Vu ou lu


Cinéma cinéma


Le bal des actrices

bravo Maïwen pour ce beau film, drôle et touchant, presqu'une comédie musicale. Une approche très véridique du métier d'actrice mi documentaire mi fiction, chaque actrice jouant son rôle et laissant éclater sa vérité. Karin Viard est étonnante quand elle s'imagine sérieusement que la France est trop étroite pour elle! Muriel Robin est très émouvante confrontée à son image de comique (la scène avec Weber est effrayante), Mélanie Doutey est à la limite du ridicule dans son voyage très 70's vers les Indes où elle adopte, pour se détacher d'une gloire si prenante, Charlotte Rampling se laisse aller, et toutes les autres... Julie Depardieu, géniale comme toujours, un pur régal. Ce film est un pur régal, un enchantement avec une découverte, le grand rôle masculin perdu au milieu de ces dames, Joey Starr! Eh oui, le frappeur d'hôtesse de l'air est un acteur né, d'un naturel remarquable et d'une grande force comique! Que dire de plus ? Allez-y, c'est rien que du plaisir et de la bonne vérité sur le milieu du cinéma!



Espions

Bon film d'espionnage, bien filmé et bien interprété. Un point : le film est presqu'entièrement en anglais (il est indiqué en VF partout) car il se déroule en grande partie à Londres. Guillaume Canet est très bien comme toujours et l'on salue le retour de Géraldine Peilhas, les deux experts dans la langue de Shakespeare. Bon film mais de là à crier à l'encensement général de la critique sous prétexte que le metteur en scène est un ancien des Cahiers, il y a un pas que je franchirai pas. 



Plus tard tu comprendras


Au risque d'être en désaccord avec mon amie Danièle (zermo's blog), voilà un film qui, bien que vu à la télévision, est remarquable. Justement, vu à la télévision car au départ c'est un  téléfilm. Hors Amos Gitaï n'a cédé sur rien de son style et il a d'abord fait un film de lui même, ce qui explique sans doute sa sortir simultanée au cinéma. Sans doute en salle la vision sur grand écran de l'esthétisme difficile de ce film passe autrement que sur le petit écran. Danièle se plaint par exemple des longs travellings sur les murs qui semblent enfermer les personnages dans leur histoire, certes mais faut-il lui rappeler gentiment que c'est là la marque d'Amos Gitaï ? Qu'il est toujours très difficile d'entrer dans ces films, que les longueurs ou les langueurs s'y sont pas forcément monotones ? On peut ne pas aimer, on peut décrocher et le risque à la télévision de zapper est alors très fort. Une fois passé le début du film, si on fait l'effort de continuer (le spectateur moyen n'a pas l'habitude, il se laisse emmener par le confort et le conformisme), le film peu à peu s'installe et l'émotion gagne. Plus tard est construit par de grandes séquences dont on sait qu'elles ont taillader dans le livre de Jérôme Clément, à la surprise puis avec la bénédiction de ce dernier. C'est un film sur la quête intime de l'identité, sur la découverte du judaïsme et de l'histoire dramatique des rafles et des camps. Au milieu, les acteurs, sublimes. Hippolyte Girardot d'une maturité incroyable, dans le non-dit, magnifique de ténacité et écrasé, Emmanuelle Devos et Dominique Blanc, toutes deux magnifiques, touchantes et chuchotements et l'impériale Jeanne Moreau dont les sourires sont désarmants et qui obtient un des rôles majeurs de sa carrière. Et la scène du film. La transmission du passé aux petits-enfants, dans la synagogue, à travers l'étoile jaune. Tout le drame de la Shoah et de sa mémoire est dans cette scène, une des plus belles que j'ai vue au cinéma (au cinéma!), d'une émotion absolue. Plein de questions autour de ce film. On peut avoir eu du mal, trouver que c'est parfois un peu trop signifiant (c'est vrai que la scène des cailloux et des bottes allemandes me semble un peu lourde) mais l'ensemble est magnifique. Un grand film d'Amos Gitaï. Un grand moment de télévision, un grand merci au service public. Si je paye la redevance pour ça, je veux bien payer. Je ne sais pas l'audience mais j'espère que le service public va continuer dans cette voie (il y avait eu l'assassinat d'Henry IV la semaine précédente, bonne démarche, très pédagogique mais trop théâtral, il faudra corriger pour la suite).



Largo Winch

J'avais bien aimé Anthony Zimmer, le précédent film de Jérôme salle. Il confirme tout son talent avec ce Largo Winch très tonique qui n'est pas loin des productions jamesbondiennes du genre. On se perd hélas un peu dans l'intrigue dont le fond est simple mais qui est décliné par une forme qui part dans tous les sens si bien qu'à un moment, il vaut mieux cesser de comprendre et se laisser porter par l'action, il y en a beaucoup, par la qualité de l'image, superbe, par l'interprétation en particulier celle de Tomer Sisley, la révélation de ce film. Il brûle la pellicule et a vraiment une gueule d'enfer. Je crois que nous tenons l'un de nos grands acteurs d'aventures de demain. Mélanie Thierry est charmante mais son rôle est un peu sacrifié. la grande Kristin Scott-Thomas est toujours formidable. Largo Winch est un bon divertissement, bien mené qui mérite d'être vu mais qui reste un peu de deçà des promesse qu'il laissait entrevoir.

Et après

je ne voulais pas voir ce film, ayant une mauvaise image de Guillaume Musso et de son "style" littéraire, de ses sujets vaguement ésotériques et bien pensants, à la Marc Lévy, que je n'aime pas du tout (pas le personnage charmant au demeurant mais l'oeuvre). Puis, les conditions horaires ont fait qu'à défaut de ne rien voir, j'y suis allé. Et puis il y a Romain Duris et John Malkovitch. Résultat ? J'ai somnolé une bonne partie du film, seules les vingt dernières minutes sont un peu intéressantes. Duris surjoue en anglais, l'oeil grave et noir, Malkovitch donne l'impression de s'endormir à chaque scène, il est venu cachetonner. La jeune actrice, je en sais plus son nom, est en revanche radieuse. Quant à l'histoire ? On est dans la lignée du Sixième sens sauf que Bourdos n'est pas Shyamalan et Duris est loin de Bruce Willis. Ainsi, une mise en scène plus nerveuse, un meilleur scénario auraient pu faire passer le sujet, après tout tous les sujets sont acceptables pouvru que ce soit bien fait. Hélas! La morale est sauve toutefois, faîtes le bonheur autour de vous, soyez heureux avant de mourir, aimez vous les uns les autres. Alleluia! Amélie Poulain fait des émules avec la bonne conscience américaine. Cela m'insupporte. je préfère que ça déglingue à tous les étage comme chez les frères Coen. je ne viens pas au cinéma pour des leçons de morale mal administrées. Je ne suis pas prêt de lire un roman de Guillaume Musso mais cela ne m'étonne pas que ça marche! Vox populi!




De l'autre côté du lit

Ce qu'il faut pour la rentrée après d'épuisantes vacances festives et familiales. Un film pas compliqué avec un scénario qui ne risque pas de faire mal à le tête. La femme prend la place de chef d'entreprise du mari qui lui devient femme d'intérieur et occasionnellement vendeuse! de bijoux. Elle trouve sa part de masculinité et lui sa part de féminité. La morale est sauve puisque la femme revient  à la maison et le mari à son bureau. Les enfants étaient traumatisés par l'inversion des rôles mais le couple fut sauvé. En fait, sous des dehors de gentille comédie sans prétention, le message est là : chacun à sa place. Pas de psychanalyse de bas étage! Les acteurs s'en donnent à coeur joie, l'ensemble est sans prétention, Sophie Marceau est toujours aussi belle et Dany Boon aussi drôle. Je dois avouer que j'ai beaucoup ri, eh oui! Parfois même à m'en décrocher la machoîre, en particulier lors de la scène où Juliette Arnault (superbe) et Dany Boon vont à l'hôtel pour ne pas consommer. L'inscription sur le registre est un grand moment comique. Le retour du chti. Bref, aussitôt vu aussitôt oublié mais sur le moment, on s'amuse bien. Au moins une comédie qui donne ce qu'elle promet.


Madagascar 2

Surtout ne pas voir la version française dont les seules références sont la banlieue. Les bêtes parlent comme à Clichy sous bois, ce qui est proprement scandaleux car ce n'est pas le cas dans la VO (au moins dans le premier). Quel besoin a-t-on en France pour attirer la jeunesse de doubler les films en langage banlieue ? J'évoquerai ce problème une autre fois. Le film est drôle certes mais pas de quoi fouetter un canard. Sans doute la VO...
 
Burning after reading, des frères Coen

Retour en forme des frères Coen, après le chef d'oeuvre No country for old man, bien violent. Celui-ci suit les traces d'une bande d'abrutis déjantés (Brad Pitt en con fini est surprenant de vérité, Clooney aussi mais on a plus l'habitude). Un film plaisant qui donne parfois une impression de laisser aller, sans doute les deux frères se sont-il un peu "reposés" après le grand oeuvre! La mise en scène demeure enjouée et élégante, les acteurs s'en donnent à coeur joie (Malkovitch dans un rôle comique, c'est assez rare) et l'ensemble se laisse voir. Un bon divertissement.

Secret défense, de Philippe Haïm

Un film vu alors que ce n'était pas prévu, des horaires plus adaptés que d'autres... et une vraie bonne surprise. Enfin un film d'espionnage français digne de ce nom. Une mise en scène au cordeau, une histoire incroyable mais qui semble proche d'une possible réalité, un ensemble hyper documenté, des acteurs magiques dont un Vahina Giocante sublimissime qui transperce l'écran et pas seulement, elle est incandescente  et troublante et un Gérard Lanvin minimaliste où le moindre clignement de paupière évite des lignes de dialogue. très rythmé, bien mené, du suspense, un montage virtuose, une musique superbe, les autres acteurs aussi (Simon Abkarian!), bref un excellent film français qui n'est pas loin des films américains (j'ai pensé à mensonges d'état, sur un sujet proche) malgré il faut le dire une petite baisse de régime en seconde partie. Allez encore un effort, on y est presque... 


