor, Laplace, Guizot, Jules Verne, Théodore Monod (que j'ai eu la chance de rencontrer) et tant d'autres...
 
Société de Géographie, 184 boulevard Saint-Germain, 75006 Paris
Site : www.socgeo.org

A vos claviers! 
par Jérôme Bimbenet
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Présentation

Profil

  • : Jérôme Bimbenet
  • jerome.bimbenet
  • : le cinéma le monde enseignant chercheur l'histoire
  • : Historien du cinéma et des peuples, chargé de cours à l'IUFM de Paris et chercheur associé à l'Institut du temps présent-CNRS, professeur d'histoire-géographie en collège. Auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles.

Contributions diverses



A lire dès aujourd'hui un dossier sur le cinéma européen dans la revue Internet universitaire Le Mensuel, où figure mon dernier article sur le rôle politique du cinéma en Europe. Le cinéma joue-t-il un rôle politique et lequel ? Début de réponse dans l'article, début de réflexion qui ne demande qu'à être approfondie.

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Chez Timée éditions, nouvel éditeur très efficace, le livre de Fabrice Delsahut brosse un tour d'horizon de la situation des peuples à travers 50 histoires qui nous rapprochent de la condition humaine. Fabrice m'avait demandé une postface pour cet ouvrage. J'ai repris le texte d'une des conférences que j'avais donné lors du Fipau en 2006 où je pose la question "Quelle histoire pour les premiers peuples ?". On a trop souvent tendance à penser que les peuples dits premiers n'ont pas d'histoire car ils n'ont pas l'écriture donc pas d'archives et car leur temps est souvent circulaire. Dans la tradition initiée par les Annales et Lucien Febvre, je démontre qu'il n'en est rien. Lucien Febvre qui écrivait très justement  que l'histoire "doit se faire sans documents écrits s'il n'en existe point (...) On peut faire de l'histoire avec des mots, des signes, des paysages et des tuiles. Des éclipses de lune, des expertises de pierre, d'un mot tout ce qui, étant à l'homme, dépend de l'homme, sert à l'homme, exprime l'homme, signifie la présence, l'activité les goûts et les façons d'être de l'homme (...) il faut faire parler les choses muettes". Une belle définition de l'histoire. Lisez ce livre qui complète agréablement le mien et n'omettez pas le précédent de Fabrice, Indiens, les premiers américains. Fabrice est un ami et un excellent chercheur, allez-y de ma part, vous ne serez pas déçu.