Mia et le migou, de Jean-Rémy Girerd

Très joli conte écologiste sur la protection de la nature et d'un arbre sacré en particulier, celui des migous, de gros nounours maladroits qui se disputent tout le temps. On se doutait de la qualité du film, le précédent de Jean-Rémy Girerd était remarquable et constitue un mètre étalon du genre, La prophétie des grenouilles.  Tout est très beau et très finement fait, de la musique (requiem de Fauré au début) au doublage (Dany Boon désopilant dans le rôle des migous), un ton pastel dans la droite ligne des grenouilles, une morale sur la sauvegarde de la nature pas trop appuyée et une approche intelligente des problèmes  (le deuil, la solitude, la séparation des parents, etc). Un joli film intelligent qui mérite d'être vu en famille, une bonne alternative à Madagascar 2 et il y aura (hélas) moins de monde! Il est clair que la démarche d'aller voir ce type de films est loin d'être naturelle, on préfère la cavalerie américaine, drôle sans doute mais moins dentelée. Disons que ce film apparaît un peu plus "intello". Mais c'est un bonheur même s'il n'atteint pas les sommets de La prophétie des grenouilles.  


Cinéma cinéma : Quantum of solace

Quelques films... James Bond, toujours remarquable et tellement crédible. Daniel Craig revisite le mythe depuis Casino royale. Quantum of solace en est l'immédiate suite, le film démarre 20 minutes après la fin du précédent. En trombe. De l'action, de l'action, encore de l'action, ça n'arrête pas, et le film est court, 1h45, presque un court métrage pour une série qui généralement déborde les 2h30! Très efficace. Les critiques ont fait la fine bouche, on ne voit pas pourquoi, pas assez intello ? Pas assez fouillé ? Mais si le héros a des soucis, il réfléchit, il vibre, il s'humanise. Non, laissez tomber les critiques, ce film est un pied total pour ceux qui aiment (les autres, tant pis). Amalric roule des yeux de méchants et fait ce qu'il peut, c'est bien pour sa carrière mais Daniel Craig perce l'écran et il est le meilleur James Bond de l'histoire. Salut Sean...

Two lovers

James Gray est la plus belle découverte du cinéma américain depuis Spielberg. Tous ses films sont des chefs d'oeuvres. Celui là l'est presque. J'ai du mel à supporter Guyneth Paltrow, elle n'est jamais crédible, dans aucun de ses films (j'ai détesté Shakespeare in love). Mais heureusement, la réalisation est sublime, certaines scènes entrent dans l'histoire du cinéma (le suicide du début, la déclaration d'amour de Joaquin  Phénix sur le toit, de dos, émouvant à pleurer). Une grande et belle histoire d'amour entre un jeune homme inadapté dans la vie et deux femmes, le fantasme inaccessible et la réalité stable. Choix cornélien, sujet rebattu mais mise en scène remarquable et acteurs formidables, surtout Joaquin Phénix, le plus grand de sa génération. Une découverte permanente. Il dit vouloir arrêter le cinéma. Pétitionnez vite, que sera le cinéma sans lui ? Il est génial, on l'a déjà écrit partout. Depuis Gladiator où il volait la vedette à Russel Crowe jusqu'à Two lovers. Peut-être son meilleur film reste-t-il The Yards, du même James Gray où il atteint au sublime. Ne fais pas de bêtises Joaquin, le monde du cinéma a déjà perdu le grand frère (River, mort en 1993, acteur incandescent et grandiose), reste encore un peu, please!

L'échange

Quel âge déjà Clint Eastwood ?? Fichtre, pas si vieux quand même ! Et deux films en cours... Celui-ci a déjà été critiqué partout, parfois en bien, comme étant classique et sans fioritures. Certes, c'est un très long fleuve pas tranquille qui s'étale sur l'écran. Un film très classique dans sa forme, juste un montage alterné par deux fois, en particulier la scène du tribunal. Mais quel film! On en ressort accroché aux murs, détruit, en larmes, bouleversé. Exceptionnel! Un très grand film, très touchant sur une histoire vraie incroyable.  Un film qui mêle plusieurs entrées sur la même histoire, la disparition d'un enfant, la corruption de la police, un abominable serial killer à côté duquel celui de Seven n'est qu'un enfant de choeur, un procès, une mise à mort, un portait de femme, un portrait de Los Angeles au tournant du cinéma parlant, remarquable reconstitution. Bref, on ne s'ennuie jamais et on est chaviré devant toutes les émotions, révolté de l'attitude de la police de Los Angeles (tiens, drôle de croisement avec l'actu et l'affaire de Filippis...), horrifié devant les meurtres d'enfants et la pendaison hyper réaliste (Eastwood a toujours opposé à la peine de mort), le film dérange souvent mais emporte tout sur son passage. Hyper classique, certes mais Autant en emporte le vent l'était aussi. Superbe interprétation (Malkovitch et les enfants, Angelina Jolie un peu en dessous de ce qu'elle faisait dans la rôle de la femme de Daniel Pearl, trop kitsch ici à mon goût), photo magnifique, scénario magnifique et clair. Bref, un très grand film, un de plus pour ce très jeune réalisateur plein d'avenir qu'est Clint Eatswood. Vivement le prochain, en plus il joue dedans... trop classe, Clint!


L'ennemi public numéro 1

Je n'ajouterais rien à ma critique de la première partie du Mesrine. La suite est magnifique, c'est du très grand cinéma et tant pis si le héros est Mesrine. La dernière image (celle de l'affiche) rappelle La passion du Christ et cristallise tout le film. Image sublime du martyr. Mesrine, martyr ? Le film pose la question d'ailleurs, d'où sa rivalité avec François Besse, plus terre à terre. A vous de voir mais le cinéma vient en tout cas de le transcender, il entre dans l'histoire, comme Scarface ou Al Capone, canonisés par le cinéma. Quant à Vincent Cassel, il vient d'accomplir les deux films de sa vie. 




Le crime est notre affaire


Des personnages sympathiques et excentriques nous entraînent dans une enquête curieuse et excentrique. Agatha Christie adaptée par Pascal Thomas, en fait les héros sont les mêmes que Mon petit doigt m'a dit : Catherine Frot et André Dussolier. On rit, on sourit beaucoup, c'est bien mené, agréable, du pur divertissement. Hélas, malgré le casting remarquable, il manque au film un brin de folie qui l'aurait emmené vers les grandes comédies. Il reste un film agréable pour le dimanche soir, sans plus. Dommage.


Un petit Woody

Hélas mille fois hélas! Que font les critiques ? Je suis un fan absolu de Woody Allen, je connais tous ses films, je les ai toujours aimé même les moins bons. Je suis un fan de Scarlett Johanson, un fan de pénélope Cruz et je trouve que Javier Bardem est un excellent acteur... quand il joue pour les frères Coen!! Tous les ingrédients étaient réunis pour que je prenne un grand plaisir à voir Vicky Cristina Barcelona. Et les critiques unanimes placent le film parmi les grands de Woody Allen. J'y suis donc allé les yeux fermés. Tous les ans, un film de Woody. Avec lui, on n'attend pas. pas comme avec Kubrick naguère ou Malick de nos jours. Et puis, pendant une heure, rien. Je me suis ennuyé dans toutes les largeurs. Bien filmé, bien interprété, ce film se veut comique (il est présenté comme ça par les critiques) mails il ne m'a tiré que quelques grognements convenus d'habitué allénien. Je n'ai pas intégré le film. Aucun intérêt. Puis arriva Pénélope et là, enfin, la pellicule a pris feu. Moi aussi. C'est une actrice d'enfer qui dévore littéralement ses partenaires. Ah la séquence où elle marche avec Scarlett, la brune et la blonde. Le rêve du cinéphile. Mais la pauvre Scarlett s'est fait incendié par Pénélope. Pas étonnant que Tom (l'autre Cruise -Cruz) l'ait quitté, on ne peut pas tenir face à elle. Elle est incandescente. Elle n'apparaît que dans la dernière partie du film et c'est elle dont on se souvient. Tant pis Scarlett, tu as fais ce que tu as pu, c'était injouable. Pénélope Cruz est hallucinante. ne serait-ce que pour elle, le film peut être vu. Sinon, c'est un triste Woody, je ne comprends pas les critiques unanimes. Peut-être une explication : le film a été vendu comme une comédie. Je suis allé le voir en espérant, en attendant une comédie de Woody Allen, comme dans les grandes périodes. or, ce n'est pas une comédie. C'est un film grave qui est mené par sa légèreté mais ce n'est pas une comédie comme les autres Woody Allen. Le Nouvel Obs cette semaine parle du film comme un "conte cruel" et une "expérience scientifique" de dissection des sentiments humains. C'est mieux. Vu comme cela, le film semble plus intéressant. Mais, finalement, Barcelone n'est peut être pas un lieu où les propos alléniens sont à l'aise. La même histoire à New York aurait eu une autre gueule. Bref, un coup pour rien. Ne croyez pas les critiques. Autant retourner voir Mamma Mia, là au moins on sait ce qu'on va voir!



Appaloosa dans la lignée de Hawks

 


Ed Harris est un excellent acteur et confirme, après son prodigieux Pollock, qu'il est un grand metteur en scène. Son western est d'un absolu classicisme mais il appartient aux grands westerns taiseux et d'amitié virile des derniers John Ford ou de Howard Hawks (on pense à Rio Bravo ou Liberty Valance, aussi aux 7 mercenaires). Ed Harris s'amuse à déjouer toutes les conventions après les avoir utilisées. Chaque séquence est agrémentée de clins d'oeil, d'humour au second degré et les personnages sont très humains derrière leurs façades austères. Le film est dépouillé, va à l'essentiel quant à l'action pure et se permet de longues digressions littéraires ou émotionnelles (la relation Ed Harris-Renée Zellwegger est assez jouissive). Bref, ce film prend les codes et les distord aussitôt. Admirablement filmé et interprété, n'y oublions pas un Jeremy Irons qui semble franchement prendre son pied, Appaloosa s'inscrit dans les westerns qui font date. La nouveauté ici est que ce western n'est pas crépusculaire, c'est un western en pleine forme, de personnages rugueux et humains dont la fin reprend encore un thème éculé en le distordant, celui du poor lonesome cow boy qui taille la route... quoique.. un film à voir, les paysages y sont également sublimes.
Un film hallucinatoire aux références multiples

Vinyan, l'âme des défunts, si j'ai bien suivi. L'histoire d'un couple qui a perdu leur fils unique dans le tsunami en Thaïlande et que la mère, jouée par Emmanuelle Béart pense avoir reconnu dans une vidéo réalisée par une ONG locale. Ils se mettent en quête de ce fils perdu à travers la jungle birmane. Sujet fort intéressant qui m'a attiré dans la salle. Et je ne sais trop quoi penser du film, parfois expérimental comme le long générique du début, dont le son transperse les images supposées d'eau ou de gouttes d'eau multicolores sur l'écran (figurant le tsunami??) A bien des égards, on peut penser que le film est vraiment très mauvais. L'histoire tient à peine debout, les plans sont souvent à la limite du vraisemblable et tournent parfois au ridicule, l'interprétation d'Emmanuelle Béart frise aussi l'overdose de l'hallucinée (elle devient peu à peu folle, victime de ses fantômes et de la jungle). Esthétiquement pourtant, le film tient la route et on peut tout aussi bien y trouver son compte. Alors bien sûr, les références abondent, de nombreux plans ont déjà été vus ailleurs, mais on ne peut reprocher au réalisateur de n'être pas le premier à filmer la jungle et l'hallucination des âmes perdues. Ainsi, d'Apocalypse now (Béart en colonel Kurz entourée de son armée d'enfants assassins... limite mais bon...) à Voyage au bout de l'enfer, de Joseph Conrad à la série des Rambo (surtout le dernier), de Sa majesté des mouches à Cannibal holocaust, le territoire est balisé. De l'aventure au mélo malade jusqu'au gore, toute la folie dégrade le film et en ce sens, c'est une forme de réussite. Film curieux, instable, vénéneux, il est, malgré ses nombreuses imperfections et les très mauvaises critiques lues ici et là, un voyage initiatique au milieu des fantômes des enfants disparus, un film qui met mal à l'aise et dont la fin, qui frise le ridicule, fout carrément les jetons. C'est le traitement que le metteur en scène fait des enfants assassins qui attisait ma curiosité. Certes, on est loin de Golding ou de Peter Brook mais on ne peut demeurer indifférent aux images du meurtre du père par tous ces enfants qui protègent la mère matricielle qu'est devenue la mère charnelle du garçon pris par le tsunami. A vous de voir...










Jaoui ou Leigh ??

Deux films qui devaient être des événements mais qui n'en sont pas. Agnès Jaoui nous avait régalé du goût des autres, intéressé comme une image mais ne sait pas trop bien nous parler de la pluie. Bien filmé, bien tourné, le film est souvent long et s'use sur les leçons de vie du couple Bacri-Jaoui. Non que le film soit mauvais, il est ennuyeux. Le sujet est intéressant mais on a l'impression que le couple rabâche. Bacri bacrise (après tout on l'aime aussi pour ça), Jaoui se prend la tête, très sérieux malgré de vrais grands moments de comédie. Le clou du film est le tournage raté au milieu des causses avec le troupeau de moutons qui bêle à qui mieux mieux. A hurler de rire, dommage que tout le film ne soit pas de ce niveau de comique. Une fois de plus, je dois l'avouer, c'est Djamel Debouzze qui m'a conquis. Emouvant, drôle, tendre et d'un naturel désarmant, il confirme film après film qu'il est un immense acteur. A mon grand dépit car je ne le supporte pas en tant que personnage public. Déjà dans Amélie poulain, c'est lui qui sauvait le film du désastre absolu, une révélation entrevue dans Le ciel les oiseaux ta mère, pas si mal que ça. Dans Astérix mission Cléopâtre, il s'affirme comme un acteur comique majeur, dans Angel-A, il sauve encore le film par sa composition émouvante et désarmante, dans Indigènes, il s'affirme définitivement comme un des plus grands, aux côtés de Roschdy Zem et Sami Bouajila. Tous issus de l'immigration ? Et alors, ils sont immense, le talent n'a pas de frontières, le talent et le génie ne connaissent pas le racisme. Bravo Djamel, continue au cinéma, seulement au cinéma!
Mike Leigh a réalisé une comédie! Quelle annonce ! Le social triste fait sa comédie. Be happy donc ! Hélas! Certes, le film est bien fichu, avec des scènes d'anthologie (l'auto-école!!) mais pendant une longue demi-heure, on ne sait pas trop où Mike Leigh nous emmène, on s'ennuie un peu si ce n'est l'accent des actrices qui met un peu de sel (à voir en V.O of course). Puis, le film décolle et l'histoire de cette jeune femme de 30 ans qui rigole tout le temps et tente de mettre la pêche partout où elle passe prend le large. Superbe séquence de flamenco! Mais elle rit car elle est triste, le monde est triste, les gens qu'elle rencontre ont des problèmes, non seulement le moniteur du permis de conduire mais aussi cet élève, qui en frappe un autre, violent, qui en une séquence avec un psychologue avoue que son beau-père est violent. On est en plein cliché! Révélation aussi rapide, improbable! Et la victime des coups ? On s'en fout on s'intéresse au coupable, c'est lui qui a des problèmes, c'est à lui que la société va donner des moyens pour tenter de résoudre ses problèmes. L'autre ? La victime ? Tout le monde s'en fout, comme en France. Ceux auxquels la société s'intéresse sont les enfants à problèmes, les violents, les décalés, on tente de les aider. C'est bien mais les autres ? Ceux qui se prennent les coups parce qu'ils travaillent ? Parce qu'ils sont dans la norme ? Parce qu'ils sont "bien élevés" par des parents qui font leur boulot de parents ? Ceux-là, qu'ils se débrouillent, ils peuvent se faire frapper, ils doivent comprendre ces pauvres enfants battus (hélas) ou laissés pour compte. Où est l'égalité ici ? Je méloigne un peu du film mais cette scène m'a soulevé les tripes, je me serais cru dans un film de Bégaudeau !!!! Donc Be happy n'est pas une comédie. C'est un film plus léger pour Leigh que les autres mais c'est un film triste. Bien fait mais triste. Quant à Bégaudeau, je ne suis pas allé voir Entre les murs. Irais-je ? Palme d'or, il va bien falloir que je m'y risque. Mais l'hunanimité des critiques fait froid dans le dos. Je sais ce que je vais trouver dans le film. Tout ce que je viens de quitter. Tout ce que contre quoi je me bats, le prof copain à l'écoute des élèves, des élèves avec qui on passe son temps à discuter, à négocier. Même si cela entre bien dans le cadre de l'enseignement au collège, je pense que la discipline reste le principal fondement de l'apprentissage et de la vie en communauté. Je m'étais déjà opoosé à Bégaudeau dans un article avant les vacances, je ne change pas d'avis. J'irais le voir ce film qui "rend hommage aux professeurs" disait l'ex-professeur Darcos qui n'a plus mis les pieds en classe depuis 15 ans et sans doute pas dans les classes sensibles! C'est un sujet de bourgeois gauchiste ce film, sans doute est-il très bien fait, Cantet est un grand metteur en scène. Mais tant de démagogie (rien que la bande annonce) me dégoûte. Moi, j'y ai passé douze ans de ma vie avec ces élèves là. J'ai des bons souvenirs, c'est vrai et nombreux. Mais ce qui manque le plus dans ce genre d'établissements, c'est un minimum de discipline. Alors, réactionnaire ? Oui, mais pas autant que la majorité des profs qui veulent surtout que rien ne change, ni en bien ni en mal. La paix sociale coûte cher. Elle a failli me coûter la santé. Je me préfère à eux, désolé, je suis un égo-réactionnaire!




Films de rentrée bons ou moins bons

Gomorra tout d'abord. Un film choc sur la camorra napolitaine et campanienne. Une camorra qui tient tous les réseaux, qui paye le peuple et taxe les riches, se constituant ainsi une clientèle fidèle. Le film est tourné comme un documentaire, caméra épaule, si proche de la réalité que l'on se noie et que l'on ne sait plus ce qui est fiction et ce qui documentaire. Le livre de Roberto Saviano, dont est tiré le film,  est aussi hallucinant que les images. C'est un récit, une enquête, pas un roman. Tout ce qui est écrit a été entendu, vu ou vécu par le journaliste qui s'est mêlé à la camorra. Le port de Naples apparaît soudain comme le levier principal du trafic et du commerce parallèle entre l'Asie et l'Europe. Une partie des marchandises disparaît, n'existe plus, effacée. Et pourtant on la retrouve en vente plus loin, en Allemagne, en France... De très beaux moments sur la confection de la haute couture. La robe portée par Angelina Jolie aux oscars (dans le film c'est Scarlett Johanson) a été fabriquée dans les ateliers clandestins de la camorra et son maître d'oeuvre, aussi doué que Dior sans doute, restera inconnu et finira sa vie au volant d'un camion. Puni car il a appris aux chinois (autre mafia présente) à coudre les vêtements de stars. Superbes scènes dans le films, émouvants dans le film et le livre. Et puis, la violence. On tue, on tire mais ce n'est pas Scorcese. Pas de mythification de la violence, pas de lyrisme. On tue c'est tout et souvent on ne voit pas l'impact. On voit les corps, on voit les visages des survivants. Sobre et fort. Deux ados vont s'y perdre, en voulant s'abstenir de toute filiation envers un des groupes de la camorra, ils vont déstabiliser l'ensemble et finir comme des canards, au viseur. Ce film est un film édifiant, on se demande après l'avoir vu si l'Italie n'est pas gouverné par la mafia (économiquement du moins), quelle est son influence ? C'est un film militant, qui dénonce le rôle de la mafia mais aussi la passivité de la population et des gouvernants. Un réquisitoire brûlant à voir toutes séances tenantes. D'ailleurs, le livre est en tête de vente des essais.

La fille de Monaco m'a un peu déçu. Bien filmé, de la belle ouvrage mais Lucchini fait du Lucchini et Louise Bourgois n'est qu'une midinette bardot de plus. Elle est très belle et elle crève l'écran c'est vrai mais l'ensemble est finalement assez léger. Il y a de bons moments mais la fin est assez prévisible. Roschdy Zem sauve les meubles. Quel talent de ne rien faire pour tout dire!! Un immense acteur, mais ça, on le savait déjà. 

Mirrors est à conseiller pour les amateurs du genre. Bien ficelé, bien mené par Alexandre Aja (un français) dont j'avais apprécié la relecture de La colline à des yeux. Le film respecte les codes, une dose de gore (assez hard d'ailleurs), un peu d'humour, pas trop, du suspense avec famille et enfants. La fin est imprévue et rappelle Sixième sens. Plutôt original dans l'ensemble malgré des naïvetés ici et là, le film se laisse voir mais il est pour les amateurs d'horreur. Et puis c'est bien de retrouver Kiefer Sutherland au cinéma, il a pris de la patine.
 

Films d'été bons ou moins bons


Un dessin animé d'abord, Kung Fu Panda. Rien à voir avec le chef d'oeuvre essentiel de l'histoire du cinéma qu'est Wall.e, Kung fu panda est sympathique, très bien fait, mais l'histoire est banale, toujours pareil, un maître qui transforme une grenouille en carosse. Du Star wars en miniature. Yoga et Panda. Mignon, parois assez sombre; les scènes du méchant tigre rappellent Forteresse ou Le seigneur des anneaux. Assez féministe, c'est tendance, très politiquement correct, le film est agréable mais ne retient guère l'attention. La version française est mauvaise, surtout le doublage du panda. Pourquoi vouloir faire du 9.3 alors qu'il est évident que la VO américaine demeure compréhensible ? Ce Manu Payet qui double (que je ne connais pas) est régressif et infantile. C'est l'autre face de l'animation, celle-ci est accessible aux enfants mais pas trop jeunes.
Un mot sur la Momie 3. Bonne idée que d'aller l'empereur et son armée mais le film est rempli d'esbrouffe et guère intéressant. Plein d'effets spéciaux (c'est le moins) souvent remarquables, le film sent le ressassé, on est à la 3è phase de sa momification. Le premier était un bon divertissement, le second pas trop mal, celui-ci réchauffe un peu. Moins drôle que les précédents, compensé par les effets spéciaux et l'exotisme chinois (tiens donc, quel hasard). Jet Li a vraiment l'air d'une momie, Michelle Yeoh fait ce qu'elle peut mais il y a une petite actrice à tomber, son nom m'échappe mais rien que pour elle, on peut faire le détour. Contrat rempli, le film fit ce qu'il à a faire, il distrait, sans plus. Amusant en tout cas de voir l'héroïne écrire des livres sur la momie à une époque (années 30 et 40) où celle-ci fait les beaux soirs du cinéma d'horreur...
Hulk est un film agréable, plutôt intello pour ce genre, avec Edward Norton, la bonne idée pour humaniser le monstre. On réfléchit pas mal, ce qui explique ces piètres résultats mais les effets spéciaux sont réussis. On revient aux fondamentaux de Marvel et le super héro n'en est pas un, il est victime. Il fallait oser la course poursuite dans la favela, un film assez réussi.
 
La fille de son père. Jennifer Lynch est la fille de son père. Son film est d'une rare violence, pervers à souhait, admirablement interprété et très déstabilisant. Surveillance est à voir pour sa mise en scène au cordeau et sa fin de laquelle la morale est absente. D'ailleur le film n'a aucune morale. Très inspiré des films de papa, Surveillance est un bon thriller, angoisse et horreur sont au rendez-vous et surtout, ce qui m'a vraiment plu, sa totale perversité et son immoralité. Une découverte. Sauvez les enfants!
 
Côté français, Le premier jour du reste de ta vie est chaleureux, drôle, très vrai, tout le monde peut s'y reconnaître et les acteurs sont magnifiques. Une mention à Jacques Gamblin, décidément surprenant et très émouvant en peu de gestes. Un immense acteur méconnu qui confirme qu'il est l'un des meilleurs. Un bon film, l'un des rares bons films français du moment.
 
Hancock, effets spéciaux contre héros sale et images intéressantes mais la sauce prend mal et Will Smith est plus à l'aise en survivant, un coup pour rien. Un divertissement de plus sur une bonne idée un peu gâchée. My name is Hallan Joe est assez bien fait dans le genre très codifié du voyeurisme au cinéma, ici le voyeur entre littéralement chez sa victime et le fantasme s'accorde mal de la réalité. Ensemble sympathique avec de bons acteurs.
Bons baisers de Bruges est le film thriller de l'été. Très drôle, déjanté, deux acteurs exceptionnels dont un Colin Farell que décidément j'aime de plus en plus par sa désinvolture et son sixième degré d'humour. Un excellent film où Bruges est -bien filmée, malgré les pointes british d'humour noir contre la ville.C'est le film à voir pour ceux qui aiment le genre, une belle surprise. Que c'est beau Bruges la nuit.
Le monde de Narnia 2 est moins bien, moins surprenant, moins magique mais il réserve d'excellents moments, la bataille finale, le duel. Le film doit encourager les enfants à lire le livre, nettement meilleur of course. Mais on s'est pris d'affection pour les jeunes héros. 



A swedish love story, film  de Roy Anderson

Titre débile pour un titre original qui est "Une histoire d'amour" comme tant d'autres. Ce film date de 1970 et il sort pour la première fois en France. Parmi tous les films vus ces temps ci (dont un vieil Indy), celui-ci mérite une attention de la part de l'historien. Le film raconte une histoire d'amour pure et belle entre deux beaux ados suédois (surtout la jeune actrice, magnifique et blonde, tout ce que j'aime), un amour pur et absolu, entièrement à l'écart du monde adulte. Le film montre la culbute des deux mondes. Les adultes, engoncés dans leur convention très luthérienne mais dont les excès festifs sont parfois à la limite de l'outrance, engoncés dans leurs conventions, très froids et rigides alors que les deux jeunes sont en dehors du monde et vivent leur passion avec beaucoup de tendresse. Le film est très touchant, surtout très réussi dans l'approche sensible de l'autre. On s'effleure avant de se parler. Pour ma génération, cela rappelle des choses, certes, je suis plus jeune mais cinq ans tout au plus. Les approches amoureuses sont toutes les mêmes et la passion aussi. Ce film, qui a presque 40 ans, est un lumineux témoignage de la société soi disant rigide de la Suède des années 70 et de le jeunesse éternelle. A noter la présence dans un second rôle de Bjorn Andresen, qui illuminera pour l'éternité Mort à Venise l'année suivante, Tadzio c'est lui. Déjà très beau avant que d'être transcendé par Visconti. Un film intéressant sociologiquement qui nous replonge dans les années 70 et qui mérite le détour. Tout en finesse, souvent émouvant et disons le, dont la nostalgie nous prend, moi en particulier. Dieu que cette petite suèdoise est belle et désirable et correspond au stéréotype. 14 ans! Et alors ? L'observateur note que la jeunesse fumait allègrement et buvait déjà. Typique de la Suède du début des années 70 ? Pas la cigarette en tout cas. Pour toutes les qualités citées, il faut voir ce film pré-Abba. 
Autres films ? j'ai déjà écrit que je parlerai pas de tous les films mais il me semble que deux autres films méritent notre attention, je ne les ai pas encore vus. Children, film islandais en noir et blanc sur la maltraitance d'un enfant de 12 ans et Ezra, film nigérian sur les enfants soldats. Un même thème cette semaine en art et essai, la jeunesse. Trois visions différentes. Un conte d'hiver traite de la famille, à l'italienne. Desplechin remplit le contrat, le film est un peu long mais très brillant. Les interprètes somptueux, en particulier Deneuve qui vieillit bien, sa fille Chiara, très touchante et l'immense Amalric qui devrait toutefois éviter de surjouer les mêmes personnages d'un film à l'autre. Il est le méchant du prochain Bond, wait and see.

Désengagement, film d'Amos Gitaï
Voilà un film engagé en faveur de la paix, on connaît les opinions d'Amos Gitaï, grand réalisateur israélien dont j'adore généralement les films. Désengagement raconte le désengagement (justement) des colons juifs de la bande de Gaza par Tsahal. Le film est en deux parties. La première, moins réussie, se situe à Avignon où le patriarche vient de mourir. Se retrouvent ses deux enfants (de deux mariages), retrouvailles ponctuées par l'apparition de Barbara Hendriks, très émouvante dans le chant funèbre. Superbes images, magnifiques dialogues. La première scène dans le train entre le fils (israélien) joué par Liron Levo et une palestinienne en goguette jouée par la sublimissime Hiam Abbass, ne sert à rien si ce n'est qu'elle pose d'emblée le militantisme de Gitaï, réconciliation. Avignon est marqué par le ballet des retrouvailles entre Liron Levo et Juliette Binoche, superbe et enjouée. La scène clé est celle où Jeanne Moreau annonce l'existence d'une fille (celle de Binoche qui l'avait laissé vingt ans avant car trop jeune pour l'élever en kibboutz) et que celle-ci a droit à une partie de l'héritage du grand père. On nous révèle que ce dernier a continué à la voir. Pas la mère. Seconde partie, les retrouvailles de la mère et de la fille alors que Tsahal éjecte violemment les colons de la bande de Gaza (où vit justement la fille de Binoche). Le demi-frère du personnage de Binoche (Liron Levo) est l'un  des chefs de Tsahal et tout le monde se retrouve dans l'effroyable désordre de la situation. La fin est très émouvante et cette deuxième partie est très réussie. On y retrouve le grand Amos Gitaï. L'ensemble est cependant excellent et surtout, le film reste et s'imprègne en vous, il donne à réfléchir. Il faut vite aller le voir avant qu'il ne disparaisse totalement des écrans.




Como et jazz à tous les étages

Je ne suis pas un  fan de jazz, hormis quelques classiques, je n'adhère pas ou peu à cette musique. Pourtant, ce soir, j'ai été transporté, ému jusqu'aux larmes par le concert de Jean-Pierre Como à l'Auditorium St Germain. 14 musiciens. Classique et jazz se répondent en une fusion pathétique et émouvante dans l'âme soeur, écrit pour sa soeur décédée trop tôt. Como, c'est le Ravel d'une pavane pour un infante défunte. Magique et magnifique. Sublime dans le lyrique et le dernier souffle du saxo soprano emporte avec lui l'âme de la soeur aimée vers l'infini musical. Un requiem jazz! Quelle beauté, je me convertis à la musique de Jean-Pierre Como, il est le jazz, il fait pleurer son piano. 
link


Bataille à Seattle, un film de Stuart Townsend

Un film choral sans doute avec de nombreux acteurs sont Charlize Theron et Woody Harrleson mais surtout, et cela fait plaisir à voir, un grand film engagé, un vrai film militant. Que l'on partage ou pas les opinions des militants anti-OMC qui ont littéralement saboté la réunion de 1999 à Seattle, on reste stupéfait devant la violence des autorités (malgré le peu d'empressement du maire) face aux manifestants. L'OMC aujourd'hui compte la Chine comme adhérente et à terme va sans doute compter la quasi totalité des pays, y compris en développement. Le film montre de l'intérieur les débats, parfois avortés, qui opposent les tenants d'une économie libérale dominée par les Etats-Unis (l'OMC est une émanation des Etats-Unis qui dirige en fait le commerce mondial) et les tenants d'une économie plus juste où l'homme vaut plus que les profits. L'Afrique souffre, son représentant prend fait et cause pour les manifestants, de même que celui de Médecins sans frontières. La situation n'a guère évolué puisque de grands groupes dominent la planète et l'exemple de la faillite du coton malien ou burkinabé à cause des quotas et des subventions américaines montre que l'OMC ne fonctionne que pour les pays du nord. Le film a des qualités évidentes, mêlant images d'archives et fiction et l'on est secoué par certaines scènes. Des gens applaudissent ou hurlent dans la salle, au-delà de l'oeuvre elle-même, il faut voir ce film militant (sans doute appuie-t-il trop parfois mais c'est la loi du genre) pour se souvenir que nous sommes de sacrés privilégiés mais manipulés par des puissances politico-financières (y compris la Chine en 2008) dont les intérêts ne sont pas les droits de l'homme. Des dizaines de milliers d'enfants meurent chaque jour dans le monde de malnutrition ou de maladies (sida ou même rougeole) mais quel prix face aux milliards des pétroliers ou des industries pharmaceutiques ? Des élèves m'ont demandé un  jour pourquoi ces gens (en Afrique subsaharienne surtout) ne se révoltaient pas ? D'abord parfois ils se révoltent mais sont rapidement maîtrisés par des états qui contrôlent l'alimentation et créent artificiellement des famines pour que la communauté internationale s'émeuve, envoie des aides, aides qui vont dans la poche des gouvernants. Et puis, la révolution ne se fait pas le ventre vide! Rien à craindre pour l'instant.

link




Lettres de Paris, de Paul Morand (Arléa)

Paul Morand est un remarquable observateur de la vie artistique du Paris des années 20. Correspondant du journal The Dial de New-York entre 1923 et 1929, il écrit ses lettres directement en anglais et témoigne de la vivacité de paris, déjà investie de touristes (des bus sillonnent les rues, les Champs Elysées et se garent devant les monuments, les guides parlent vite et tout le monde repart après quelques photos. Quelle modernité) Proust y meurt, Aragon ou Giraudoux y naissent, Radiguet passe diaphane entre les bras de Cocteau, Picasso sue le génie, Monet peint des Nymphéas que Morand n'aime pas, Bernanos écrit Sous le soleil de Satan, Colette Chéri, Barrès trépasse et Malraux arrive. Entre deux guerres, entre deux mondes, un temps suspendu à défaut d'être retrouvé, le temps proustien égraine sa nostalgie, Gide fait scandale avec Corydon puis court au Congo, Stravinski et Diaghilev expérimentent de nouvelles formes d'art, les années 30 émergent au bout de ce point de suspension heureux. Tout cela et plus encore dans les Lettres de Paris, rééditées par Bernard Delvaille aux éditions Arléa, pour le plus grand bonheur de tous ceux qui ont été charmé par le journal de Maurice Martin du Gard ou le roman de Dan Franck sur la Bohème. A lire de toute urgence, tant d'esprit, de culture et de création font du bien en cette période sarkozyste du néant intellectuel accompli.

 

Mercredi 25 novembre 2009
Ce week-end, les 28 et 29 novembre, se déroule la deuxième Biennale du livre et du film de voyage à Marly-la-Ville dans le Val d'Oise, pas loin de Roissy et du parc Astérix. J'y serai le samedi 28 pour participer à une rencontre avec le documentariste Michel Viotte sur le thème "Qu'est-ce qu'un peuple premier ?", une des nombreuses rencontres autour du thème des peuples. Le salon du livre me permettra de dédicacer la dernière édition de Peuples premiers des mémoires en danger (Larousse) que je ne peux que conseiller, bien sûr! Un concert d'un groupe touareg terminera la journée. Pour plus d'infos, cliquer sur le lien ci-dessous.

link
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 25 novembre 2009
Hélas je crois m'être fait avoir. Il n'était pas précisé sur Pariscope que le film était diffusé en VO et VF. J'ai cru, comme pour L'affaire Farewell dernièrement, qu'il n'y avait qu'une version et toutes les langues ensemble. Que nenni! Il y a une Vo et une VF et, contrairement à toute déontologie, je me suis retrouvé en VF. Horreur! Quelle débilité de faire parler en VF courante les personnages russes entre eux et en français hésitant avec accent dès qu'ils rencontrent les français! Cela ote toute crédibilité, du coup, cela m'a déstabilisé et je n'ai pas pu apprécier correctement le film. Il ressort cependant que la première partie, la partie russe, est complètement foutraque et incompréhensible. le film prend son envol à Paris quand on se rapproche du fameux concert. Et encore, on y va avec de gros sabots pour émouvoir Margot! La dernière séquence, celle du concert, est réellement émouvante et très belle. Le film l'emporte à la fin mais sans doute grâce au compositeur, un certain ... Tchaïkovski! Ah ce concerto pour violon, quel chef d'oeuvre! En fait, le film est à voir juste pour la fin et Tchaïkovsky. Dommage car j'avais adoré le précédent film de Mihaileanu, Va vis deviens, qui était lui en plusieurs langues. Attendons la suite...
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 23 novembre 2009
A l'origine il y a une histoire vraie incroyable. Un type construit une portion d'autoroute près d'un patelin en crise et apporte le souffle de la libération et de l'espoir au pays. A l'origine, il voulait escroquer les fournisseurs et se tirer avec l'argent. A la fin, il paye avec l'argent de son escroquerie les finitions de l'autoroute, pris au jeu de l'espoir qu'il suscite et poursuivi par la police. Cette histoire est admirablement  traitée dans le film de Xavier Gianolli. Le chantier de l'autoroute et les grues bougent en une splendide chorégraphie nocturne et pluvieuse, le chantier est beau, la pluie est belle, Cluzet est admirable. Il y a une touche du Salaire de la peur dans ce film, une touche du trop méconnu Peau neuve, de Laeticia Masson avec mon vieux pote Samuel Le Bihan à ses débuts, quand il me connaissait encore. Un film magistralement mis en scène, avec un esthétisme superbe, des acteurs remarquables, une belle aventure, on ne voit pas le temps passer. Pourtant, ça n'était pas évident comme sujet. Il faut voir ce beau film du cinéma français qui confirme le savoir faire de Gianolli, après son très beau Quand j'étais chanteur. D'ailleurs, en forme de clin d'oeil, Depardieu fait dans A l'origine une apparition savoureuse. Quant à Emmanuelle Devos, trop rare à l'écran, elle fait vibrer de sa voix si singulière le coeur de François Cluzet, et le nôtre avec. Jeune femme maire d'un village, veuve, perdue qui se raccroche à tout ce qui peut sauver son village et sa vie. Magnifique. Alors, oui, un très beau film. 
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 23 novembre 2009
Un petit film sympathique pour les enfants, pas trop jeunes quand même, où les agents secrets sont des hamsters. le procédé est le même que celui employé dans Stuart Little ou d'autres films du genre. Les animaux sont incorporés au film, l'animation dans les vraies prises de vues avec de vrais acteurs. Le résultat est agréable mais les références aux films d'espionnage (adultes et enfants) sont trop nombreuses. On s'y perd un peu. Mais si les enfants aiment, tant mieux. Une fois de plus, le monde est sauvé par des humbles face à un fou qui menace de récupérer les déchets en orbite autour de la Terre. Intéressant, l'aspect écolo et "durable" est présent. On ne peu plus s'en passer et d'autres films arrivent sur le sujet. Bref, à voir avec une âme d'enfant aventurier.
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 15 novembre 2009
Certains y croient dur comme fer, la fin du monde sera bien le 21 décembre 2012, la Terre sera ravagé par un gigantesque séisme, les pôles changeront de place, les continents dériveront en pleine vitesse, un tsunami universel noiera l'Himalaya et les Etats-Unis, les océans prendront la place des terres et les terres des océans. Beau programme, tout cela en quelques semaines, voire quelques jours ! De quoi faire un beau film non ? Eh bien, Roland Emmerich l'a fait pour vous! Et pendant 2H40, on assiste à l'agonie de la planète et de l'être humain, plongés dans les abîmes d'un dérèglement axial (la Terre ne tourne plus tout à fait sur son axe et en plus, les planètes sont toutes alignées sur le même axe, ça on l'a vu en 1998 et pas de fin du monde si je me souviens bien). 

Roland Emmerich est le spécialiste de la fin du monde au cinéma, souvenez-vous d'Independance Day (le monde sauvé par le président américain, où va-t-il chercher tout cela?) ou Le jour d'après (plutôt réussi). Les films sur le sujet sont nombreux par les temps qui courent, y compris français (le dernier film des frères Larrieu). la fin du monde est tendance. Comme dans les années 80, avant la chute du mur, quand la France entière s'est précipitée sur les inepties de Jean-Charles de Fontbrune qui traduisait les prédictions de Nostradamus (XVIè siècle), ainsi le pape devait être assassiné à Lyon en 1987 et la fin de monde était prévue en 84 ou 87 je crois. Vint Paco Rabanne qui avait trop pris de son parfum et qui annonçait pour 99 ou 2000 je ne sais plus un astéroïde qui aurait du détruire toute vie sur Terre. Tout va bien il continue à vendre parfum et mode. L'an 2000 aussi était considéré comme date de fin du monde. Bon là c'est le calendrier maya qui annonce un changement d'ère. On verra bien. L'homme a les moyens de se détruire (ça a failli plusieurs fois) et les changements climatiques en ajoutent mais avec plus de crédibilité. D'où justement l'intérêt du public pour ces films, on se réfugie encore dans une fiction rassurante (c'est du cinéma).
 
En attendant, 2012 promet un feu d'artifice d'effets spéciaux et il donne ce qu'il promet. La vision de l'engloutissement progressif de la Terre est tout bonnement hallucinante, à cette échelle je crois qu'il n'y a jamais eu autant d'effets spéciaux, tous très réussi, on y croit et ça suffit pour vous clouer sur le fauteuil 2H40 durant, sans ennui. 
Le film est une nouvelle version de l'arche de Noé, on sauve qui on peut (qui paye aussi) et on attend le déluge. Tous les poncifs du film catastrophe sont là. Entrecroisement de vies qui se retrouvent à la fin dans un même lieu, sacrifice salvateur, sacrifice du mauvais et rédemption, retrouvailles d'un couple, la famille unie, le fou prémonitoire et j'en passe. Une petite critique sociale au passage, comme souvent chez Emmerich, ici les pauvres sont abandonnés mais à la dernière minute certains auront droit à être sauvés (la place dans l'arche est hors de prix, c'est un hôtel grand luxe). 
Le président américain est noir (plus âgé qu'Obama), il est écrasé par une vague géante qui déferle sur la Maison Blanche (avec un cuirassé!), le pape et les cardinaux ensevelis sous la chapelle Sixtine qui s'effondre (jamais vu au cinéma). Dommage que la destruction s'arrête à la religion chrétienne, le film montre la pierre noire de La Mecque. Il paraît qu'Emmerich a tourné la scène de sa destruction mais... aurait-on encore peur des réactions ? L'islam serait donc tabou ? C'est un autre sujet. 
En tout cas, si l'histoire menée par John Cusack est insipide, comme souvent dans ce type de films, l'ensemble se regarde avec curiosité, une forme d'avidité même devant la destruction programmée, on se laisse prendre et après tout on est venu pour cela. Le film remplit son contrat. La fin du monde a de la gueule!
 
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 15 novembre 2009
Je me suis endormi hélas! Trop de fatigue ou trop peu d'intérêt pour le dernier film de Resnais ? Très bien filmé, très fluide, une belle leçon de cinéma, de bons acteurs, de la légèreté, une belle photo, une bonne musique, tout est bien dans le film. Pourtant ça ne prend pas! Alors quoi ? Dommage mais ce film n'en demeure pas moins largement au-dessus de beaucoup d'oeuvres hexagonales. Un Resnais moyen qui fait quand même preuve d'une belle jeunesse, pas mal pour un garçon de 87 ans! Oliveira est toujours en tête, 100 ans et toutes ses dents mais Resnais est plus léger et plus drôle. Tout de même. C'est curieux d'ailleurs comme ce cinéaste a fait une carrière à rebours des autres. D'abord des oeuvres tragiques, des drames, des films sérieux et puis l'âge venant, la comédie. Au fond la vie est un roman.
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 11 novembre 2009
Eric Raoult, député de Seine Saint-Denis et maire du Raincy souhaite que Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009 fasse preuve de devoir de réserve en tant que "championne de la francophonie" et représentante de la France. Ceci suite à un entretien donné aux Inrocks où elle déclarait en août dernier que la politique française était monstrueuse, nommant "monstrueux" quelques ministres. Elle n'aime pas le président, elle en a le droit. Le président est critiquable par n'importe quel citoyen, même ceux qui se risquent à un "je te vois" punissable!! L'ancien régime est termine, il faudrait en avertir quelques politiques. Et Sarkozy a largement contribué à donner le bâton pour se faire battre.

Marie Ndiaye vit à Berlin depuis l'élection de Sarkozy, ce qui prouve au moins qu'elle a de la suite dans les idées. Si vraiment Marie Ndiaye pensait autant de mal de la France, elle aurait pu refuser le prix Goncourt. Mais c'est un point de détail, l'académie Goncourt n'est pas la France. Je n'ai pas lu son livre mais je crois savoir qu'il est brillant, elle méritait sans aucun doute le prix. Peu importe qu'on soit d'accord ou pas avec elle. Donc tout va bien et la littérature est sauve. Le problème est que seuls les fonctionnaires ont le devoir de réserve (et encore, cela dépend des statuts...). Les écrivains n'ont pas et n'auront jamais ce devoir, au contraire, ils sont ceux qui dénoncent (même brutalement ou injustement). Les artistes sont des résistants, les artistes ont la totale liberté d'expression. Quoi que dise Marie Ndiaye, elle peut le dire, elle ne représente pas la république, elle est écrivain. Elle a donc tous les droits. Sauvez les artistes, pas de censure. Tant que Eric raoult ou d'autres ne hurlent pas "Poètes vos papiers", rien n'est perdu. Quel besoin avait le député de provoquer inutilement ce débat, hors de tout propos ? Qu'il lise le livre ! Les écrivains sont là justement pour s'exprimer.  Ach, quand j'entends le mot culture...
 
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 9 novembre 2009
Un mur à Berlin
Sépare mon coeur du tien
Un mur à Berlin
Vers qui je tends la main
Un mur à Berlin
Ce matin
J'y reviens
Un mur à Berlin
Ce matin est le mien

Les années ont passé
Depuis l'ultime été
Ou nous nous sommes aimés
C'était l'éternité
L'amour était détruit
Il fallait le refaire
C'était après la nuit
C'était après la guerre

Ne figurent ici que le premier couplet et le refrain d'une chanson que j'avais écrite, très jeune homme, en avril 1986. La suite du texte, que j'espère retrouver vite, rappelle la séparation de deux amoureux par le rideau de fer dont le mur de Berlin était le symbole.

Trois ans après avoir écrit cette chanson, le mur tombait.

C'était il y a vingt ans.

Ma future épouse (allemande) et moi-même rentrions d'une soirée. Nous avons allumé la télévision et là, moment d'incrédulité, des centaines de gens étaient grimpés sur le mur. Nous n'en croyions pas nos yeux. Il a fallu téléphoner en Allemagne pour être sûr de ces images, oui les Allemands voyaient bien la même chose que nous. Sous nos yeux, sous les yeux du monde entier, le mur s'écroulait. Des larmes ont coulé, c'était tout simplement incroyable, c'était historique. C'est un drôle de sentiment de vivre un moment historique, partagé par mes amis allemands puisque j'étais concerné par cette séparation d'un pays en deux. Et les événements sont allés très vite. Un an après, l'Allemagne était réunifiée. Dans la foulée, le 25 décembre 1991, après une tentative de putsch des communistes opposés à Eltsine, Gorbatchev annonçait la fin de l'URSS. Le 1er janvier 1992, le monde avait changé. 

Il y eut des prémices à tous ces changements. D'abord dès 1980 avec les grèves des ouvriers de Gdansk, menés par Lech Walesa. Un vent de liberté soufflait sur la Pologne. Ce fut mon premier engagement, porter le pins "solidarnosc", pas grand chose mais montrer un soutien et surtout, enfin, pouvoir dire aux communistes français d'aller se faire voir au goulag. Combien de fois me suis-je engueulé au lycée avec les communistes! J'en suis même venu aux mains, la politique concernait les jeunes à l'époque. Aujourd'hui, ils s'en foutent, ils ne veulent plus changer le monde, ils veulent conserver des acquis qu'ils n'ont même pas acquis. Trop de confort. Dans la cour de récréation, déjà au collège, je me battais avec ceux dont l'avis était différent du mien. J'étais férocement anti-communiste, je n'ai jamais supporté un régime politique qui avilissait l'homme. Mon avis est le même avec les régimes d'extrême-droite mais à l'époque, l'URSS était une grande puissance et c'est elle qu'il fallait combattre. 

La lutte de Solidarnosc, je l'ai suivi quotidiennement quand j'étais au conservatoire d'art dramatique de Tours, cela emplissait nos journées.  Puis, dès l'automne 1986, mes regards s'étaient tournés vers l'Allemagne, regards amoureux. En 1988, des fuites commençaient par la Hongrie et l'Autriche. Au printemps 1989, cela s'amplifiait. Quand la France commémorait le bicentenaire de sa révolution, Leipzig s'installait dans l'opposition et la contestation. Tous les jeudis soirs, la foule se réunissait sur la grande place pour demander la liberté. Les fuites d'allemands de l'est continuaient, les frontières s'ouvraient, Gorbatchev laissait faire. J'étais en Allemagne quelques semaines avant la chute du mur. J'ai eu l'occasion de visiter la frontière, les barbelés, les miradors, le no man's land. C'était très impressionnant et tellement surréaliste!

Finalement, on s'attendait bien à ce que l'Allemagne de l'est lâche du lest, que les frontières s'ouvrent directement entre les deux allemagnes. Mais on ne pensait pas que cela irait aussi vite. Le 9 novembre est une journée historique pour l'Allemagne, pour l'Europe, pour le monde.

Et ce fut une traînée de poudre, indescriptible, hallucinante. Les uns après les autres, comme un château de cartes, les pays de l'Europe de l'est tombèrent. La Hongrie et la révolution de velours, la Tchécoslovaquie, la Bulgarie au régime si dur, la Yougoslavie qui allait retourner dans la guerre, là où elle l'avait laissée en 1919, la Roumanie enfin et cette scène proprement hallucinante du dictateur Ceucescu sous les sifflets lors de sa dernière apparition publique, obligé de prendre la fuite avec sa femme, rattrapé,  sommairement jugé, exécuté, tout cela en direct à la télévision. 1989 fut la grande année de la deuxième partie du XXè siècle. Elle marqua le basculement du monde de l'après-guerre dans un monde incertain, un monde transitoire jusqu'au 11 septembre 2001 qui marqua l'arrivée brutale du XXIè siècle. 

Le monde ancien appartient à l'histoire, ce 9 novembre appartient à l'histoire, nous sommes tous des allemands aujourd'hui.

 
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 6 novembre 2009
On le croyait vraiment immortel! A presque 101 ans, le dernier grand penseur français du XXè siècle s'est éteint. Il n'est pas de jours où je pense à Claude Levi-Strauss. Il a accompagné une partie de ma vie, lorsque je faisais des études d'ethnologie et d'anthropologie à l'EHESS, lorsque je travaillais sur l'histoire de ces peuples que l'on dit premiers, à chaque conférence que je donne sur le sujet, à chaque fois que je m'inquiète du sort de ces populations dont certaines sont en voie de disparition. Son livre "Race et histoire" fut l'un des phares qui structura ma réflexion sur l'Autre et le racisme. "Tristes tropiques" est un chef d'oeuvre incomparable et j'entends encore Jean Malaurie, fondateur de la collection Terre Humaine, me confier à quel point il faut flatté que Levi-Strauss acceptât d'y publier son ouvrage en 1955. Levi-Strauss a révolutionné l'ethnologie en y intégrant le structuralisme linguistique développé par Saussure et Jakobson. Il a découvert que les sociétés dites primitives sont sans doute plus évoluées que nous et arrivent en fait à la fin d'un cycle. Il a expliqué les mythes et son apport en ce domaine est aussi important que celui de Freud pour les rêves. Les mythes sont presque tous les mêmes quel que soit le peuple, comme si spontanément l'homme était universel et les structures de pensée, l'imaginaire, ontologiquement ancrées. Levi-Strauss, par ses travaux, a prouvé que le racisme était une absurdité. Race et histoire démonte l'inégalité des races pensée par Gobineau au XIXè siècle, qui fut à l'origine des malheurs du siècle de Levi-Strauss (comme l'a superbement titré la Une du Monde). Et voilà que, par une indécence que l'on ne pensait pas envisageable pour un tel esprit, des commentateurs rappellent que Levi-Strauss a tenu des propos dans Tristes tropiques sur l'Islam, qui passeraient aujourd'hui pour islamophobes et seraient condamnés.


Jusqu'où les "chiens" (les loups même) vont-ils  oser continuer leur travail de sape ? Quelle est la communauté ou quels sont les journalistes qui ont intérêt à remuer le passé ? Pourquoi salir systématiquement dès qu'on le peut, y compris Levi-Strauss, le chantre de l'anti-racisme ? C'est une honte supplémentaire. On continue d'alimenter ce qui se trame depuis les années 90 (depuis la loi Gayssot qui interdit de critiquer la shoah, ce qui bloque une partie de la réflexion et du travail d'historien), la repentance (et une commémoration de la traite des esclaves -atlantique, on oublie les autres mais les autres sont musulmans, tiens !- et une plainte contre les historiens qui font leur travail et j'en passe). Pourquoi une telle polémique ? Tout d'abord, le passé est le passé, Tristes tropiques a été écrit en 1955, autre époque, autre contexte. Justement, quand cessera-t-on de JUGER le passé avec nos yeux et nos connaissances actuelles ? C'est insupportable. Alors justement, le mieux est de revenir au texte. Tout le monde peut s'y référer. 

Livre de poche, P. 482, chapitre 31 "Taxila", Partie 9 "Le retour". L'auteur fait une analyse croisée de l'islam, du bouddhisme, de l'hindouisme, du christianisme. Après avoir rappelé que l'islam est une grande religion, il insiste sur la contradiction entre la tolérance prônée par le prophète et l'intolérance de fait de la religion musulmane. il écrit ceci :
"Tout l'islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l'esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d'une très grande (mais trop grande) simplicité. D'une main on les précipite, de l'autre on les retient au bord de l'abîme. Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne ? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C'est ainsi qu'on arrive au burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique avec sa coupe compliquée, ses guichets en passementerie pour la vision, ses boutons-pression et ses cordonnets (...) la barrière du souci s'est seulement déplacée puisque maintenant il suffira qu'on frôle votre femme pour vous déshonorer et vous vous tourmenterez plus encore."

En 1955; Levi-Strauss est en plein débat sur le port de la burkah! J'imagine qu'on doit lui reprocher d'avoir eu raison avant tout le monde. Certes, il écrit qu'il ressent un malaise face à l'islam car il pense que cette religion est intolérante, au contraire du "désir chrétien de dialogue" ou de la "bienveillance universelle du bouddhisme". Discutable sans doute mais pas tant que cela, discutable surtout pour le christianisme qui n'a pas, loin s'en faut, toujours fait preuve de dialogue. Mais l'islam non plus. Doit-on rappeler les origines des conversions ? Les évangélistes convertissaient par la parole et la persuasion. Les musulmans convertissaient avec l'épée. Qui va contester cette vérité historique ? 

Levi-Strauss ajoute (P. 485) " Il m'a fallu rencontrer l'islam pour mesurer le péril qui menace aujourd'hui la pensée française (...) La France est en train de devenir musulmane". Voilà une belle phrase polémique ! Contexte : nous sommes en 1955. Il y a peu de musulmans en France, la guerre d'Algérie est à peine aux prémices. D'où vient-il alors que Levi-Strauss s'abaisse à parler comme parlera Bardot plus tard ? C'est la fin d'un long raisonnement et de la comparaison des religions. Il ne parle pas d'un éventuel danger musulmen mais de l'attitude de la France qui serait un peu "bloquée" face aux autres et dans l'avenir, qui regarderait trop le passé. Comme "l'islam est resté figé dans sa contemplation d'une société qui fut réelle il y a sept siècles et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces" et l'auteur continue sur la France "nous n'arrivons plus à penser hors des cadres d'une époque révolue depuis un siècle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l'histoire, et encore trop brièvement, car Napoléon ce Mahomet de l'occident a échoué là où a réussi l'autre". 

Ne serait-ce pas finalement une forme d'admiration (malgré les critiques qui n'épargnent pas non plus les autres religions) ? C'est la France qui est visée, la société occidentale, pas l'islam.

Il serait bon que les commentateur retournent au texte avant de proférer des insanités qui salissent non seulement le grand homme qui vient de disparaître (qui d'ailleurs n'est pas exclu de critiques sur son attitude face aux peuples premiers mais ce ne n'est pas l'objet  de cet article) mais aussi ceux qui brandissent le moralement ou l'ethniquement correct.


 
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 23 octobre 2009
Dès la première image plongée dans un sombre noir et blanc et les premières syllabes de la voix off, on sait que ce film ne sera pas comme les autres. Une série d'accidents, de meurtres et d'attaques ensanglantent une calme petite bourgade de l'Allemagne du nord entre l'été 1913 et l'été 1914. On ne sait rien de ce qui se passe dans le monde, le film se concentre uniquement sur cette unité de lieu qu'est le village. Le baron et sa famille, image du junker riche et puissant dont l'autorité s'étend à toute la contrée. L'instituteur qui dirige aussi la chorale d'enfants, le narrateur de l'histoire. Le pasteur rigide et sa famille. Le médecin qui vit maritalement avec la sage-femme depuis que la sa femme est morte et qui a des relations incestueuses avec sa fille. Les enfants. Les paysans soumis mais pas tout à fait. Tout est en place à la veille du grand bouleversement mondial. Le bouleversement est au village. Pendant près de deux heures et demie, Haneke construit une démonstration froide et implacable sur les racines du mal absolu. Les enfants sont ceux qui vingt ans plus tard porteront Hitler au pouvoir. Les racines du mal sont dans l'éducation rigide, brutale, cruelle qu'ils subissent dans la société de Guillaume II. Il n'y pas beaucoup de plans. L'action se déroule souvent hors champ ou derrière une porte ou à moitié champ (c'est bien le style Haneke, on se souvient de Funny games, on ne voyait rien et c'était atroce, on entendait tout). la bande son apporte l'horreur et la brutalité. L'esthétisme du film rappelle les grands films de Bergman ou de Dreyer, certains plans citent ce dernier. Le film est sublimement éclairé. Chaque plan est un miracle cinématographique, les dialogues sont les plus beaux et les plus durs que l'on ait entendu depuis longtemps. Chaque séquence mérite d'entrer dans l'histoire du cinéma, certaines sont particulièrement atroces (l'enfant handicapé qui souffre car battu à mort est tout simplement insoutenable car elle dépasse le cadre cinématographique quand on connaît la suite de l'Histoire). La scène ou l'instituteur interroge les deux grands enfants du pasteur sur les événements fait froid dans le dos, les deux enfants sont déjà des nazis, tout est là, en place, le regard, la voix, l'intensité de la haine, la discipline. Cette scène n'a l'air de rien mais elle est capitale. Tout est à l'avenant et le spectateur fait son propre film des images qu'ils voient. Que dire sans déflorer tout le film ? Allez le voir vite, et encore et encore peut-être. Dès la première image, Le ruban blanc s'inscrit comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma. Ce ruban blanc que le pasteur rigoriste impose à ses enfants qui ne sont pas assez purs pour recevoir l'amour de Dieu et du père. Il faut tendre à la pureté absolue. Robespierre aussi voulait la pureté absolue. Hitler aussi. Les impureté doivent disparaître, dans le film d'abord, dans la réalité ensuite. La démonstration de Haneke est brillante, elle peut se discuter, il faut discuter car la philosophie et l'histoire cherchent à comprendre les racines du mal, quel qu'il soit. Haneke ma paraît assez proche d'une thèse qui tient la route. La Prusse et l'Allemagne du nord portaient sans doute les germes de l'avenir, l'éducation brutale et rigoriste de la religion protestante (qui ont soutenu souvent le Nazisme), le poids des conventions, les interdits, la discipline poussée à l'extrême, le respect absolu des règles... 

Le ruban blanc est un chef d'oeuvre. Ce terme est souvent galvaudé. Il retrouve ici tout son sens. Chef d'oeuvre étouffant, d'un esthétisme dangereusement fascinant. Le film ne laisse pas tranquille, les images demeurent. C'est un film pour l'Histoire, déjà un classique du cinéma.
 
Par Jérôme Bimbenet
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Profil

  • : Jérôme Bimbenet
  • jerome.bimbenet
  • : Homme
  • : 22/09/1960
  • : le cinéma enseignant chercheur le monde l'histoire
  • : Historien du cinéma et des peuples, chargé de cours à l'IUFM de Paris et chercheur associé à l'Institut du temps présent-CNRS, professeur d'histoire-géographie en collège. Auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles.

Contributions diverses



A lire dès aujourd'hui un dossier sur le cinéma européen dans la revue Internet universitaire Le Mensuel, où figure mon dernier article sur le rôle politique du cinéma en Europe. Le cinéma joue-t-il un rôle politique et lequel ? Début de réponse dans l'article, début de réflexion qui ne demande qu'à être approfondie.

link

 


 


Chez Timée éditions, nouvel éditeur très efficace, le livre de Fabrice Delsahut brosse un tour d'horizon de la situation des peuples à travers 50 histoires qui nous rapprochent de la condition humaine. Fabrice m'avait demandé une postface pour cet ouvrage. J'ai repris le texte d'une des conférences que j'avais donné lors du Fipau en 2006 où je pose la question "Quelle histoire pour les premiers peuples ?". On a trop souvent tendance à penser que les peuples dits premiers n'ont pas d'histoire car ils n'ont pas l'écriture donc pas d'archives et car leur temps est souvent circulaire. Dans la tradition initiée par les Annales et Lucien Febvre, je démontre qu'il n'en est rien. Lucien Febvre qui écrivait très justement  que l'histoire "doit se faire sans documents écrits s'il n'en existe point (...) On peut faire de l'histoire avec des mots, des signes, des paysages et des tuiles. Des éclipses de lune, des expertises de pierre, d'un mot tout ce qui, étant à l'homme, dépend de l'homme, sert à l'homme, exprime l'homme, signifie la présence, l'activité les goûts et les façons d'être de l'homme (...) il faut faire parler les choses muettes". Une belle définition de l'histoire. Lisez ce livre qui complète agréablement le mien et n'omettez pas le précédent de Fabrice, Indiens, les premiers américains. Fabrice est un ami et un excellent chercheur, allez-y de ma part, vous ne serez pas déçu.





Jeux olympiques obligent, commençons par un ouvrage intitulé Images de la femme sportive, publié chez Georg en 2003, avec la participation du musée olympique de Lausanne, dirigé par Laurent Guido et Gianni Haver. De nombreuses contributions autour de l'évolution du rôle de la femme dans le sport et sa relation au corps dans les années 30. Mon texte s'intitule "L'image de la femme sportive dans les films de Leni Riefenstahl et sa réception dans la presse parisienne des années 30".
 

link

"L'accueil de Triumph des Willens et Olympia de Leni Riefenstahl en France dans les années 30" est un article que j'ai écrit grâce à François Albéra pour le numéro 45 de la revue de l'Association française de recherche sur l'histoire du cinéma, la revue 1895. Ce fut le premier article qui présentait succintement les résultats de mes travaux de thèse et qui présentait pour la première fois l'origine du parcours de la flamme olympique, tant convoitée et décriée cette année. 
 
 

Dans le numéro de la revue de l'UTBM (Université de Technologie de Belfort-Montbéliard), Frontières en images, une mémoire cinématographique, qui rend compte du colloque Entre vues sur le sujet, mon intervention portait sur "La réconciliation franco-allemande dans le cinéma français et allemand des années 1930, à travers l'exemple du film La Tragédie de la mine (Kameradschaft) de G.W Pabst, réalisé en 1931. Ce film est symbolique à plus d'un niveau car il n'est pas en double version comme cela était courant à l'époque (une version française puis dans les mêmes décors l'équipe allemande tournait la même scène), il est la symbiose des deux. Allemands et français dans les deux langues tournent dans le même film. C'était un film militant, pacifiste et cosmopolite à un moment où l'Allemagne gagnait son billet d'entrée dans ma communauté internationale (rappelons que c'est cette année là que les Jeux olympiques lui furent attribués pour 1936). Je vous renvoie évidemment à mon article pour plus de détails. L'affiche du film est l'originale. Le film n'eut qu'un succès d'estime et le cosmopolitisme de Pabst fut bientôt battu en brèche par l'arrivée des Nazis au pouvoir. Il s'installa en France mais retourna durant la guerre en Allemagne, sous le prétexte de sauver sa mère, ce qui ne l'empêcha pas d'y tourner quelques films comme Paracelse et surtout de participer au montage d'un film de propagande anti-britannique, Baptême de feu (1940). Gardons de ce metteur en scène un peu oublié aujourd'hui les chefs d'oeuvre que sont La Tragédie de la mine mais surtout Loulou et Le journal d'une fille perdue avec Louise Brooks, La rue sans joie avec Garbo ou L'opéra de quatre sous


Dans le numéro de la revue RECITS en 2007, les actes du colloque Entre Vues de 2006 avec mon intervention sur La Kermesse héroïque, film de Jacques Feyder, tourné en 1935, qui fit les délices de l'ORTF pendant ma jeunesse... Le film vient d'être enfin édité en DVD en France, il existait des versions anglaises ou espagnoles, je donnerais l'éditeur dès que je l'aurais vérifier. A voir toute séance tenante, lors de sa projection en salle à Belfort, le public se tordait de rire. Une grande comédie avec une Françoise Rosay sublime. Le film fut reçu avec beaucoup d'ambigüité en 1935 car certains ont cru y déceler une pose germaniste et une violente critique de la politique pacifiste française (pas faux sur ce dernier point). Le film est beaucoup plus complexe que cela, je vous renvoie à mon article, que je mettrais en ligne dès que possible.  
 

Ce que l'on écrit, ce que je d



Dédicaces le 4 juillet : le site Armand Colin
link
Et le programme officiel de la Cinémathèque
link

Sur Film et histoire (Armand Colin, collection U)

- Un excellent compte-rendu de Laurent Wirth dans la revue électronique du Centre d'histoire de Sciences-Po
link 

- Le Ciné-club de Caen avec plein de liens détaillés vers des articles du livre
link

- Le compte-rendu de la BIFI par Axelle Ropert
link

- Le blog d'Albert Montagne
link


Sur Quand la cinéaste d'Hitler fascinait la France (Lavauzelle)

- Une très mauvaise critique de Nicolas Vollodre (qui est-ce ?)
 link 

 - L'excellent compte-rendu de Vincent Lowy dans Questions de communications
link 

    - Une très bonne analyse du livre par le Dr Gaëlle Liedts pour Artes liberales
link 


Peuples premiers des mémoires en danger (Larousse, réédition 2008)
A conseiller pour des cours en lycée
link

 

Recommander

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés